Jack Savoretti : "Je déteste lire que je suis le nouveau Bob Dylan"

Jack Savoretti : "Je déteste lire que je suis le nouveau Bob Dylan"

INTERVIEW - Le songwriter anglais Jack Savoretti retrouve les chemins des salles de concerts après quelques années troublées. Avec son quatrième album "Written in Scars", il propose un folk exquis où se rencontre sonorités pop européennes et culture américaine. Il est en concert, ce mardi 8 mars aux Etoiles à Paris.

Comment allez-vous, Jack ?
Vraiment très bien. Quand je suis à Paris, je me sens toujours bien. J'aime beaucoup cette ville. J'ai joué quelques fois ici, à la Flèche d'Or, au Trianon. Mais, même sans les concerts, j'aime beaucoup venir ici.

Parlons un peu de votre nouvel album, Written In Scars, il semble que l'enregistrement ne fut pas une simple affaire.
Ce n'était ni simple, ni difficile... C'était différent, parce que les chansons n'étaient pas encore écrites pendant l'enregistrement. On a vraiment mis l'accent sur le rythme, le groove. C'était un procédé vraiment différent. J'ai travaillé avec trois producteurs et c'était marrant. Je venais au studio quelques jours, je repartais ensuite en tournée, puis j'y retournais pour écrire et enregistrer quelques chansons. C'était une sorte de perpétuelle improvisation et du coup c'était beaucoup plus spontané, plus rapide à créer mais l'enregistrement a tout de même pris presque un an.

Ce n'était pas trop compliqué de gérer une tournée et un enregistrement en même temps ?
En réalité, ce n'était pas prévu comme ça. C'était comme un yoyo, mais c'est ce qu'on devait faire, on n'avait pas vraiment le choix. Mais j'ai adoré fonctionner comme ça. Dans le passé, j'ai beaucoup écrit pendant mes tournées. Cette fois, je ne voulais pas. Je voulais tout garder pour exploser, explorer les chansons pendant le studio.

Il ressort une certaine mélancolie de vos chansons...

Je n'étais pas particulièrement triste en écrivant les chansons. En fait, je me sentais plutôt (silence) fier. J'étais en plein milieu d'un combat avec ma maison de disques, j'étais un peu perdu aussi, mais je n'arrêtais pas de me dire : 'je suis toujours en vie, je suis debout'. Pour moi, les chansons de cet album sont motivantes, elle reflète une sorte d'espoir.

Vous parlez d'un problème avec votre maison de disques, est-ce que l'industrie musicale peut dégoûter un artiste ?
Oh oui, il peut. Le business de la musique c'est un oxymore. Mais c'est nécessaire. On n'y pense pas quand on commence à faire la musique, quand on forme un groupe. Le business en général c'est une chose de très figée, il y a des règles qui ne sont pas applicables à la musique. Normalement, la musique doit être au-dessus du business, c'est quelque chose de très personnel, qui n'a rien à voir avec l'argent. C'est très bizarre mais je crois qu'à la fin, c'est la musique qui gagne, parce que les gens veulent écouter de la bonne musique. Personnellement, j'ai estimé que je n'avais plus rien à faire avec le business de la musique et il n'avait plus rien à faire avec moi. J'ai pris du recul, j'ai fait mes trucs de mon propre côté, attendant d'avoir quelque chose à proposer.

On a tendance à considérer que la musique est devenue un produit...
Pour moi la musique reflète celui qui l'a fait, ce n'est pas un produit. Le problème avec cette industrie, aujourd'hui, c'est qu'elle veut que tous les artistes chantent la même chose et de la même manière jusqu'à ce que ça ne vende plus alors on va chercher un autre style, c'est un cercle vicieux et ce n'est pas comme ça que ça doit marcher, parce que la musique c'est une création artistique qui appartient à celui qui la fabrique. Mais je crois que c'est la même chose dans tous les autres business : on offre un produit au public, le même jusqu'à ce qu'on trouve autre chose à vendre. Ca tue la création...


Vous disiez refuser écrire des chansons juste pour passer à la radio
...
Non, je ne veux pas écrire des chansons pour la radio, mais j'aimerais bien qu'elles passent à la radio ! (rires) Je n'écris pas des chansons pour moi-même mais pour que les gens puissent les entendre. Je pense à 100% que la radio n'est pas le seul moyen de promouvoir sa musique, le meilleur chemin, c'est le live. C'est la où tu te vends le mieux, ou tu perfectionne tes chansons. En fait, tout dépend de ce que tu veux : l'internet est la nouvelle galaxie pour promouvoir la musique, mais tous les réseaux de communication sont important, la radio, la télévision, internet mais il faut que ce soit en adéquation avec ce que tu cherches. Si tu fais de la musique juste pour passer à la radio, c'est un autre business.

Et que pensez-vous de ces artistes justement qui ne font de la musique pour chercher uniquement la gloire ?
Je pense que faire de l'art c'est vouloir accéder à une certaine forme de célébrité. C'est un autre jeu. Pour moi, c'est essayer de faire quelque chose de très personnelle. J'estime que c'est mieux de faire partie de la "culture de la Musique" que de la culture du business. Parfois, les deux chemins se croisent et c'est très bien. J'aime le parcours de Ben Harper. Il peut se promener incognito dans les rues de Paris et faire le Stade de France le lendemain. Il y a des stars qui ne peuvent pas marcher dans la rue sans être accoster et pourtant ils ne vendent pas trois sièges dans une salle de concert. Je ne veux pas être ce mec-là.

Vous reprenez "Nobody 'cept you" de Bob Dylan sur votre album, pourquoi ?
Je crois que c'est une super chanson, elle m'a sauvée la vie. Il ne l'a jamais enregistré, elle n'est sur aucun album et je ne sentais tellement désolé pour cette superbe chanson que personne n'a entendue ! (rires).

Est-ce qu'il y a une chose que vous détestez entendre sur vous ?
Je déteste lire que je suis le "nouveau Bob Dylan". C'est absolument faux et il n'y aura jamais de nouveau Bob Dylan ! Tous les songwriters sont considérés comme des nouveaux Bob Dylan, parce qu'ils ont une guitare. Je ne suis pas qu'un homme avec une guitare, je mets un peu plus de choses dans ma musique et je ne veux pas que mes albums se ressemblent tous et puis je veux que toutes mes chansons aient leur propre identité.

Mais pourtant vous reprenez un titre de Bob Dylan...
(rires) C'est une façon de faire un pied de nom à ces personnes qui justement me comparent à lui. Comme si je leur disais : vous voulez du Bob Dylan et bien voilà ! C'est une private joke entre moi et moi !

Pour les personnes qui n'auraient jamais entendu votre musique, comment la définiriez-vous ?
J'aime dire que je fais du western spaghetti ! Un son européen mélangé à la culture musicale américaine. C'est Serge Gainsbourg qui rencontre Crosby, Still and Nash. Les Eagles avec Ennio Morricone. C'est la Méditerranée croisant le son de la côté ouest. J'aime dire que c'est "spaghettti west coast music" (rires).

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