Sexe, meurtres et corruption : Jake Adelstein a le "Tokyo Vice" dans la peau

Sexe, meurtres et corruption : Jake Adelstein a le "Tokyo Vice" dans la peau

NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "Tokyo Vice", de Jake Adelstein

Il paraît que le papier se meurt. La presse, l’édition, comme bien d’autres secteurs, seraient en passe de se transformer en pure-players comme on dit. Certes, nous vivons une véritable révolution numérique, mais le livre fait de la résistance. Et il est encore loin le moment où nous lirons tous sur des tablettes. Illustration du fait que les beaux bouquins ont encore des jours heureux devant eux avec Tokyo Vice, de Jake Adelstein. Un bel objet doublé d’un excellent texte, publié par une toute nouvelle maison, les éditions Marchialy.

Bienvenue chez l es Yakuzas !

Lancées par quatre trentenaires, de joyeux fous qui gravitent dans le monde des médias et de l’édition, elles proposeront quatre titres par an. Quatre livres qui seront autant de plongées dans le réel. Car les Marchialy ont décidé de faire ce que les américains appellent de la "creative non fiction", de la non fiction littéraire. Un genre qui se rapproche du polar, raison pour laquelle cette semaine il est question de Tokyo Vice. Un récit qui embarque le lecteur dans le monde des Yakuzas, dans les bas-fonds de la capitale japonaise.

► C’est qui ?
Jake Adlestein est né il y a 46 ans dans le Missouri. Il quitte sa ville natale de Columbia à l’âge de 19 ans pour intégrer l’université Sophia à Tokyo. Et, à 24 ans, il intègre la rédaction du Yomiuri Shinbun, le plus important quotidien du monde (15 millions d’exemplaires, ça fait rêver…), devenant le premier étranger à y travailler. Nous sommes alors en 1993, Internet n’est pas encore entré dans les mœurs. Il est chargé de couvrir les affaires de police-justice. Durant plus de dix ans, il va s’atteler à enquêter sur des sujets liés à la corruption, au trafic d’êtres humains, au crime organisé. Bien sûr, il va croiser des flics et des Yakuzas sur sa route. Une route semée d’embûches, qui vont lui valoir d’être mis sous protection du FBI notamment. Cette expérience inédite va donner naissance à Tokyo Vice. Il collabore aujourd’hui à divers médias, tels que Vice News, The Japan Times, etc et a publié ses enquêtes aussi dans le Washington Post et le Los Angeles Times.

► Ça parle de quoi ?
Dans Tokyo Vice, il est question de. Mais aussi de la société japonaise, de journalisme. Un décor de polar plus vrai que vrai dans lequel l’auteur a vécu, est passé par toutes les émotions. Et c’est ce qu’il nous raconte. Ses débuts d’abord, dans un pays si différent et éloigné de son Missouri et dont il ne maîtrise pas vraiment tous les codes. Son intégration au sein d’une société si particulière et dans une rédaction qui le regarde parfois comme un être bizarre. Ses premiers articles, ses premières enquêtes. Puis, du vol de sac à main, il va passer à la mafia. Un jour, un chef Yakuza le contacte et en fait son interlocuteur privilégié. Jake Adelstein n’en demeure pas moins, aussi, un informateur précieux pour la police japonaise. Une position dangereuse, on ne peut pas jouer sur les deux tableaux sans se brûler les ailes.

► Pourquoi on aime ?
Quand on referme Tokyo Vice, on reste sans voix. Estomaqué. Les histoires que Jake Adelstein raconte avec un talent certain d’écriture sont dignes des meilleurs romans noirs. Et on est plein d’empathie pour le personnage principal, c’est-à-dire l’auteur lui-même. Son sens du rythme et de l’intrigue donnent l’impression d’être vraiment en plein polar. Sauf que tout est vrai. Ce texte est aussi (surtout ?) un roman initiatique, et dans le même temps une formidable enquête journalistique doublée d’un bon polar mafieux. Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, en personne dit qu’il s’agit d’un texte "inestimable, féroce et rigoureux qui décrit la mafia japonaise comme personne." Et il sait de quoi il parle… On ne peut qu’être d’accord avec lui.

>> Tokyo Vice, de Jake Adelstein, trad. Cyril Gay. Éd. Marchialy, 480 pages, 21 €  

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