Comment David Bowie nous a annoncé sa mort avec le splendide "Blackstar"

Comment David Bowie nous a annoncé sa mort avec le splendide "Blackstar"

FUNESTE – Il nous a quitté ce lundi à l'âge de 69 ans. David Bowie publiait vendredi, "Blackstar", un dernier album qui prend aujourd’hui valeur de testament. Décryptage.

C’est par un tweet laconique que l’on a appris ce matin, lundi 11 janvier 2016, la disparition de David Bowie. Depuis 18 mois, le rockeur anglais se battait contre le cancer sans qu’aucun média ne fasse état de ses problèmes de santé.

Blackstar, sorti le 8 janvier dernier, jour du 69e anniversaire du chanteur, restera donc l’ultime album d’un des plus grands génies du rock n'roll. Derniers coups de rein d’une carrière inouïe entamée au milieu des années 60. Un disque ambitieux et expérimental que beaucoup avaient qualifié à sa sortie de "crépusculaire". Et il est encore plus tentant aujourd’hui de lire ce dernier effort comme le testament d’un artiste caméléon et iconoclaste.

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Pourtant, comme l’aliénation ou la science-fiction, la mort a toujours été présente dans l’oeuvre de Bowie. De la mise en orbite définitive du Major Tom dans "Space Oddity" ou "Ashes To Ashes" au suicide de son demi-frère Terry directement évoqué dans "Jump They Say", en passant par sa reprise sublime de "La Mort" de Jacques Brel, intitulée "My Death". Mais avec ces sept derniers titres, Bowie essayait-il de nous dire adieu ? 

Cantique mortifère

Sophistiqué, hétérogène et libre, Blackstar est un grand disque de pop mis au point avec quelques jazzmen et introduit par une prière, le single éponyme et son clip apocalyptique. Ce cantique mortifère, long de 10 minutes, a pourtant été composé par un homme qui s’est souvent décrit comme "presque athée". Pourtant, si on en croit le saxophoniste Donny McCaslin, cette "étoile noire" ne serait pas le reflet des angoisses personnelles du chanteur mais une allusion directe à DAESH ("le jour de l’exécution, seules les femmes agenouillent et rient").

Sur "Lazarus", rock hybride écrit expressément pour le musical du même nom créé par l’artiste pour Broadway, l’Anglais revendiquait une nouvelle fois sa soif de liberté sans qu’on puisse imaginer, du moins jusqu’à ce matin, que c’est à la maladie qu’il voulait peut-être échapper: 

"D’une manière ou d’une autre
Tu sais, je serai libre
Pareil à cet oiseau bleu
N’est-ce pas ce qui me ressemble ?"

Plus loin, sur "Dollar Day", la balade la plus accessible de l’album, le Thin White Duke, exilé à New York depuis 1992, semblait se souvenir sans regret de ses racines britanniques avec une bouleversante fragilité dans la voix :

"Si je ne revois jamais les forêts de sapins anglais vers lequel je cours. Ce n’est rien pour moi."

Quant aux paroles de "I Can't Give Everything Away", dernier morceau de ce dernier album, elles résonnent aujourd’hui comme un évangile définitif directement adressé aux fans du chanteur : 

"Je ne peux pas tout livrer
Voir davantage et moins ressentir
Dire non et vouloir dire oui
C’est tout ce que j'ai jamais voulu dire
C'est le message que j’envoie"


Dans le passé, David Bowie a souvent répété qu’il souhaitait mettre en scène sa propre mort, à l’image d’un de ses écrivains préférés, le Japonais Mishima. En composant cette ultime " étoile noire", c’est en quelque sorte ce qu’il est parvenu à faire. Magistralement.

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