"Les liens du silence" de Gilda Piersanti : c’est Shakespeare en Calabre !

"Les liens du silence" de Gilda Piersanti : c’est Shakespeare en Calabre !

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NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "Les liens du silence" (éditions Le Passage), de l'Italienne Gilda Piersanti.

On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, comme dit la chanson. Et parfois, on tombe mal. Ou plutôt, le destin vous joue des tours qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. C’est ce qui arrive aux héros de Gilda Piersanti, dans ce dernier roman, Les liens du silence (éditions Le Passage). Car quand on est les rejetons de deux familles mafieuses de Calabre, il est hors de question de se parler et encore moins de se mettre à la colle. Sinon, les conséquences peuvent être fâcheuses. Mais, dans ce monde criminel, les apparences sont parfois (souvent ?) trompeuses…

► C’est qui ?
Gilda Piersanti est une auteure particulière. Cette italienne, née à Tivoli (dans la province de Rome) en en 1957, habite Paris depuis 1987. C’est la plus française des écrivaines italiennes. Au point d’écrire ses romans dans la langue de Molière, et de les traduire elle-même en italien par la suite. Philosophe, critique littéraire, elle a à son actif une dizaine de romans, dont une série remarquée, baptisée Les saisons meurtrières (citons Vert Palatino, Rouge abattoir ou Bleu catacombes), qui met en scène la Questura de Rome et une jeune inspectrice, Mariella De Luca. Elle a remporté plusieurs prix (Polar dans la ville en 206 ou SNCF du polar en 2008) et certains de ses livres ont été adaptés pour France 2.

► Ça parle de quoi ?
Dans un petit village de Calabre, une femme est retrouvé noyée dans sa baignoire. Suicide conclut rapidement l’enquête. Or, cette morte avait collaboré avec la justice en dénonçant sa famille mafieuse. Elle était la fille de Don Alfredo, le chef du Bunker, une organisation criminelle qui a la main sur le trafic de drogue en Europe. Loin de là, à Zurich, la petite-fille du parrain, Giulia, ne se doute de rien. Naïve, la gamine, tenue aussi éloignée des activités familiales par un grand-père ultra protecteur. Et voilà qu’elle tombe amoureuse de Lorenzo Cortese, membre de l’autre famille mafieuse… Journaliste, il veut révéler à Giulia la vérité. C’est alors qu’il est victime d’une agression. Reste à savoir si les deux amoureux vont parvenir à échapper aux lois non écrites de la tradition et de leurs familles respectives…

► Pourquoi on aime ?
Pour une fois, Gilda Piersanti quitte sa Rome adorée pour nous embarquer en Calabre, au cœur d’une région où règnent le crime, la terreur et une guerre sans merci entre deux familles mafieuses. Et bien lui en a pris. Elle parvient à mettre en place un véritable drame shakespearien tout en démontant la mécanique complexe d’un système mafieux. Ou comment deux enfants, finalement, sont pris malgré eux dans une guerre de clans et luttent contre la fatalité de leur destin. Dans une écriture épurée, aux descriptions précises et aux dialogues hyper réalistes, aux personnages attachants et agaçants à la fois par moment, Les liens du silence renouvelle avec talent le roman mafieux. Un roman noir original et d’une efficacité redoutable.

Les liens du silence, de Gilda Piersanti. Éditions Le Passage, 288 pages, 19 €

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