Affaire Bygmalion : la "bouc-émissaire" de l'UMP règle ses comptes aux prud'hommes

Affaire Bygmalion : la "bouc-émissaire" de l'UMP règle ses comptes aux prud'hommes

JUSTICE – Virée de la direction de l'UMP à la suite des révélations sur le système présumé de fausses factures destiné à financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, l'ex-directrice des ressources du parti Fabienne Liadzé contestait ce jeudi son licenciement devant les prud'hommes. L'occasion de dénoncer la "communication politique" mise en place par de plus hauts placés qu'elle pour s'exonérer de toute responsabilité...

Elle serait la victime expiatoire de l'affaire Bygmalion. Fabienne Liadzé, ancienne directrice des ressources de l'UMP, contestait ce jeudi 12 novembre devant le Conseil des prud'hommes de Paris son licenciement pour faute grave, à la suite de la révélation d'un système présumé de fausses factures qui aurait servi à financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.

Liadzé accuse Lavrilleux qui accuse Sarkozy...

L'avocat du parti ayant obtenu que le jugement des prud'hommes soit reporté après la conclusion du volet pénal de l'affaire, Fabienne Liadzé a rompu à la sortie de l'audience le silence médiatique qu'elle s'imposait jusqu'alors. Et ce, pour dénoncer un autre système dont elle se dit la "bouc-émissaire" : celui de "la communication politique" mise en place notamment par son ancien "supérieur hiérarchique politique" Jérôme Lavrilleux, ainsi que de la direction de l'UMP qui venait de remplacer Jean-François Copé lors de son licenciement : "François Fillon, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé". L'ex-cadre de l'UMP est ainsi le plus petit maillon d'une chaîne d'accusations qui, de supérieur hiérarchique en supérieur hiérarchique, remonte dans cette affaire jusqu'à... Nicolas Sarkozy. Dans un entretien à L'Obs paru le 15 octobre, Jérôme Lavrilleux accusait en effet l'ancien chef de l'Etat, dont il était en 2012 le directeur adjoint de la campagne, de "se défausser" et de ne pas "assumer" ses responsabilités dans cette affaire.

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Car si personne, parmi les treize mis en examen dans cette affaire, ne conteste plus guère l'existence d'un système ayant conduit à au moins 18 millions d'euros de fausses factures, tout le monde se renvoie la balle quand il s'agit de répondre à cette question : qui savait ? A ce jour, seul Jérôme Lavrilleux l'a reconnu. "Il ne l'a fait, les larmes aux yeux sur BFMTV, qu'une fois qu'il avait été confortablement élu député européen, s'assurant d'être indéboulonnable pour cinq ans", a relevé l'avocate de Fabienne Liadzé, Me Solange Doumic, ce jeudi. Pourtant, a-t-elle insisté, c'était bien lui "le grand chef" des factures au moment de la campagne. Il est malgré tout le seul, parmi les quatre cadres du parti chargés de valider par leur signature les bons de paiement des factures, que l'UMP ait laissé démissionner sans le licencier.

"C'est un limogeage politique"

Fabienne Liadzé, elle, a été virée de la direction du parti en juillet 2014, à la suite justement des aveux de Jérôme Lavrilleux. "Or, il n'était pas dans ses attributions de son contrat de travail de vérifier les factures, insiste son avocate auprès de metronews. En tant que directrice des ressources, son rôle était simplement de vérifier qu les autorisations de ses supérieurs étaient en règle, avant de transmettre les factures pour paiement au trésorier". Ce que l'UMP, qui s'est portée civile dans le cadre de l'information judiciaire ouverte par le parquet de Paris, conteste, et ce que les conseillers des prud'hommes ont refusé de trancher ce jeudi. "On savait bien qu'elle n'y était pour rien mais il fallait faire le grand ménage annoncé, alors on l'a licenciée", a plaidé Me Doumic. Sans preuves, a-t-elle relevé, puisque l'avocat du parti, Me Guillaume Navarro, a justement demandé que l'enquête pénale aille à son terme avant que soit jugée la légalité de ce licenciement au regard du droit du travail.

"C'est un limogeage politique, celui d'une administrative à laquelle on fait porter le chapeau dans le but de s'exonérer de toute responsabilité", tempête Me Doumic pour metronews. Ce "on", sa cliente l'a donc quelque peu précisé à la sortie de l'audience : en somme, les politiques. Mais pour espérer comprendre enfin qui savait quoi, il faudra désormais attendre l'issue de l'instruction judiciaire, puis celle d'un éventuel procès. En attendant, Fabienne Liadzé, qui ne vit pas d'un mandat politique, continue de chercher du travail, en portant sur ses épaules le poids de cette affaire. Et l'intéressée de soupirer, au sortir de l'audience : "C'est une double peine".

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