On y était : l’émouvant concert des Eagles Of Death Metal à l’Olympia

On y était : l’émouvant concert des Eagles Of Death Metal à l’Olympia

REPORTAGE - Trois mois après les attentats du Bataclan, les Eagles Of Death Metal remontaient hier soir, mardi 16 février, sur une scène parisienne. C’est un Olympia sous une sécurité maximale qui a accueilli le groupe californien. Une soirée chargée en émotion. Metronews y était.

Ils avaient promis de revenir pour "terminer" leur concert du 13 novembre. Hier soir, les Eagles of Death Metal ont tenu parole en montant sur les planches de l’Olympia. C’est la première fois que les "Aigles" jouaient à Paris depuis les événements tragiques du Bataclan, si on omet leur participation au concert de U2 à Bercy en décembre dernier.

"Trop dur, trop tôt"

Mais ce soir, ce n’est évidemment pas un concert comme les autres. La sécurité est maximale. Plusieurs camions de CRS sont garés devant l’Olympia. Les spectateurs doivent se soumettre à quatre points de contrôle, dont trois fouilles, avant de pénétrer dans la salle de concert. Devant le music-hall, des dizaines de journalistes français et étrangers tentent de recueillir la parole de spectateurs qui parfois refusent de témoigner. "C’est trop dur, trop tôt", répond un jeune homme à une journaliste anglaise.

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Il est 21h10 quand les lumières de salle s’éteignent enfin. Les Américains arrivent sur la scène au son d’"Il est cinq heures, Paris s’éveille" de Jacques Dutronc, déclenchant instantanément un tonnerre d’applaudissements. Jesse Hughes, le leader moustachu du groupe, lunettes roses sur le nez, est vêtu d’une cape de boxeur rouge. Le rockeur prend un long moment pour saluer son public.

Première surprise, on note la présence de Josh Homme, co-fondateur du groupe derrière l’une des deux batteries. Le rockeur, qui n’était pas présent au Bataclan, a tenu à être ce soir aux côtés du groupe, même si sa femme, la chanteuse Brody Dalle, était sur le point d’accoucher.

"Prenons un moment pour nous souvenir"

Le groupe démarre les hostilités avec "I Only Want You", extrait de leur album de 2004 Peace, Love, Death Metal. De part et d’autres de la scène, on remarque deux drapeaux représentant Jesse Hughes en Oncle Sam. Puis, le chanteur prend la parole et demande au public d’observer quelques instants de silence pour rendre hommage aux victimes du 13 novembre : "Prenons un moment pour nous souvenir", lance-t-il d’une voix tremblante. Ce sera la seule concession du groupe à la tristesse. L'heure n'est pas au chagrin. Ni à la controverse autour de la personnalité complexe du chanteur.

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Le groupe enchaine les tubes : "Don't Speak (I Came to Make a Bang!)", "Complexity", "I Got a Feelin (Just Nineteen)". Sur le sautillant "I Love You All The Time", devenu depuis les attentats un hymne à la paix repris par plusieurs autres groupes, un spectateur jette sur scène une écharpe tricolore que le chanteur portera autour du cou tout au long de la chanson.

"J'appréhendais de venir ce soir"

"Je suis tellement bourré je ne sais pas comment je vais finir ce concert", confesse Hughes. Malgré les larmes et l’alcool, les titres continuent de pleuvoir. Le tout sous les lunettes noires de Philippe Manoeuvre, rédacteur de chef de Rock&Folk assis au balcon. À ses cotés, la photographe Marion Ruszniewski. La journaliste était présente le 13 novembre au Bataclan. Lors de l’attaque elle a reçu une balle dan le dos. Par miracle, son matériel photo a déviée la balle, épargnant ses organes vitaux. Malgré ses blessures, la jeune femme tenait à être présente ce soir à l’Olympia:

"J'appréhendais de venir ce soir mais j'ai passé un super moment", nous explique-t-elle. "Le concert était extraordinaire. Même si je n’adhère pas à tout ce que défend Jesse Hughes, c’est un showman hors du commun. C’était étrange de retrouver le groupe pour reprendre des photos mais c’est mon métier. J’en ai raté quelques unes, sans doute à cause de l’émotion."

Marie aussi était présente le 13 novembre au Bataclan. Mais pour elle, cette soirée de retrouvailles avec le groupe fut une épreuve : "Je voulais absolument revenir les voir mais ça a été très difficile pour moi. J’ai passé la soirée à me retourner vers les portes. Et pendant la minutes de silence, j’ai cru que j’allais faire une attaque de panique."

"On l'a fait"

Le groupe quitte la scène à 22h25. Jesse Hughes revient seul en scène arborant une guitare bleu-blanc-rouge. Il se jette en solo dans deux chansons dont une reprise du "Brown Sugar" des Rolling Stones et déclare au public : "Je passe un super moment, vous saviez que j’avais vraiment besoin de ça et vous ne m’avez pas laissé tomber. Merci !".

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Il est plus de 23h, les Eagles Of Death Metal quittent la scène. Devant l’Olympia, quelques spectateurs ont eu du mal à partir. L'émotion se lit sur certains visages. À côté de nous, trois hommes, la trentaine, se tombent dans les bras. Rattrapés par la douleur, après une soirée placée sous le signe du rock and roll.

Tandis qu'ils s'enlacent l'un d'entre eux lâche "On est revenu. on l'a fait". Très vite, ils sont priés par les services de sécurité de ne pas rester aux abords du music-hall. "Il faut être un peu humain ce soir", répond l’un d’entre eux aux vigiles. Puis les trois hommes s’éloignent, les oreilles bourdonnantes. Et le regard humide.  

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