Louison : "L'esprit potache au bout d'un crayon, ça ne pourra jamais disparaitre"

Louison : "L'esprit potache au bout d'un crayon, ça ne pourra jamais disparaitre"

INTERVIEW - Louison fait partie de la nouvelle génération des dessinateurs de presse. Pour Le Parisien Magazine, Marianne, ou encore Lemonde.fr à travers son blog, la jeune femme croque l'actualité avec humour, tendresse et quelques traits de cynisme. Pour metronews, elle revient sur l'esprit Charlie et ce qui a changé depuis un an.

C'était quoi, l'esprit Charlie Hebdo pour vous ?
L'esprit Charlie Hebdo pour moi c'est comme le fromage de tête, c'est un truc qu'on ne peut trouver qu'en France. Il a fallu des décennies d'amour de la potacherie pour créer cet esprit. Johnny Hallyday dit qu'on a tous quelque chose en nous de Tennessee, j'en doute. Par contre la blague grasse, l'amour des nichons et l'envie de chier dans la colle, ça tout le monde l'a quelque part en lui. 

Alors oui, l'esprit Charlie s'est transformé depuis un an. Les gens y ont mis plus une tonalité républicaine de liberté assez loin de de l'amour des pets et des dessins qui font marrer pour faire marrer. Mais l'esprit potache au bout d'un crayon, ça ne pourra jamais disparaitre.

Vous sentez-vous héritière de cet esprit ? De quelle manière cela se traduit-il dans votre travail ? 
Héritière, je ne sais pas. Contaminée, oui. Dès mes neuf/dix ans, je piquais les albums de Reiser chez mes parents pour aller les lire en douce aux toilettes. Donc c'est un esprit qui me parle, me touche et dont j'ai voulu devenir une sorte de "petite main". Je n'hésite donc pas, de plus en plus depuis janvier 2015, à assumer cette part de potacherie en moi.

En tant que dessinatrice de presse, qu'est-ce qui vous inspirait chez ces dessinateurs ? Leur trait, leur humour, leur façon de voir l'actualité ? 
Ce qui était formidable à observer chez eux, et particulièrement chez Tignous que j'ai eu la chance de voir chaque semaine chez Marianne, c'est cet esprit d'une fraicheur presque adolescente. Pour ne pas dire enfantine. Ces dessinateurs étaient de grands enfants talentueux. Des sortes de Peter Pan qui aurait troqué Clochette contre des crayons et du papier.

Et ce qui me plaisait le plus, c'était cette capacité à employer un langage fleuri tout en restant tendre voire poétique. Chez moi, j'ai un dessin que Tignous avait fait pour mon 29ème anniversaire qui représente un gros bonhomme couvert de pois (ma grande passion) qui dit "pour l'anniversaire de Louison je me suis fais beau" et une petite bulle rajoute "j'en ai aussi sur la bite". C'est drôle et tendre, loin de toute vulgarité. Comme lui.

Avez-vous l'impression que l'on a pris conscience de l'importance des dessins de presse dans les journaux ? 
Depuis un an, les gens se sont rendus compte de l'importance et de la force du dessin. Qu'un dessin peut dire beaucoup et faire réagir aussi. Donc oui, je travaille plus et avec plus de diversité. J'ai pu suivre un ministre, carnet en main pendant une semaine.

À VOIR AUSSI >> Le blog de Louison, sur Lemonde.fr

Avez-vous constaté des demandes plus importantes concernant votre travail, cette année ?
J'ai fait pendant six mois du dessin à la radio, ce qui est tout de même assez conceptuel. Et j'ai réalisé un rêve que j'avais à vingt ans : dessiner dans ELLE. L'année fut dense, lourde, et pleine de belles rencontres. J'ai pris dix ans. Et tant mieux.

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