"La faute à Hollande", "la lettre de cadrage" de Valls : des coupes dans le budget des armées à la baisse des APL, l'argumentaire risqué de l'exécutif

MESURES D'ÉCONOMIE - Pour justifier les mesures impopulaires de réduction des dépenses, le gouvernement invoque depuis plusieurs semaines le bilan du quinquennat de François Hollande. Un argumentaire qui a ses atouts et ses limites, et qui peut se retourner contre son auteur.

La séquence du bilan "caché" de François Hollande se poursuit. En invoquant une nouvelle fois la responsabilité du gouvernement précédent pour justifier les coupes dans les aides au logement annoncées samedi, l'exécutif reste fidèle à une ligne édictée depuis l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République pour aider à faire passer la pilule des réformes les plus impopulaires de ce début de quinquennat. 


Tout a commencé avec l'annonce par Emmanuel Macron, sitôt élu, d'un audit de la Cour des comptes pour faire la lumière sur les finances du pays. Cet audit, dévoilé fin juin, a fait apparaître un "risque de dérapage" de près de 8 milliards d'euros pour l'année en cours, et la nécessité de programmer des coupes budgétaires dans l'ensemble des ministères. Depuis lors, à chacune de ces annonces (plan d'économie de 4.5 milliards d'euros, dont 850 millions d'euros pour les armées ainsi que des coupes visant les collectivités territoriales), c'est "l'insincérité", le "chèque en bois" ou encore de "dérapage inacceptable" du gouvernement précédent qui ont été invoqués, notamment par le Premier ministre Edouard Philippe. 

Les précédents contestables de Sarkozy et de Hollande

La mise en cause des choix budgétaires du prédécesseur est un classique des lendemains d'élections, principalement pour justifier un train d'économies à venir dont on sait qu'elles seront impopulaires, surtout si elles n'ont pas été annoncées durant la campagne, comme cela a été le cas pour Emmanuel Macron.


Bien qu'il ait participé au gouvernement de Jacques Chirac - notamment comme ministre de l'Economie - Nicolas Sarkozy, une fois élu, n'a pas hésité à critiquer l'absence de choix sur certaines questions budgétaires ou financières de son prédécesseur. "J'ai été très heureux de tenir les promesses qui avaient été faites par d'autres", avait notamment taclé l'ancien chef de l'Etat dans un discours en 2009 à l'adresse de Jacques Chirac.


A son tour, en 2012, le gouvernement de François Hollande a mis en scène, trois mois après son élection, un audit de la Cour des comptes estimant nécessaire un effort de 6 à 10 milliards d'euros pour contenir le déficit, et justifier ainsi un train d'économies. Emmanuel Macron était, à l'époque, secrétaire général adjoint de l'Elysée. Dans les cas des deux présidents, incriminer le prédécesseur n'a toutefois pas aidé à rendre les réformes plus acceptables, et leurs auteurs moins impopulaires.

Des accusations à double tranchant

En outre, la mise en cause du précédesseur - alors qu'Emmanuel Macron a été ministre de l'Economie jusqu'en août 2016 - fait courir le risque de perdre en crédibilité en multipliant les polémiques. 


En affirmant que le gouvernement précédent avait planifié la très impopulaire baisse des aides au logement mais ne l'avait pas mise en oeuvre, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, s'est ainsi exposé à un démenti formel de l'ancien secrétaire d'Etat au Budget, Christian Eckert... Mais aussi du sénateur LR Philippe Dallier,  qui siégeait pourtant dans l'opposition. 

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Eckert : "Ce plan d'économies n'est pas très sérieux"

Cela n'empêche pas le gouvernement de persister à mettre cette décision sur le dos de son prédécesseur. Ainsi, Christophe Castaner mentionnait-il "une lettre de cadrage" signée de la main de Manuel Valls à l'attention de sa ministre du Logement Emmanuelle Cosse, et qui envisageait alors un resserrement des dépenses pour la FNAL, la caisse en charge de la gestion des aides au logement. Sauf que rien, dans cette missive, n'évoque une baisse arbitraire des aides, comme celle de 5 euros. "Cela n'a rien à voir", assure Philippe Dallier à LCI, le sénateur y voyant une façon pour "le gouvernement actuel de noyer le poisson pour justifier sa mesure contestée, contestable et inutile en 2017".


A l'arrivée, ce n'est pas le bilan du quinquennat précédent qui est jugé par l'opinion, mais bien les décisions du gouvernement actuel, comme en témoigne la chute brutale d'Emmanuel Macron dans les sondages


L'ancien ministre de l'Economie, Michel Sapin, qui avait plutôt épargné le nouvel exécutif jusqu'ici, a fini par lui donner un bon conseil : en finir avec "la reprise de cette vieille antienne, de ce vieux truc qui consiste à dire que les difficultés, qui sont réelles, que les décisions qu'il faut prendre, qui sont difficiles, sont toujours dues à l'héritage". "Le coup de l'héritage", a-t-il jugé sur France Info, "à droite comme à gauche, on l'a fait. Aujourd'hui, ce n'est plus crédible". L'ami intime de François Hollande sait probablement de quoi il parle. 

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