Paulo Coelho délaisse les fables philosophiques pour Mata Hari : une fausse bonne idée

Paulo Coelho délaisse les fables philosophiques pour Mata Hari : une fausse bonne idée

BEST-SELLER – L’auteur de "L’Alchimiste" sort de sa zone de confort avec la sortie mondiale de son nouveau roman, "L’Espionne" (Flammarion), où il aborde la vie de Mata Hari à la première personne. Si le sujet est riche et complexe, ce livre ne l’est pas vraiment.

Depuis L’Alchimiste, son best-seller paru en 1988, le Brésilien Paulo Coelho a publié une quinzaine de livres sans qu’aucun ne surpasse la popularité du premier. Ses fables philosophiques et positives, qui encouragent à prendre son destin en main, ont fait de lui une sorte de gourou littéraire : avec 200 millions de livres vendus dans le monde, il a trouvé son créneau.


Paulo Coelho a pourtant eu le désir – légitime – d’écrire autre chose. Avec L’Espionne, il est sorti de son univers de quêtes personnelles pour celui du roman historique.  Il a pioché une héroïne, Mata Hari, s’est glissé dans sa peau et a raconté, à la première personne, la vie de Marghareta Zelle, née en 1876 aux Pays-Bas, devenue danseuse, courtisane, maîtresse d’une ribambelle de stars de la Belle époque comme Picasso et Modigliani, avant de devenir espionne pendant la Grande Guerre. Accusée d’avoir servi les intérêts de l’Allemagne, elle est fusillée en 1917, à Vincennes, pour espionnage et trahison. 

Un entre-deux confus, ni biographie, ni roman

Reconnaissons-le, la vie de Mata Hari est un roman. Il est tentant, pour un écrivain en panne d’imagination, de s’en emparer, au risque de mélanger les genres dans un récit confus ou inabouti. Hélas, Coelho n’évite pas cet écueil. Il a beau prévenir d’emblée que si les grandes lignes de la vie de Mata Hari sont respectées, il a inventé des personnages de son entourage ainsi que leurs dialogues. Cet entre-deux, mi-autobiographie, mi-fiction, désincarne cette Mata Hari de papier, et la chronologie floue n’arrange rien.

Coelho élude également des faits importants : la signification de ce pseudonyme (Mata Hari signifie "l’œil du jour" en javanais), l’abandon de sa fille à son mari instable, le baiser d’adieu qu’elle aurait envoyé à ses bourreaux.  Si on est curieux du personnage et de son contexte artistico-politique, mieux vaut lire le portrait qu’Anne Bragance lui a consacré en 2014 chez Belfond. Si on est fan de Coelho, mieux vaut attendre sa prochaine fable philosophique.

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