Premier League : la folle ascension de Riyad Mahrez, sacré meilleur joueur de l'année 2016

Premier League : la folle ascension de Riyad Mahrez, sacré meilleur joueur de l'année 2016

PORTRAIT – Leicester se rapproche inexorablement du sacre. Dimanche, en étrillant Watford (4-0), les Foxes de Claudio Ranieri touchent du doigt le premier titre de champion de leur histoire. Un exploit rendu possible notamment grâce à la révélation de la saison, Riyad Mahrez. On a demandé à ceux qui le connaissent bien de nous parler de celui qui, dimanche, a été sacré meilleur joueur de l'année en Premier League.

C'est une histoire presque trop belle pour être vraie. Celle d'un garçon de 25 ans qui, en une saison, a prouvé qu'il avait l'étoffe des grands. Au point d'être sacré, ce dimanche, meilleur joueur de l'année en Premier League comme l'ont été avant lui Cristiano Ronaldo (2007/2008), Steven Gerrard (2006) ou encore Eric Cantona (1994).

C'est en tout cas ce que, outre-Manche, les bookmakers annonçaient avant même que Riyad Mahrez n'inscrive son 17e but de la saison dimanche face à Swansea. Avec une élégance qui fait désormais sa marque de fabrique faisant oublier celle du gringalet, "trop petit, trop lent, trop frêle"

Cette force mentale, le joueur originaire de Sarcelles, en région parisienne, est allée la puiser dans son parcours semé d'embûches. Quand certains joueurs de sa génération ont eu la chance de côtoyer les plus grands clubs d'Europe dès leur plus jeune âge, le milieu offensif âgé de 24 ans fut contraint de faire ses gammes dans les divisions inférieures en raison d'un physique jugé trop frêle malgré une technique hors du commun et un toucher de balle soyeux.

Cantonné à la CFA de Quimper en 2009, Mahrez continuera de ronger son frein avant de découvrir le monde des pros en 2011, sous le maillot du Havre. Si l'international algérien (22 sélections) est aujourd'hui beaucoup plus efficace devant le but qu'à l'époque, Maxime Le Marchand, qui a évolué au côté de Mahrez au HAC entre 2011 et 2014, aime rappeler à quel point son ancien coéquipier n'a pas fondamentalement changé.

"Aux entraînements, il cassait un peu les reins !"

"C'est quelqu'un qui a toujours cru en lui et qui a toujours voulu atteindre ce niveau. Après les séances, il travaillait beaucoup ses frappes, ses centres. Aujourd'hui, le travail paye. Aux entraînements, il cassait un peu les reins, dont les miens (rires). Mais en plus, il avait les mêmes feintes qu'aujourd'hui, se remémore l'actuel défenseur de l'OGC Nice. Sa feinte de frappe derrière la jambe d'appui où il fait semblant de frapper pour revenir sur son pied droit, il la faisait déjà avec nous. C'est un peu la même chose aujourd'hui mais ça fonctionne à chaque fois, regardez son but face à Chelsea ! Nous, on trouvait ça rageant."

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Ça l'était également pour ses adversaires directs, notamment un après-midi de septembre 2013. Opposé à Lens, Le Havre s'offre ce jour-là un large succès au cours duquel Mahrez, toujours aussi vif et percutant balle au pied, marque, passe et régale. Hormis l'ampleur du score, Maxime Le Marchand se souvient de cette rencontre pour une raison bien particulière. "Le matin du match, je vais voir Riyad et il me dit :  "Putain, j'ai pas dormi de la nuit, je suis fatigué !" Bon, ça ne l'avait pas empêché d'être énorme sur ce match qu'on avait gagné 6-2. Ce jour-là, on avait vraiment vu un grand Riyad. Il savait quand il était moins bon, mais il avait cette force de caractère nécessaire pour se persuader qu'il allait y arriver."

A l'époque, les statistiques du Fennec ne sont pas encore ébouriffantes (2 buts, 4 passes décisives en L2), mais elles lui permettent de taper dans l'œil des formations anglaises et de poursuivre sa progression à Leicester, alors en seconde division, à l'hiver 2014. Le choix peut étonner quand on connaît la dureté d'un tel Championnat "qu'il regardait énormément" selon Le Marchand, au regard du mètre 79 et des 61 petits kilos de ce fan de Messi. Et les premières semaines confirment justement cette tendance. Mahrez est abonné au banc, débute très rarement les rencontres des Foxes avant, finalement, d'apporter sa contribution au titre de champion remporté par Leicester en fin de saison, ce qui lui vaudra d'être repéré par Vahid Halilhodzic, sélectionneur de l'Algérie (2011-2014), en mars 2014, trois mois avant la Coupe du monde au Brésil et une première sélection face à l'Arménie le 31 mai.

"J'ai supporté beaucoup d'insultes et de critiques pour avoir sélectionné Mahrez"

"J'ai commencé à regarder 2-3 matches à cette époque et j'ai vu un joueur très bon techniquement, physiquement, malgré son petit gabarit, nous explique l'actuel sélectionneur du Japon. Au moment où j'ai dû faire la liste pour la Coupe du monde, il n'avait jamais été sélectionné. Pendant deux jours, j'ai regardé tous les matches où il avait été titulaire et j'ai pris la décision de l'amener au Brésil. J'avais pris contact avec lui, il était vraiment ravi. Beaucoup de personnes n'étaient pas du tout d'accord avec mon choix, j'ai supporté beaucoup d'insultes et de critiques. C'était une décision courageuse pour l'équipe car il jouait assez peu mais aujourd'hui je me rends compte que j'avais fait un bon choix." Et si Mahrez compile aujourd'hui 13 buts et 8 passes décisives avec Leicester, improbable leader de la Premier League devant Manchester City et Arsenal, cela n'étonne guère Vahid Halilhodzic. L'ancien technicien du PSG (2003-2005) considère cette Coupe du monde comme le véritable catalyseur de la carrière de son ancien joueur à la patte gauche de velours qu'il a appris à connaître avec plaisir au fur et à mesure de la compétition.

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"Quand on joue la Coupe du monde, tout le monde parle de toi. Un bon match en Coupe du monde équivaut à 50 bons matches dans un championnat. Je me souviens qu'il était arrivé au rassemblent dix jours avant tout le monde car le Championnat d'Angleterre se terminait plus tôt. J'ai découvert un gars sympathique qui aimait bien déconner, rigoler. A ce moment là, j'ai beaucoup travaillé individuellement avec lui, c'était un personnage très enthousiaste, raconte Halilhodzic Au départ, il était un peu timide, mais c'est devenu un petit chambreur qui créé une bonne ambiance dans l'équipe." Et s'il fallait une preuve que le succès n'est pas monté à la tête de la nouvelle star algérienne, "coach Vahid" en livre une sur un plateau. "Il y a quelques jours, un de mes adjoints, Jacky Bonnevay, est parti voir Okazaki qui joue à Leicester avec Mahrez, et Riyad lui a dit de passer le bonjour au coach." En toute simplicité.

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