Murat privé de tournée : "Les salles préfèrent programmer des gros cons comme Renaud ou Polnareff"

Murat privé de tournée : "Les salles préfèrent programmer des gros cons comme Renaud ou Polnareff"

INTERVIEW —A 64 ans, Jean-Louis Murat est de retour avec "Morituri", un nouvel album enregistré avec les musiciens d’Anhoni (ex-Antony and the Johnsons) et de Macy Gray. L’occasion pour le chanteur désabusé, qui fête cette année ses 35 ans de carrière, de revenir sur ses provocations, son rapport à la politique et son métier de chanteur.

Sur l’album, il y a une chanson très politique intitulée "Interroge la Jument" où vous évoquez pêle-mêle écologie et attentats. C’est le regard que vous portez sur le monde ?
Si t’as des doutes sur l’état du monde, interroge une jument ou un oiseau mazouté ! L’ultralibéralisme est une catastrophe. Il faut voir ce qu’on se met dans le corps, physiquement et intellectuellement. Quant au passage où je chante “sur la terrasse sous les cimes/où tout bien pesé on t’assassine “, je l’ai écrit en Juillet, bien avant les attentats. Mais je n’ai pas changé une ligne. On a tellement nié l’existence du bon et du mauvais que cette réalité nous revient en pleine gueule.

En 1981 vous sortiez votre premier single "Suicidez-vous le peuple est mort". En 2016, vous trouvez le peuple si amorphe ?
J’ai vu un reportage sur Nuit Debout. C’est un peu “Aimez-vous les uns les autres“. Ça fiche un peu les jetons car ça n’a jamais mené nulle part. Demande à un juif à Dachau ou à un opposant à Mao si “Aimez-vous les uns les autres“ ça a marché pour lui… Mais il faut faire une différence entre le peuple et la jeunesse. La jeunesse joue son rôle. Mais la politique ne m’intéresse pas. Sauf pour en dire du mal. C’est le fumier de la démocratie. Les générations futures, si elles veulent s’en sortir, devront inventer autre chose. Le suffrage universel, ça ne marche plus.

Vous cultivez toujours autant votre autarcie envers le monde artistique ?
J’ai une conception artisanale de mon métier. Je ne me sens pas du tout “artiste“. Je fais des chansons, c’est mon job. En France, dès qu’un clampin enregistre trois chansons, il se pense artiste. C’est une catastrophe. Tous ceux qu’on qualifiait d’artistes et que j’ai rencontrés, je me suis rendu compte que c’était des triples merdes. Aucune envie d’écrire pour eux, d’ailleurs. Si je le fais, c’est toujours contraint. En général, c’est quand les impôts vont tomber. Du coup, c’est au premier qui arrive. Et si c’est Patrick Sébastien, ça sera Patrick Sébastien.

La provoc’, c’est une façon de faire parler de vous ?
Je ne passe pas en radio et on ne m’invite pas à la télé. Et si je n’y vais pas au bazooka, je disparais. Pendant des années, j’ai fait des interviews de gentil garçon. Un papier sur deux n’était pas publié. Le système médiatique est scatophage, il faut lui balancer de la merde à la gueule. La seule chose qui m’intéresse, c’est de vendre suffisamment de disques pour financer le suivant. Mon image publique, je m’en fous.

Vous ne regrettez pas certaines sorties ? Comme avoir traité une journaliste de Télérama de "brouteuse", par exemple ?
Je n’ai jamais dit ça en interview. Le scandale était ailleurs. Je sortais d’un entretien avec un journaliste qui n’allait pas bien, alors je l’ai invité au resto avec la maison de disques. Pendant le repas, il avait lancé son magnéto sous sa serviette. Le mec a capté une heure de conversation privée, débridée, et l’a publiée. Il a fallu que je m’excuse publiquement, que j’envoie des fleurs à Télérama. J’ai plein d’amies lesbiennes. Quand je leur dis “Alors ça fait longtemps que t’as pas brouté ?“, ça ne les dérange pas.

Vous adorez la scène mais aucune tournée n'est annoncée pour ce disque. Pourquoi ?

Le tourneur est arrivé à la conclusion qu’avec cet album, ça n’allait pas être possible. J’ai eu beau piquer ma crise, ça n’a servi à rien. C’est la première fois en 25 ans que je ne tourne pas après un disque. Pourtant, sur ma dernière tournée, 9 dates sur 10 étaient complètes. C’est la crise, les salles prennent moins de risque et préfèrent programmer des gros cons comme Renaud ou Polnareff.

>> Morituri, le nouvel album de Jean-Louis Murat est disponible chez Play It Again Sam (PIAS)

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