Une Tatare de Crimée à l'Eurovision, bonjour l'embrouille

Une Tatare de Crimée à l'Eurovision, bonjour l'embrouille

POLÉMIQUE – L'Ukraine a choisi une star de jazz nationale, Jamala, pour défendre le pays au concours de l'Eurovision, qui se tiendra en mai à Stockholm. Moscou a aussitôt protesté contre ce choix alors que la chanteuse est une Tatare de Crimée, région annexée par la Russie en mars 2014.

La tragédie des Tatars s'invite à l'Eurovision. Pour défendre ses couleurs au prochain concours, qui se tiendra le 14 mai 2016 à Stockholm, l'Ukraine a, en effet, choisi Jamala, une Tatare de Crimée. La cantatrice devenue chanteuse de jazz y interprétera son morceau "1944" en référence à cette terrible année durant laquelle Staline organisa la déportation de près de 250 000 Tatars de Crimée vers la Sibérie et l'Asie centrale.

Auparavant territoire russe, la péninsule de Crimée a été offerte en 1954 par Kroutchev à l'Ukraine. Mais la Russie a toujours maintenu une importante base militaire dans le port de Sébastopol, situé au bord de la mer Noire. A la suite de l'arrivée au pouvoir à Kiev d'un gouvernement plus tourné vers l'Europe que vers la Russie, Moscou a finalement annexé la Crimée en mars 2014, plongeant la région au cœur d'une crise géopolitique internationale.

Une minorité harcelée

Dans ce contexte très tendu, l'annonce du nom de la candidate ukrainienne à l'Eurovision a été très mal perçue par Moscou, qui a dénoncé un choix politique visant à dénigrer la Russie. Les autorités prorusses de Crimée ont, pour leur part, accusé Kiev "d'instrumentaliser" la tragédie des Tatars de Crimée et de vouloir propager une fausse image du harcèlement dont serait victime cette minorité ethnique dans cette région.

Les Tatars de Crimée, qui n'ont commencé à retourner dans la péninsule qu'après la chute de l'URSS en 1991, se sont majoritairement opposés à son annexion par la Russie en mars 2014. Depuis celle-ci, des militants tatars ont été placés en détention ou ont vu leurs domiciles perquisitionnés. Des dirigeants de la communauté ont été interdits d'entrée sur ce territoire par les autorités russes. Jamala n'est pas prête, elle non plus, d'y retourner.

Un veto des organisateurs ?

Mais Kiev n'a pas encore remporté cette bataille sur le champ musical. En effet, un représentant de l'Eurovision a déclaré ce mardi que toutes les chansons étaient évaluées avant d'être validées par les organisateurs du concours.

En 2009, l'Eurovision avait ainsi retoqué le morceau de la Géorgie, "We Don't Wanna Put In", jeu de mots contre le président russe Vladimir Poutine. Ce pays avait ensuite décidé de ne pas participer au concours.

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