VIDÉO - Corona, Masterboy, Ice Mc, Gala... Et si l'Eurodance revenait à la mode ?

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STORY - Comme nous, vous sentez que la nostalgie des années 80 s'émousse et que la prochaine étape au rayon, c'est bien celle des années 90. L'Eurodance, genre musical haï comme adulé, a profondément marqué des décennies, soutenant cette idée charmante selon laquelle le mauvais goût était autant partageable que le bon. Et il pourrait bien revenir.

Vous avez collectionné les compilations "Dance Machine" et "La plus grande discothèque du monde" ? Vous avez écouté "Le hit des clubs" sur Skyrock comme "Les débats de Gérard" pendant la radio libre du star-system Max sur Fun Radio ? Vous avez maté des clips sur M6 le samedi soir à en faire des nuits blanches ? Pas de doute, vous avez été ado dans les années 90 et donc avant Internet. 


Pendant cette folle période d'ennui fangeux, vous avez sans doute succombé au monde de l’Eurodance, ce genre maudit des années 90 qui passe pour de la vilaine soupe aux oreilles de beaucoup et qui, pourtant, possède ses thuriféraires (dont nous faisons partie). Alors que des tournées "Dance Machine la tournée des années 90" et "Stars 90" ont fleuri ces dernières années, on peut s'attendre à un retour inéluctable de nos idoles sacrées de l'Eurodance. 


Flashback sur dix groupes emblématiques de l'Eurodance. D’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Et enfin, pourquoi ?

ICE MC : l'Anglo-Jamaïcain qui faisait des "digi-digi-boum digi-digi-boum héhé"

La première fois qu’on a entendu parler de Ice Mc (alias Ian Campbell dans la vie de tous les jours, Anglais d’origine jamaïcaine), nous les accros au Hit Machine avec Ophelaïe, c’était au tout début des années 90, à l’époque dorée du "Dance Machine Gold" avec le tube Easy, sorti en 1989.


1993, naissance d’un tube planétaire. Oubliez les Beatles. Envolés les Rolling Stones. La bombe de cette année, c’était Take away the colour, dance trippante ravagée par la mélancolie, refrain pop en or, raggadance vénère, sous-texte engagé (le racisme, c’est mal) et surtout UNE CHORISTE D'ENFER. 


S'il faut retenir trois tubes immanquables chez Ice Mc : Take away the colour (les deux versions !), Think About the Way (qui figure même sur la BOF du Trainspotting, de Danny Boyle) et It’s a rainy day.  De toute évidence, pour le fan d'Eurodance, Ice Mc, c'est l'équivalent de Bob Marley. 

20 FINGERS : le groupe house-dance le plus hot des années 90

Pour les plus boutonneux d’entre nous, les années 90 ont été marquées par 20 Fingers, un groupe de hard house voulant prouver au plus grand nombre qu'il était possible de faire passer l’acné autrement qu'avec du Biactol. C’était le groupe le plus "sexe" de tous les groupes d’Eurodance. Les paroles de leurs tubes Short Dick Man, Lick It ou Sex Machine étaient disséquées par tous les ados de Paris, de banlieue et de province, ricanant comme des mômes (à l’époque, le LOL n’existait pas). 


Short Dick Man avait heurté les oreilles chastes en son temps. Le titre était même parfois modifié lors des passages du clip sur M6 et de diffusions radio passant de Short Dick Man à Short Short Man. On se souviendra longtemps de sa chanteuse un peu rasoir et génialement vulgaire baptisée Gilette qui, sur scène, était incapable de chanter le même refrain en playback. 

On en veut pour preuve cet épisode au "Dance Machine 5" : les trois Américaines vêtues en pink bunnies, une choré répétée la veille et un préservatif pour micro-pénis déballé par la miss débraillée. Scandalous à Bercy !

CORONA : l'adorable chanteuse brésilienne à qui l'on doit "The Rythm of the night"

Derrière le pseudo Corona, se cache une adorable chanteuse brésilienne : Olga De Souza, qui, non, n’a aucun lien de parenté avec Linda ! Olga a zébré le ciel de nos vies d’ados glabres comme une comète, en débarquant en Italie en 1990.


La gloire Eurodance de Corona commence en 1993 avec le cultissime The Rythm of the night. Par la suite, difficile de rebondir avec un tube comme The Rythm of The Night qui rend prisonnier. Un peu comme Larusso avec Tu m’oublieras.

