Harvey Weinstein en cure de désintoxication sexuelle : comment traite-t-on les "sex-addict" ?

ADDICTION - Le producteur d’Hollywood est entré en cure à The Meadows, un centre réputé pour le traitement des addictions, et notamment les "hommes aux prises avec des problèmes complexes de dépendance sexuelle", où sont déjà passées nombre de stars d’Hollywood.

L’endroit s’appelle "The Meadows". Traduction : les prairies. Le nom fait penser à une mise au vert. Sauf qu’il ne s’agit pas là d’un week-end bucolique à la campagne, mais d’une clinique, The Meadows, spécialisée dans le traitement des addictions de tout genre. C’est là qu’a atterri Harwey Weinstein, sous le feu des critiques, après les multiples accusations du tout Hollywood sur ses pratiques de harcèlement sexuel et les accusations de viol.


Pléthores de célébrités sont déjà passées dans ce centre de 5 hectares, situé à 80 km de Phoenix, dans le désert de Sonora, en Arizona, où la nuit coûte au patient la bagatelle de 2.800 euros. Michael Phelps, champion de natation l’a notamment fréquenté pour des addictions à l’alcool, tout comme la mannequin Kate Moss pour le cocktail alcool et cocaïne, ou encore Donatella Versace pour sa mono-addiction à la cocaïne. Mais la clinique propose surtout un programme spécialement dédié aux sex-addict, et plus particulièrement les hommes, intitulé "Gentle path". Y est ainsi passé Tiger Woods en 2009, après le scandale qui avait laissé paraître que le golfeur, sportif le plus payé au monde, était sex-addict.

"Un environnement calme et stimulant"

Alors, que propose cette clinique à "la réputation inégalée", comme le vante son site, pour venir à bout des pulsions compulsives de ces messieurs ? D’abord, un cadre, reposant, apaisant et bucolique, pour cet établissement niché en bordure du désert. Car grands espaces et sérénité font aussi partie de la thérapie. La clinique offre "un cadre paisible et naturel, une atmosphère propice à la contemplation et à l’introspection", décrit The Meadows sur son site. "Un environnement calme et stimulant, qui facilite aussi les contacts avec les pairs, ce qui peut être une source inestimable de soutien." Les photos mises en ligne laissent penser qu'en effet, le séjour doit être agréable...

Les séjours durent 45 jours, et proposent un "programme intensif", réservé à un petit cercle de privilégiés : 28 lits sont proposés. C'est le Dr Patrick Carnes, praticien reconnu sur le sujet, qui a fondé le programme, et rencontre individuellement chaque patient. Ils sont "guidés vers la guérison" en examinant les causes sous-jacentes de l’addiction et des troubles qui y sont liés. "L'objectif est que ces personnes acquièrent le courage de faire face à des problèmes difficiles, y compris le chagrin et la perte, à guérir d'un traumatisme émotionnel", explique la clinique sur son site. "Qu'ils deviennent responsables de leurs propres sentiments, comportements et rétablissement." En clair, identifier les facteurs qui ont développé cette addiction, souvent des traumatismes survenus dans l'enfance, hontes, négligence ou abandon dans le passé, d’éliminer les schémas de pensée qui posent problème, repérer les éléments qui créent la dépendance. 


"Le terme "dépendance sexuelle" décrit un individu ayant une fascination ou une fixation inhabituelle sur le sexe", explique d'ailleurs la clinique. "Au point que cela devient difficile de travailler ou de gérer des relations personnelles saines." Et malgré les conséquences graves que peuvent avoir leur comportement, les sex-addict se livrent souvent à des comportements à haut risque, et pratiquent autant que faire se peut le sexe par téléphone, le cybersexe, la pornographie. Sauf que ces profils ne trouvent pas forcément de satisfaction à ces activités sexuelles effrénées, et ne s'attachent que très peu à leurs partenaires. Ils sont ainsi, explique la clinique, également en proie à des sentiments de culpabilité, de honte et de mauvaise estime de soi. 

Médicaments, groupes de parole, guérison des traumatismes

La clinique propose ainsi différents types de traitements, durant cette cure. Une facette comprend des soins psychiatriques, pour les cas les plus avancés, souffrant notamment de crises. Le traitement médicamenteux dans ces cas-là  consiste le plus souvent en antidépresseurs ou régulateurs de l’humeur, pour traiter une composante dépressive souvent présente chez ces profils, et qui agit aussi sur le versant psychique et comportemental de l'addiction sexuelle.


Mais la clinique propose d’autres types de thérapies, toutes complémentaires, qu’elle déroule au travers d’une dizaine de programmes. D’abord les thérapies individuelles, où un psychologie va tenter d’explorer avec le patient ses traumatismes, mais aussi des thérapies de groupes, "un des outils les plus efficaces", promet la clinique, permettant au patient de "découvrir qu’il n’est pas seul, de s’entre-aider à identifier et dissoudre les mécanismes". 


