Attentats de Paris : l'unité nationale se fissure dans les couloirs du Congrès

Attentats de Paris : l'unité nationale se fissure dans les couloirs du Congrès

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SOLIDAIRES, PAS UNANIMES - Après le discours de François Hollande devant le Congrès de Versailles, les parlementaires se sont levés, émus, dans un élan solennel d'union nationale à la hauteur du drame vécu vendredi 13 novembre. Mais à peine sortie de l'hémicycle, l'opposition s'est montrée nettement plus critique.

L'unité tout en ambigüité. Trois jours après les attentats de Paris, près d'un millier de parlementaires se sont réunis lundi en Congrès pour entendre le discours solennel de François Hollande après une minute de silence et avant d'entonner, comme un seul homme, une émouvante Marseillaise  dans l'hémicycle de Versailles, dans l'ancien siège de la Monarchie française. Debout, ils ont applaudi les annonces sécuritaires du chef de l'Etat contre le terrorisme, dont une partie se sont inspirées des propositions de ses adversaires, de Nicolas Sarkozy (LR) à Jean-Christophe Lagarde (UDI).

Pourtant, dès la porte de l'hémicycle franchie, le ton n'était plus vraiment le même. Jean-Christophe Lagarde, entendu par le Président sur sa proposition de "Garde nationale" constituée de citoyens, n'a pas manqué de pointer ses différences sur la politique extérieure en Syrie. "Je ne crois pas qu'en intensifiant les bombardements on y règle le problème", a-t-il rappelé. "Il faut une coalition au sol."

La droite crie au plagiat

Chez Les Républicains, c'était un véritable travail d'équilibriste. Certes, François Hollande a entendu Nicolas Sarkozy de façon assez spectaculaire, notamment sur la déchéance de nationalité ou l'assignation à résidence des djihadistes. "C'est plus qu'une main tendue à l'opposition, c'est une reprise de nos propositions", se réjouit le député Patrick Ollier. Et pourtant : ce dernier émet déjà des doutes sur la révision de la Constitution que souhaite initier le président de la République. La Constitution actuelle et régime "d'état d'urgence" a, selon lui, "a fait ses preuves durant les événements en Algérie". "J'espère que ce n'est pas un coup politique de François Hollande", fait-il même mine de questionner.

Idem pour le sénateur LR Jean-Pierre Raffarin, qui émet des doutes sur les annonces de hausse des crédits pour la police et la justice en période de disette budgétaire. Et appelle l'exécutif à une certaine "sobriété". La charge la plus violente vient finalement du député LR Hervé Mariton. Pour ce dernier, "François Hollande a commis une erreur de diagnostic majeure. Il a parlé de guerre, il n'a jamais parlé du front intérieur. Il n'a même pas prononcé le mot "islamiste". Les seules solutions techniques ne peuvent pas suffire."

"Colonne vertébrale républicaine"

Si la majorité de gauche a soutenu sans ambiguité le président de la République, là encore, l'unité nationale n'était pas un mot d'ordre intangible. Voix dissonante notable : celle du socialiste Malek Boutih. "Je ne dis pas que les mesures annoncées sont insuffisantes, a explicité ce dernier. Dans le cadre de ses prérogatives, le Président est allé au bout de ce qu'il pouvait faire." Reste, pour le député PS, à engager une autre lutte, celle "contre le salafisme islamiste", dont "le niveau de radicalité est monté en France". Le député a de nouveau plaidé pour "la reconstitution d'une colonne vertébrale républicaine" chez les jeunes exposés au risque djihadiste. "Nous allons immédiatement nous mettre au travail", assure-t-il. Quand ? "Demain ! Nous avons une première réunion de groupe sur le sujet."

Finalement, l'unité nationale, c'est l'écologiste François de Rugy qui l'exprime le mieux. "On a besoin de mesures exceptionnelles dans les circonstances actuelles", estime le député démissionnaire d'EELV. "La réponse de François Hollande va dans le bon sens." Des critiques, des doutes, des soutiens : finalement, la politique n'aura pas réussi à attendre la fin du deuil national.

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