En 1996, elle propose un dernier "consommable" : I Don’t wanna be a star. Corona y explique qu'elle en a marre de la staritude, marre de se prendre des bouteilles d’eau et des tee-shirts dégueux sur la scène du Dance Machine à Bercy. Il faudra attendre plus de dix ans pour la retrouver lors de la toute première "Tournée Des Années 90 Génération Dance Machine" en 2011.

MASTERBOY : qui n'a pas dansé sur le méga-méga-mégamix ?

Masterboy s'impose comme un parangon de l’Eurodance-Machine créé par les deux artistes allemands Tommy Schleh et Enrico Zabler à qui l'on doit des tubes comme Feel The Heat Of The Night, I Got To Give It Up, This Is The Love ou d'inusables méga-méga-méga-mix. Le groupe s’est évidemment vautré à partir du moment où la chanteuse-leadeuse, la démoniaque, la sexuelle, la volcanique, l’infernale Trixi Delgado a quitté le groupe (soit un an après l’apogée, la quintessence, le succès au top50). 


Comme tous les groupes has-been, Masterboy vit sur l’illusion du passé. Enrico Zabler, l’un des deux cofondateurs, continue à animer beaucoup de rave parties en Allemagne en se faisant passer pour Masterboy, même en 2014, auprès de jeunes gens qui n’étaient pas nés à l’époque.

GALA : la rebelle en noir

Gala (de son nom complet Gala Rizzatto), chanteuse au regard somptueux et adepte des grimaces scary dans ses clips, a commencé sa carrière dans l’Eurodance, sur un pari frivole. En échange d’une photo pour un DJ européen, Gala a pu enregistrer sa première démo. Une chanson "que s’appelorio" Everyone Has Inside, qu’elle avait écrite à New York puis envoyée en Europe sur cassette. 


Le morceau tape dans l’oreille du label italien indépendant Do It Yourself Records qui lui fait enregistrer Freed From Desire à Londres et l’envoie en France à un certain Henri Belolo, le king de l’eurodance ayant géré les compilations "La plus grande discothèque du monde". Bingo : les parents et les petits enfants chantent Gala à tue-tête. Même les Schtroumpfs chantaient Gala… 

Le premier album Come into My Life ne contient que des disques de platine : Freed from Desire, of course. Mais aussi Let a Boy Cry avec une Gala qui agite toujours autant la tête et les bras, qui maquille les mecs, qui refuse un bouquet de fleurs et qui chante même sur sa voix dans le dernier tiers de la chanson. 

Ainsi on a besoin de savoir, quitte à débarquer en plein milieu d’un diner avec ses singles à la main : pourquoi donc Gala n’a pas continué ? Elle qui avait tous les tubes en sa possession pour devenir une Eurodéesse, que pasa ? La triste vérité : plus de place pour les divas de l’Eurodance sur les chaînes musicales…

Notons qu'on a retrouvé Gala en 2016 à l'occasion de la sortie du film Un homme à la hauteur, où elle reprenait son Freed From Desire en version acoustique. Gala, comme le chantait Francis Lalanne, "on se retrouvera"...

WHIGFIELD : la Suédoise qui chante "Di-li-la-la-la"

Whigfield reste l'inoubliable tubeuse du Saturday Night. Un hit des clubs conçu par Larry Pignagnoli - on lui doit, entre autres, Call Me de Spagna et 2 Times de Ann Lee. Tout allait bien jusqu’à l’inéluctable drame, rejoignant les scandales des années 80 comme ceux ayant entaché les carrières de Valérie Dore ou Milli Vanilli accusés de ne pas être les "vrais chanteurs". 


Ainsi, d’affreuses mauvaises langues avaient accusé Whigfield de ne pas être la "vraie chanteuse", sous prétexte que pendant les entretiens, sa voix était pis que celle de feu Jeanne Moreau au réveil. Pour chasser les mauvais esprits, Whigfield a repris Last Christmas de WHAM! Mais tout le monde s’en est foutu. Et la carrière de Whigfield de rejoindre les rêves brisés à la Lisa Stansfield. 

CULTURE BEAT : le groupe le plus "étrange" de l'Eurodance

A l’origine, et on le sait peu, Culture Beat a été créé à la fin des années 80, à Francfort, par le DJ Torsten Fenslau (en compagnie de deux amis, Jens Zimmermann et Peter Zweier). 


Le premier morceau du groupe s’intitule, accrochez-vous bien, Der Erdbeermund (1989). Et il est chanté par Jo Van Nelsen, chanteur de cabaret bien mystérieux. Au pays d’Angela, ce single et ce clip s'avèrent assez diffusés. Même si on est plus proche de Jimmy Sommerville, de poses à la Klaus Nomi et de restes de house façon Hacienda dans la langue de Falco que d’Eurodance. 

