VIDÉO - "Grâce à Moonlight, beaucoup de jeunes hommes m'ont dit se sentir moins seuls", raconte le réalisateur Barry Jenkins

COUP DE CŒUR - C’était l’outsider de la cérémonie des Oscars et pourtant il a remporté trois récompenses dont celle du meilleur film. Dans "Moonlight", le cinéaste Barry Jenkins met en scène le destin d’un gamin de Floride, à trois moments clés de sa vie. Un chef d’œuvre d’émotion toute en retenue, que LCI est allé évoquer avec son auteur inspiré.

"C’est le voyage d’un garçon jusqu’à l’âge adulte". Lorsqu’on demande à Barry Jenkins de décrire Moonlight en quelques mots, il n’hésite pas longtemps. Aussi volubile que son héros est taiseux, ce jeune réalisateur de 37 ans vit un rêve éveillé depuis la première projection de son film, en septembre dernier au Festival de Telluride. Porté par une critique dithyrambique, et des spectateurs toujours plus enthousiastes, il a depuis décroché une pluie de récompenses, dont trois Oscars et surtout celui du meilleur film. Il détrône ainsi La La Land, qui était le grand favori.

Produit par Plan B, la société de Brad Pitt, Moonlight est une libre adaptation de la pièce de théâtre de Tarell Avin McCraney, In Moonlight Black Boys Blue. Construit en trois actes, le film raconte trois moments de la vie de Chiron, un gamin née dans la banlieue pauvre de Miami, de son enfance auprès de sa mère toxicomane à l’acceptation d’une sexualité contrariée. Révélé en 2008 avec son premier film, Medicine for Melancholy, Barry Jenkins enchaîne les projets sans lendemain lorsqu’il croise la route de cette histoire qui ressemble à s’y méprendre, ou presque, à la sienne.

Grâce à Moonlight, beaucoup de jeunes hommes m'ont dit qu'ils se sentent moins seulsBarry Jenkins

"Comme lui j’ai grandi dans une banlieue pauvre de Miami. Comme la sienne, ma mère s’est battue avec son addiction à la drogue. La seule différence, c’est que Thomas est ouvertement gay alors que je suis hétéro", observe le cinéaste, qui se revendique moins un militant qu'un "allié de la cause LGBT. On m’interroge souvent sur ma sexualité. Ce qui est un peu triste car ça voudrait dire qu’un réalisateur ne peut pas raconter une histoire qui n’est pas la sienne. Alors que moi c’est ça que j’attends : que les gens s’identifient à un personnage qui n’a, a priori, rien à voir avec eux."


Barry Jenkins n’ignore bien sûr pas la portée d’un long-métrage qui offre un regard différent, sinon unique sur la communauté noire-américaine. "Je suis très présent sur les réseaux sociaux et beaucoup de gens m’envoient des messages pour me dire : 'je ne me serai jamais attendu à voir un jour ma vie, racontée au cinéma'". Pourtant pour lui le discours de Moonlight va bien au-delà. "De nos jours, nous sommes entourés d’écrans, en permanence. Nos télé, nos portables, nos ordinateurs. Et pourtant on ne se reconnait dans aucun d’entre eux. Si  bien qu’on finit par penser qu’on est tout seul. Grâce à Moonlight, beaucoup de jeunes hommes m'ont dit qu'ils se sentent moins seuls."

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Dans Moonlight, je voulais des acteurs noirs qui jouent comme Isabelle Huppert et Juliette BinocheBarry Jenkins

Ancien étudiant en cinéma à l’Université de Floride, Barry Jenkins se dit "bien plus influencé par le cinéma étranger que par le cinéma américain", observe-t-il, citant le maître de Hong-Kong Wong Kar-Wai ou la Française Claire Denis parmi ses idoles. De vrais auteurs chez qui le style est au service des personnages et de leurs tourments intimes. "J’ai grandi dans une communauté où on apprend aux jeunes hommes à parler d’une certaine manière. A ne pas dire certaines choses. A se regarder d’une certaine façon entre eux", raconte Barry Jenkins. "Dans Moonlight, je voulais des acteurs noirs qui jouent comme Isabelle Huppert et Juliette Binoche. Chez qui l’émotion passe par le regard, avant même qu’ils aient prononcé le moindre mot."


Et c’est vrai que Moonlight doit beaucoup à la performance, précise et délicate de ses interprètes. Les trois Chiron, Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes, vrai-faux sosie du rappeur 50 Cent qui enfouit ses sentiments sous une montagne de muscles. Mais aussi les seconds rôles comme Mahershali Ali, l’interprète de Juan, le gangster qui prend le héros enfant sous son aile. Il a d'ailleurs remporté l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. Sa partenaire Naomi Harris, qui interprète la mère de Chiron tout au long du film, faisait partie des nommés mais n'a pas reçu la prestigieuse statuette. Quoi qu'il en soit et comme mérité, ce chef d’œuvre d’émotion toute en retenue a bien fait mentir les pronostics… 

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