"Moonlight" Oscar du meilleur film : chronique d’un triomphe très politique (et mérité)

La cérémonie des Oscars 2017

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DÉCRYPTAGE - On attendait "La La Land". C’est finalement "Moonlight" qui a décroché la statuette tant convoitée du meilleur film, dimanche soir lors de la 89e cérémonie des Oscars. Une demi-surprise tant ce pur produit du cinéma indépendant cochait toutes les cases pour réconcilier Hollywood, un après le boycott de la cérémonie par plusieurs personnalités afro-américaines.

Souvenez-vous. Il y a tout juste an, l’absence de talents afro-américains parmi les principaux nominés des Oscars provoquait un profond malaise à Hollywood, certaines stars comme Will Smith et sa compagne Jade Pinkett-Smith n’hésitant pas à boycotter la cérémonie. Cette polémique, baptisée "Oscars so white" (des Oscars si blancs, ndlr) sur les réseaux sociaux, allait pousser Cheryl Boone Isaacs, la première présidente noire de l’Académie, à mettre en œuvre une importante réforme du collège des votants.


Sur 5 765 professionnels – acteurs, réalisateurs, producteurs, techniciens – appelés à voter jusque-là, on comptait 75% d’hommes… et 92% de Blancs. C’est dire. Depuis, 683 personnalités ont été invitées à rejoindre la grande famille des Oscars, parmi lesquels 46% de femmes et 41% de non-Blancs. D’ici 2020, la patronne de l’Académie entend doubler leur place parmi les votants.

J’ai fait ce film sous une administration différente. Aujourd’hui ce serait moins évidentBarry Jenkins

Cet engagement en faveur de la diversité aurait-il porté ses fruits dès dimanche soir ? Il serait malhonnête de réduire le succès de Moonlight, lauréat de 3 Oscars - meilleur film, meilleur scénario adapté et meilleur second rôle masculin pour Mahershala Ali - à un choix politique et/ou sociétal. N’empêche. Samedi soir, après avoir triomphé aux Independent Spirit Awards, ultime cérémonie avant les Oscars, le réalisateur Barry Jenkins tenait un discours ouvertement politique devant la presse. 


"Je suis en colère, oui", expliquait celui qui a grandi dans les quartiers pauvres de Miami comme Chiron, son héros. "Je pense que Moonlight prouve que cette version de l’Amérique et aussi valable que celle des red states (les Etats qui votent traditionnellement Républicains, ndlr). J’ai fait ce film sous une administration différente. Aujourd’hui ce serait moins évident." Omniprésent sur les réseaux, le président Trump n’a pas commenté, pour l’heure, la victoire de Moonlight.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens m’envoient des messages pour me dire : 'merci, je ne me serai jamais attendu à voir un jour ma vie racontée sur grand écran'Barry Jenkins

Dans sa marche victorieuse, Barry Jenkins a pu compter sur le soutien de Plan B, la société de production de Brad Pitt, déjà derrière l’Oscar d’un autre film engagé, 12 Years A Slave de Steve McQueen,  il y a deux ans. En marge des majors, elle a cofinancé ce tout petit budget, 1.5 millions de dollars seulement, là où la moyenne du blockbuster hollywoodien en vaut plus de 100. Moonlight, c’est donc aussi la revanche d’un cinéma indépendant qui résiste, tant bien que mal, à la dictature des superhéros.


Moonlight c’est enfin la consécration d’un long-métrage qui aborde un sujet tabou, l’homosexualité dans les ghettos, jamais filmée jusqu'à présent par le cinéma américain. Et qui par la grâce de la mise en scène de Barry Jenkins, accède à l’universel. "Sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens m’envoient des messages pour me dire : 'merci, je ne me serai jamais attendu à voir un jour ma vie racontée sur grand écran", confiait le réalisateur à LCI à la sortie du film, qui cumule jusqu’ici 250 000 entrées en France… loin des 2 millions de La La Land. Une séance de rattrapage s’impose, politique ou pas.

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