Au fait, pourquoi le président Mitterrand n'est-il jamais allé au Salon de l'agriculture ?

Au fait, pourquoi le président Mitterrand n'est-il jamais allé au Salon de l'agriculture ?

GRAND ABSENT – Dans la lignée de De Gaulle puis de Jacques Chirac, les politiques se pressent aujourd'hui dans les allées du Salon de l’agriculture. Seul François Mitterrand n'y a jamais mis les pieds durant ses septennats présidentiels. Pourquoi ? Nous avons questionné Henri Nallet, son ancien conseiller agricole de 1981 à 1985.

Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing ont arpenté les stands du Salon de l’agriculture. Jacques Chirac, président, a fait de cette visite une religion, imposant de fait à ses successeurs d'y passer 4, 5 voire 6 heures, à grignoter, boire, débattre, se faire houspiller si nécessaire.

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En un demi-siècle, tous les présidents de la Ve République se sont pressés porte de Versailles, pour le meilleur et pour le pire. Tous, sauf un : François Mitterrand. Pas une trace de "Tonton" dans les archives de ses deux septennats. Il ne s'y est rendu qu'une fois : en 1981, alors qu'il était candidat à la présidentielle. Après, plus rien.


Une absence que les commentateurs n'ont pas oublié de rappeler, à l'occasion de l'édition 2016 du Salon de l’agriculture, où François Hollande a essuyé samedi l'hostilité des éleveurs . Pour les détracteurs de l'ancien président (et de la gauche), cette absence serait imputable à son absence d'intérêt pour les questions agricoles – d'autant que l'électorat rural penche traditionnellement à droite. Ils renvoient au cynisme de François Mitterrand : "Laissons ça à Chirac", aurait-il glissé durant son premier mandat. Puis : "Michel Rocard (ministre de l’Agriculture en 1983) s'en sortira très bien seul".

Pourtant, François Mitterrand, élu de la Nièvre, avait une fibre campagnarde très affirmée, assurent ses soutiens de l'époque. Sur sa fameuse affiche de 1981, "La force tranquille", il posait d'ailleurs devant un paysage bucolique et rural, non loin de Château-Chinon (Nièvre).


Alors, pourquoi l'ancien Président a-t-il continuellement boudé le Salon ? "Il considérait que c'était avant tout le rôle du ministre de l’Agriculture de s'y rendre", justifie auprès de metronews Henri Nallet, ancien conseiller agricole de François Mitterrand (1981-1985), aujourd'hui président de la Fondation Jean-Jaurès. "Je lui avais bien suggéré de s'y rendre. Il m'avait répondu : 'Croyez-vous que c'est bien utile ?' Aller taper sur le cul des vaches au Salon, ce n'était pas son truc. Aujourd'hui, on évalue la visite d'un responsable politique au nombre d'heures qu'il y passe. C'est un peu ridicule."

"Très attaché" à l'agriculture

Mais, insiste l'ex-conseiller, "cela ne l'empêchait pas d'être très attaché au monde agricole et d'avoir conscience de son importance pour la France. Je me souviens de lui, expliquant en 1982 à Ronald Reagan (ancien président américain, NDLR) pourquoi la France devait pouvoir continuer à exporter. Auprès de lui, j'avais toujours le sentiment de quelqu'un qui était attaché à l'agriculture comme un gestionnaire de terroirs."

S'il boudait le Salon de l’agriculture, François Mitterrand a effectué de très nombreuses visites dans les exploitations agricoles lors de ses déplacements en province. "Il était plus sensible au contact direct qu'aux grandes manifestations", explique encore Henri Nallet. "Il avait une très grande connaissance des terroirs."

La FNSEA contre le gouvernement socialiste

L'absence de François Mitterrand au Salon de l’agriculture doit également être replacée dans le contexte de l'époque. Son gouvernement avait alors des relations exécrables avec la FNSEA, principal syndicat agricole, notamment sur le dossier qui agitait à l'époque la profession : l'élargissement de la Communauté européenne à l'Espagne et au Portugal, que le président français soutenait ardemment. La FNSEA avait fait chèrement payer cette concurrence jugée déloyale à Edith Cresson, sa première ministre de l’Agriculture en 1981, voyant dans le simple fait d'avoir nommé une femme à l'Agriculture une "provocation". S'en est suivie une pluie d'attaques sexistes.

Sur le fond, les agriculteurs refusaient " une conception étatiste de l'organisation des produits et des marchés " imputée au premier gouvernement socialiste. Bref, pas de quoi motiver un François Mitterrand, déjà peu adepte de la "plus grande ferme du monde", à mettre les pieds au Salon de l’agriculture.

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