Mais la thérapie par la parole n’est pas forcément suffisante. La clinique développe aussi un programme de "thérapie expérientielle", autour des sens, pour "aider les patients à reconnaitre les émotions négatives qui déclenchent les comportements compulsifs". Ce genre de programme comprend ainsi une méthode nommée EMDR, soit Désensibilisation et retraitement des mouvements oculaires, un traitement souvent utilisé pour guérir le syndrome du stress post traumatique, qui apprend au patient à faire bouger ses yeux et associer certaines images à des idées. Une méthode qui, indique la clinique, procure du bien-être, en "modifiant la façon dont le cerveau réagit aux stimuli extérieur", et est une "méthode puissante, efficace et sûre pour atténuer l'impact psychologique à long terme des expériences traumatiques."

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En passant par les chevaux, la peinture, la méditation

Le processus de guérison fait aussi intervenir de la "thérapie équine" aussi appelée "psychothérapie assistée par les chevaux". A travers les interactions avec ces bêtes entièrement intuitives, les patients apprennent à surmonter les obstacles dans leurs propres relations avec la famille et les amis, à réguler les émotions, à développer des liens de confiance. Pendant les phases intermédiaires et plus tardives du traitement, ainsi que pendant la phase de prévention de rechute, arrive aussi la thérapie par les arts : peinture, musique ou encore théâtre permettent aux patients de partager des perceptions qu’ils ne peuvent pas partager avec d’autres méthodes, restaurant la confiance en soi.


Des sessions sont aussi prévues avec la famille, qui subit aussi les comportements du patient. Souvent plusieurs jours, le temps d’un programme familial avec la conjointe, les enfants, frères et sœurs, sont proposées 30 heures de psychoéducation et d’activités spécifiquement conçues pour traiter les effets de la dépendance sexuelle sur les membres de la famille. 

Le programme de la clinique joue aussi sur la spiritualité : de la méditation de pleine conscience est proposé, qui "implique d’être dans le moment présent" et de "développer une acceptation sans jugement". Mais des coachs sont aussi là pour aider à développer une véritable spiritualité. "Elle fait partie intégrante du bien-être général", écrit la clinique, qui insiste sur l’accord entre le corps et l’esprit. Pour le corps, est dispensée une éducation à une nutrition saine, qui prévient le diabète, la fatigue, le mauvais sommeil ou les troubles alimentaires. Pour l’esprit, la clinique estime "nécessaire de redécouvrir une connexion spirituelle, qui permet aux gens de donner un sens à leur vie et à leur actions" En effet, les personnes souffrant de dépendance ont "souvent perdu le sens des choses, n’ont pas de but", estiment les thérapeutes sur le site. "Nos conseillers aident à trouver ou redécouvrir leur foi dans une grande puissance et les aider à trouver un sens et un but dans leur vie." 

Une excuse bien pratique ?

De nombreuses célébrités d’Hollywood, éreintées par des scandales ont ainsi fait amende honorable , ou une sorte de mea culpa, en suivant des traitements de ce genre pour leur "addiction sexuelle". Comme Jack Nicholson, qui aurait couché avec plus de 2.000 femmes, Colin Farrell, ou encore David Duchovny entré lui aussi en centre de désintoxication sexuelle. 


Mais la vraie question est peut-être soulevée par le magazine Vogue : cette addiction au sexe, ne serait-elle pas une excuse bien pratique pour les hommes de pouvoir ?, demande le magazine, qui rappelle que l’addiction au sexe est une pathologie fortement remise en question par le corps médical. “Elle n’a jamais été admise comme diagnostic clinique dans le manuel DSM, qui fait figure de guide de référence pour le diagnostic psychiatrique aux États-Unis." Un médecin parle même de "trouble pseudoscientifique" dans le magazine. "Comme Weinstein, certains se sentent peut-être en droit de faire ce qui leur chante et supposent qu’être célèbre leur permettra de s’en tirer en toute impunité. Dans le cas contraire, l’addiction au sexe est une excuse bien pratique."


Une fois le scandale sorti, faire un séjour pour lutter contre cette addiction, peut, certes permettre d’enrayer le problème, mais aussi d’éviter une "mauvaise culture médiatique". Car, pour le magazine, les vrais problèmes d'Harvey Weinstein sont bien plutôt "les privilèges, l’absence d’empathie, la misogynie, le mépris pour l’intégrité physique des femmes et le sentiment d’être invincible parce qu’il est unique". Le séjour en clinique permet donc de faire le dos rond... en attendant que l'orage ne passe.

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Hollywood : le scandale Harvey Weinstein

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