La Fouine : ''J'avais une phobie de la lecture à cause de la prison''

La Fouine : ''J'avais une phobie de la lecture à cause de la prison''

INTERVIEW - La Fouine vient de sortir ''Nouveau Monde'', un album de pop urbaine efficace dans lequel le chanteur livre des textes très personnels. A l'occasion de la Semaine de la langue française et de la francophonie, nous l'avons interrogé sur son rapport au français.

Est-ce qu'il y a un mot de la langue française que vous appréciez particulièrement ?
Enjailler. Ça signifie s'amuser, s'éclater, kiffer. Ce mot a été inventé par les francophones de Côte d'Ivoire. Il vient du verbe anglais ''enjoy''. Aujourd'hui, il est pas mal utilisé chez les jeunes et je fais partie de ceux qui l'ont popularisé [avec la chanson ''Laisse-la s'enjailler'', ndlr].

Est-ce qu'il y a des expressions que vous utilisez souvent ?
Je ne vois pas mais dans ''Nouveau Monde'', il y a deux phrases que j'aime beaucoup : ''les filles, c'est une de perdue, dix de retweetées'' et ''C'est pas la fin du monde, c'est la fin d'un monde''. C'est un mec qui dit ça à son pote pour lui remonter le moral après une rupture.

Vous citez retweeter. Etes-vous un adepte des néologismes ?
Pas du tout. J'adore les anciens mots employés par Brel ou Brassens. J'ai l'impression que leurs mots me transmettent un reflet de leur époque. Ils nous permettent de remonter le temps.

''Je me rends compte de mes lacunes en français''

Avez-vous des tics de langage ?
Pas spécialement. J'aime bien varier mon langage. Si je devais changer une chose dans ma vie, je remonterais à 1996, au moment où j'ai arrêté l'école en début de 3e. Je me dirais : ''Laouni, continue tes études''. Aujourd'hui, je me rends compte de mes lacunes en français et j'aimerais avoir plus de mots.

Est-ce que c'est quelque chose que vous essayez de travailler ?
Oui bien sûr, en faisant des rencontres et en lisant des livres.

Qu'est-ce que vous lisez ?
Je viens de lire L'Alchimiste et Le Manuscrit retrouvé, de Paulo Coelho. Je me refamiliarise avec la lecture parce que j'avais une phobie de la lecture depuis mes 16 ans et la prison. En 1998, je suis détenu à la maison d'arrêt d'Augny. A cause d'une bêtise, je suis au cachot, les dix jours les plus horribles de ma petite vie. Au bout de 4 jours, un surveillant me jette trois livres. Ça a été une fenêtre sur l'extérieur. Je les ai lus trois ou quatre fois chacun. Mais depuis, je ne pouvais plus ouvrir un livre parce que ça me replongeait dans cette cellule. Finalement, grâce à Christian Serrano, qui est un super auteur, je m'y suis remis il y a 5 ans.

Est-ce qu'il y a certains mots que vous détestez ?
Je déteste quand, en promotion, on dit de quelqu'un qu'il défend son album, son film ou son livre. Moi, je ne défends pas mon album, je viens vous le faire découvrir.

''Ma fille m'apprend de nouvelles expressions''

Vous avez une fille de 13 ans. Est-ce que la paternité a changé votre rapport au langage ?
Enormément. Elle a une petite boîte dans laquelle je mets un euro à chaque fois que je dis un gros mot : ''putain'', ''merde'', ça sort tout seul.

C'est drôle. Généralement, c'est plutôt l'inverse...
Oui, et je peux vous dire que sa tirelire est pleine. J'ai eu ma fille très tôt, à 20 ans. J'étais un grand enfant. Aujourd'hui, j'ai 34 ans. Elle sait que je suis un jeune adulte.

Et est-ce qu'elle vous apprend de nouvelles expressions utilisées chez les jeunes ?
Oui. Là, elle m'a appris l'expression ''tu forces''. Ça s'utilise quand tu abuses. Quand une fille veut à tout prix entrer dans un groupe de copines, elle fait figure de ''forceuse''.

Est-ce que vous écrivez vos chansons d'un seul souffle  ?
Généralement, mes textes viennent très vite. C'est instinctif. Pour ''Sans ta voix'', en entrant en studio, je n'avais qu'une phrase ''je n'ai qu'un seul regret ici-bas, maman n'a pas eu sa villa'' puis le reste est venu tout seul. J'ai perdu ma mère très jeune et j'étais très proche d'elle. Quand j'ai eu les moyens de lui plaisir, elle n'était plus là. Elle a sacrifié sa vie pour ses sept enfants. Avant, mes chansons étaient le récit d'un jeune de banlieue. Aujourd'hui, c'est le récit d'un jeune de banlieue mais qui a découvert le monde. Je peux m'exprimer sur l'amour, l'amitié, la France...

''J'adorerais avoir fait Sciences Po''

Sur ''Je l'aime quand même'', vous déclarez d'ailleurs votre amour pour la France...
Les rappeurs passent leur temps à se plaindre de la France. J'ai été dans des pays où il n'y a pas d'aide sociale, d'assurance maladie, où les gens crèvent de faim. Alors même s'il y a plein de choses à améliorer, ce n'est pas une raison pour dénigrer ce pays qui nous a accueillis. J'adorerais avoir fait Sciences Po et être politicien pour trouver des solutions et aider mon pays.

Vous évoquez également à plusieurs reprises les réseaux sociaux...
Au début de ma carrière, j'allais beaucoup dessus. Aujourd'hui, j'ai pris mes distances. Ça peut être très dangereux, surtout pour les plus jeunes. Il y a une surenchère de la violence et il ne faut pas qu'ils vivent virtuellement. J'interdis à ma fille d'être sur les réseaux sociaux.

Vous dites tout le temps ''skurt'' ou plutôt ''skuuuuurt''. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
C'est le bruit d'une voiture qui dérape. Je le dis souvent en concert. Mais ça ne veut strictement rien dire !

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