Doué de visions, Torsten n’est quand même pas pleinement convaincu par cette expérience. Il embauche deux choristes, Jay Supreme et Tania Evans qui formeront ce formidable duo que nous verrons tant et tant de fois aux concerts Dance Machine ainsi que dans les clips lunaires d’après-minuit sur M6… 


Le premier single du duo Tania Evans/Jay Supreme s’appelle… Mr. Vain, et il sort en janvier 1993. 4,5 millions d’exemplaires ont quand même été vendus dans le monde (meilleure vente de single en Europe pour 1993). Par la suite, quelques singles parfaits pour alimenter les compilations TOPDJ (Inside Out, Crying In The Rain et Take Me Away) mais pas aussi impactants que les fabuleux Mr Vain et Anything. Puis, Frank Fenslau a la très mauvaise idée de séparer le duo gagnant. Adieu Culture Beat et adieu notre adolescence.

CAPPELLA : le playback cynique qui ne plaisait pas aux puristes de l'Eurodance

Quoi de plus emblématique que Cappella pour parler d’Eurodance ? Nothing. Mais le groupe se révèle peu apprécié par les puristes de l'Eurodance. Lors d'une interview télévisée, le producteur italien Gianfranco Bortolotti du label Media Records, responsable de Cappella, avançait crânement que l’Eurodance était uniquement un prétexte pour se faire de l’argent : un vague concept et des membres échangeables tournant les uns à la suite des autres (#sympa).

Le hit phare de Cappella, celui qui figurait sur toutes les compils en 1993, c’était U Got 2 Let the Music, qui a quand même atteint la deuxième place des classements britanniques cette année-là tout en s'avérant au centre d'une controverse chez les aficionados d’Eurodance : la manière dont U Got 2 Let the Music n’était en réalité qu’un vulgaire plagiat soupe du Sounds Like a Melody du groupe Alphaville. 


Cela ne nous empêche pas d’être malgré tout sensibles à la condition des singles de Cappella voués à la destruction, prêts à consommer, prêts à disparaître. Et qui, derrière leur aspect industriel, n’en recèlent pas moins une vraie mélancolie. Cette foutue mélancolie de la consommation immédiate et de la ruine, inhérente à l’Eurodance, inhérente à nos heures passées à écouter des cassettes dans des walkmans aux piles usées...

2 UNLIMITED : Anita et Ray, les deux membres les plus aimés de l'Eurodance

Ce groupe belgo-néerlandais est né au début des années 1990, transcendé par la chanteuse Anita Doth et le rappeur Ray Slijngaard. Premier tube comme une boule de flipper : Get Ready for this en 1991. Un titre très populaire, devenu l’hymne officiel de la NBA, que l’on a entendu partout, vraiment partout, même dans L’enfer du dimanche d’Oliver Stone ! Face à ce succès, les producteurs décident d’en enregistrer une version vocale et forment quelques mois plus tard le groupe qui se composait alors de deux membres Ray et Anita.


Durant cinq ans (le temps de leur contrat qui prévoyait l’enregistrement de quatre albums et la promo des singles), le duo devient populaire dans plusieurs pays et accumule les chefs-d’œuvre comme Twilight Zone, No Limit, Tribal Dance, The Real thing… L‘album !No Limits! se vend à plus de 200.000 exemplaires et plus de 800.000 singles sont vendus sur les différents titres. 

En 1996, Anita Doth et Ray Slijngaard se séparent et leurs carrières en solo se révèlent infructueuses. Le groupe meurt, se reforme puis re-meurt. Mais Ray & Anita demeurent amis.

SCOOTER : le groupe qui donne l'impression de mettre des doigts dans une prise

Étés 92-93-94. Nous étions fiers d’apprendre des gros mots en anglais et de connaître le sens du fameux Move Your Ass, titre qui faisait un carton dans les boums de l’après-midi chez Anne-So en compagnie de teufeurs drogués à la grenadine. Ainsi, écouter Scooter, responsable de ce morceau, pendant nos tendres années collège, c’était se sentir exister. Faites le test : en écoutant Move your ass en 2017, vous avez soudain 13 ans et c’est au-delà du psychotronique. 

Avec son tempo speed et ses refrains grisants, transfigurant les papiers peints de posters de nos chambres, Scooter donnait envie de se rouler par terre, de tout jeter par la fenêtre et d’arracher l'affiche de Guns N’Roses que nous avions piquée au grand frère. 


Il y a eu la génération Starmania, il faudra désormais compter sur la génération Scooter. Qui est aussi celle de toute une génération shootée à l'Eurodance. La nôtre, en somme.

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