Salon de Montreuil : pour Fred Bernard, les enfants préfèrent les histoires "un peu bizarres"

Salon de Montreuil : pour Fred Bernard, les enfants préfèrent les histoires "un peu bizarres"

EDITION – L’auteur et illustrateur Fred Bernard fête ses 20 ans de collaboration avec François Roca au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, jusqu’au 5 décembre. Le duo a publié 22 albums qui ont raflé tous les prix littéraires du secteur, en dépit (ou grâce) à des thèmes loin d’être enfantins.

En 2001, au Salon de Montreuil, une dame furieuse a foncé sur le stand du Seuil en hurlant : "Voilà ce qu’on offre à nos enfants aujourd’hui ! C’est une honte, vous m’entendez ?" L’objet de sa colère était l’album Jésus Betz, qui venait de remporter le prix Baobab. Jésus Betz raconte l’histoire d’un homme-tronc né en 1894, une vie tragique mais courageuse racontée par Fred Bernard et sublimée par les peintures à l’huile de François Roca.  


Un homme-tronc ? Des peintures réalistes ? Les éditeurs jeunesse auraient pu s’évanouir, mais ces audaces de ton et d’image ont fait le succès du duo : 22 albums en 20 ans, qui ont raflé tous les prix littéraires jeunesse possibles. "Ce n’est pas toujours facile à vendre, concède Fred Bernard, mais si vous regardez bien, il n’y a pas beaucoup de livres pour enfants avec des dessins réalistes, ou alors ce sont des documentaires. Or c’est grâce aux dessins de François qu’on obtient des personnages de chair et de sang, et qui permettent d’entrer dans des histoires un peu fortes. Ce n’est pas que du divertissement."

Des fins pas forcément rose bonbon, mais rassurantes

Et les enfants adhèrent, ne serait-ce que parce que les auteurs se souviennent des enfants qu’ils ont été. "On a plusieurs familles de livres : Rex et moi, c’est plutôt pour les 5-6 ans, mais ils sont rares parce que je n’ai pas de souvenirs de ce que j’aimais à cet âge-là. Alors que de 8 à 12 ans, je vois exactement sur quoi je me jetais à la bibliothèque. Mes histoires préférées étaient déjà un peu bizarres, parce que je ne comprenais pas tout." Le bizarre chez lui, ça donne L’Homme-bonsaï, Le Pompier de Lilliputia, La Comédie des ogres…, édités chez Albin Michel Jeunesse, où infirmités et préjugés se teintent de fantastique ou de merveilleux, jusqu’à des fins pas forcément rose bonbon mais où la solidarité prévaut. 


"C’est encore ce que je recherche aujourd’hui, des livres qui nous parlent de choses réelles, mais à tendance rassurante", poursuit Fred Bernard. "Je ne suis pas très fort pour créer de vrais méchants, ils ne m’intéressent pas vraiment. Moi, j’aime les personnages combatifs, qui s’en sortent grâce aux autres. De toute façon, le succès d’un album est complètement empirique, et le marketing ne marche pas. Ça prend ou ça ne prend pas, il ne sert à rien d’arrondir les angles. Les enfants sont toujours à fond avec les bouquins, et qu'on leur raconte une histoire, ça n’a pas changé depuis les grottes !"

En France, premier pays producteur et vendeur de littérature jeunesse, ce ne sont pas les bons livres qui manquent, même si Fred Bernard constate "un petit retour d’éditions mass-market, avec du rose et des paillettes pour les filles… Des trucs de supermarché qu’il n’y avait pas à Montreuil avant." Il en sait quelque chose, lui qui a connu le Salon il y a trente ans, "sous une tente !" Cette année, le duo sera en dédicace jusqu’à dimanche, avec toute sa bibliographie sous la main : "nos premiers livres sont toujours disponibles, ce qui est très rare, et notre tout premier, La Reine des fourmis a disparu, est même étudié en CE2. Sinon, ce sont des histoires qui se sont passées il y a longtemps, ou loin de chez nous, pour sortir du quotidien ; le Club des Cinq qui arrêtait des faux-monnayeurs ou des cambrioleurs, je n’y ai jamais cru !"

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