"The Whites" : et si on allait faire un tour dans le Bronx avec Richard Price ?

"The Whites" : et si on allait faire un tour dans le Bronx avec Richard Price ?

NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "The Whites", de Richard Price (Presses de la Cité).

C’est beau une ville la nuit, disent certains. D’autres penseront que c’est dangereux de se promener dans les rues parfois mal fréquentées de grandes cités comme New York. Sauf si on est accompagné par un écrivain comme Richard Price. Monsieur Price, prince du polar, roi de New York, King du Bronx, son quartier natal. Avec The Whites, il nous revient plus en forme que jamais. Et il confirme, même s’il n’en avait pas besoin, que son œuvre restera gravée, non pas dans le marbre, mais dans le bitume des rues qu’il nous fait emprunter. Conteur sans pareil, metteur en scène de la réalité, explorateur de l’âme humaine. Arrêtons-nous là. Et ruez-vous sur ce texte, coup de cœur de ce début d’année.

► C’est qui ?
Richard Price, né le 12 octobre 1949, est l’un des auteurs de romans noirs les plus intéressants de sa génération. Son nom est synonyme de grands textes bien sombres comme on les aime et les amateurs, qui se trompent rarement, en ont fait une figure incontournable du genre. Il aura tout de même fallu patienter plus de 6 ans avant de pouvoir se plonger avec délectation dans un nouveau roman. Une longue attente, notamment due à ses activités de scénaristes (il était dans l’équipe de David Simon sur The Wire, aux côtés de deux autres pointures, Pelecanos et Lehane), mais qui valait le coup. L’écrivain, originaire du Bronx, a étudié notamment à l’université Columbia puis il y a enseigné, ainsi qu’à Yale. Il devient scénariste par la suite et signe le script de La couleur de l’argent, réalisé par Martin Scorcese. Côté polar, il se fait connaître avec Les Seigneurs et Frères de sang. Sa notoriété ne cesse de grandir dans le monde du crime littéraire et elle atteint son apogée avec Clockers, puis Ville noire, ville blanche, Le Samaritain ou Souvenez-vous de moi. Tous ces titres sont parus aux Presses de la cité et repris en poche chez 10/18. Il prépare actuellement, toujours avec David Simon, une série consacrée au New York des années 70 et à l’arrivée du porno dans la Grande Pomme. On a hâte de la découvrir…

► Ça parle de quoi ?
Billy Graves est flic à New York, chef de l’équipe de nuit du NYPD. Avec son unité, il arpente, quand le soleil est couché, les rues de Manhattan, de Wall Street à Harlem. Il a 42 ans et il est fatigué après quasiment 20 ans de police. D’autant que dans les années 90, il faisait partie d’une brigade composée des meilleurs flics de la ville, chargée de combattre le crime dans le Bronx. On les avait baptisé les Wild Geese. Mais voilà, un jour, il tire accidentellement sur un gamin. Placard. Fin de la carrière prometteuse qui lui tendait les bras. Aujourd’hui, il bosse la nuit, dort un peu en journée et s’occupe de sa femme, infirmière, de ses deux enfants et de son père, qui commence à perdre la boule. Il semble résigné, il sait qu’il ne pourra pas arrêter tous les criminels de New York, que certains passeront entre les mailles du filet. Ceux-là sont surnommés les "Whites" car ils sont apparemment blancs comme neige. Chaque flic a son "White", qui l’obsède, qu’il rêve de mettre derrière les barreaux. Quand il est appelé pour un meurtre ce soir-là, Billy ne se doute pas qu’il va se retrouver face au cadavre du "White" d’un de ses collègues...

► Pourquoi on aime ?
The Whites est un grand roman noir, disons-le tout net. Vous ne pourrez pas être déçus tant la prose de Richard Price vise juste. Un style sans fioritures, efficace, clair, précis. Des personnages, une multitude de personnages même, tous mieux campés les uns que les autres. Billy bien sûr, mais aussi ses anciens coéquipiers, sa femme, son père, le moindre petit voyou croisé dans les pages y est dépeint avec une justesse rare. Et il y a les dialogues, au couteau, on sent que l’auteur s’est inspiré du scénariste. Mais attention, The Whites n’est pas un livre de scénariste, c’est un texte écrit par un immense écrivain, qui nous fait sentir la rue, les rues, qui nous plonge dans les pires recoins du Bronx, qui nous met le nez dans le caniveau pour nous faire comprendre la vie, la vraie, celle des hommes de la pire espèce comme celle de ceux qui essaient de survivre, de s’en sortir, parfois de faire le bien ou, du moins, de vivre selon leurs propres règles, leur propre morale. Et on se dit, finalement, que l’odeur des caniveaux new-yorkais, quand c’est Price qui s’y colle, n’est pas si désagréable que ça tout compte fait.

The Whites, de Richard Price, trad. Jacques Martinache. Éditions Presse de la cité, 416 pages, 21 €

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