Olivier Adam : "Je joue ma peau à chaque livre"

Olivier Adam : "Je joue ma peau à chaque livre"

Auteur prolifique depuis une dizaine d’années, Olivier Adam franchit un nouveau cap avec Les Lisières (Flammarion). Rencontre avec un écrivain au sommet de sa forme.

Que représente ce livre pour vous ?
J'aborde toujours la rentrée littéraire dans un état d'inquiétude abyssale, j'ai l'impression de jouer ma peau à chaque livre. Même si c'est une fiction, je me suis engagé personnellement parce que je parle en mon nom, je me mets à nu. Je n'épargne rien à personne comme si je ne devais pas en assumer la paternité ou les conséquences. Annie Ernaux dit toujours qu'il faut écrire ses livres comme si on n'allait pas être là à sa sortie.

Il faut dire que le lien entre le narrateur et vous-même n'a jamais été aussi ténu....
Ça ne m'intéresse pas de conclure un pacte avec le lecteur pour établir s'il s'agit ou non d'une fiction. Un livre qui n'est pas fondé sur l'expérience, dans lequel l'auteur n'est pas engagé, me paraît vain d'emblée. Pour qu'un parcours personnel ait une portée collective, la fiction donne également toutes les armes. Je m'autorise à emprunter des d'éléments de mon parcours, mais seulement s'ils ont une résonance collective. Ce que je voulais, c'est abolir la licence romanesque, que l'auteur s'adresse au lecteur comme s'il était assis en face de lui.

Vous auriez presque pu écrire un essai, non ?
Oui, je souhaitais vraiment considérer la sociologie au même titre que la psychologie, comme un outil dont dispose l'écrivain pour rendre compte du monde. J'ai décidé de porter à son point maximum la rencontre entre le social et l'intime et montrer comment l'idéologie politique de ces dix dernières années s'est infusée dans la société. Je voulais aussi montrer cette fracture d'un point de vue physique à travers les relations compliquées entre certains personnages.

Votre prochain romain sera t-il autant politique ?
Non, je ne crois pas, car par principe, un état des lieux se fait tous les cinq ans. Je pense que c'est aussi un état des lieux personnel, un bilan d'étape à l'approche de la quarantaine. Il m'arrive de me fabriquer un avatar de façon régulière, le prochain sera peut être quand j'atteindrai les 50 ans.

Qu'est ce que ce livre vous a apporté d'un point de vue personnel ?
J'ai un rapport non doloriste à l'écriture, me lancer dans l'aventure d'un livre reste jouissif. Cette expérience m'a fait passer une année absolument passionnante. Je ne trouve rien de plus exaltant, puissant que de composer des livres. C'est le livre que j'ai écrit avec le plus de passion. Il m'a apporté une sorte d'accomplissement dans l'acte d'écrire.

Pourquoi ?
Parce qu'il fallait mettre le doigt sur des points cruciaux, la dépression, la précarité, les contradictions et être au clair avec soi-même. J'en suis sorti en comprenant mieux mon trajet et la vie que je mène aujourd'hui. Mais je ne mesure pas encore complètement les conséquences du fait d'écrire avec une telle nudité morale, dans un contexte où la confusion entre le narrateur et moi est totale.

Comment expliquez-vous votre transformation physique ?
C'est vrai que j'ai perdu 35 kilos pendant l'écriture du livre, mais rien ne m'obligeait à perdre autant de poids. Arrivé au tiers de l'écriture du livre, j'ai constaté qu'il me restait l'équivalent d'un Himalaya à gravir et que j'y arriverai mieux si je me sentais léger. J'avais besoin d'être acéré, limpide, d'avoir faim pour terminer le livre. J'en ai rajouté parce que ça servait l'écriture du livre.

N'avez-vous jamais ressenti l'envie de faire une psychanalyse ?
Non, car je constate que mes névroses, mes empêchements, mes bizarreries nourrissent mes livres. Elles ne me permettent pas d'être serein, mais elles produisent quelque chose. Je ne préfère pas toucher à cet équilibre-là, surtout que ça fait partie de la folie des auteurs de sacrifier leur santé mentale pour un livre qu'ils estiment urgent.

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