Cafouillage au gouvernement : la fermeture de Fessenheim, c'est pour quand ?

Cafouillage au gouvernement : la fermeture de Fessenheim, c'est pour quand ?

RUNNING GAG – La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), promesse électorale de François Hollande, est à nouveau un sujet d'incompréhension entre la ministre écologiste Emmanuelle Cosse et certains de ces collègues. Cela dure depuis trois ans. Alors, c'est pour quand finalement ?

Le boulet de Fessenheim aura accompagné François Hollande tout au long de son mandat. Depuis que le chef de l'Etat s'est engagé, en septembre 2012, à fermer la vieille centrale nucléaire du Haut-Rhin en 2016, la date exacte de cette mise à mort est un éternel sujet d'incompréhension entre les socialistes et les écologistes. L'engagement 41 du candidat Hollande pourrait finalement se concrétiser, mais pas durant ce quinquennat, malgré les demandes de plus en pressantes du voisin allemand.

Ces derniers jours, la ministre écologiste Emmanuelle Cosse a réaffirmé que le site devenu obsolète fermerait cette année. Contredisant la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, pour qui le processus sera engagé en 2016, pour une fermeture qui n'interviendra qu'en 2018. "Il ne suffit pas de tourner un bouton", argumentait cette dernière. Emmanuelle Cosse a même eu droit, mercredi, à  cette sortie peu délicate de l'ex-ministre du Travail, François Rebsamen  : "C'est une jeune ministre, il faut lui pardonner. Je pense qu'elle veut dire que la décision doit être annoncée officiellement en 2016 au plus tard".

Date fluctuante

Ce cafouillage sur les dates dure… depuis trois ans. Dès janvier 2013, le patron de l'Autorité de sûreté nucléaire contredisait l'engagement présidentiel, estimant que ce serait plutôt pour… 2018 au mieux. Pourtant, la ministre de l’Ecologie de l'époque, Delphine Batho, s'accrochait au calendrier promis. Ségolène Royal elle-même, en avril 2014, y croyait encore . Il y a un an, Emmanuelle Cosse, alors patronne d'EELV, assurait aussi à metronews que le Président s'y était engagé personnellement auprès d'elle. Voyant cette promesse s'éloigner, et tandis qu'EDF semblait repousser le projet aux calendes grecques, elle avait finalement fixé un ultimatum au gouvernement. En septembre 2015, François Hollande a fini par reconnaître que la centrale ne pourrait pas être mise à l'arrêt dès 2016 .

Ce cafouillage à répétition amuse beaucoup l'opposition :

Comment expliquer cet écart d'interprétation ? Tout est dans la formulation. "Le Président s'est engagé à fermer Fessenheim d'ici à la fin de 2016. C'est ça la date", insistait Emmanuelle Cosse le 6 mars. Estimant que "le processus est assez simple pour arrêter un réacteur". En réalité, c'est plutôt l'autorisation formelle de fermeture qui devrait être prise dans les prochains mois. Comme le soulignait le député écolo Denis Baupin, un simple "décret de fermeture" pourrait être pris en juin 2016.

Une interprétation confirmée par le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. "Il y aura une demande de la part de l'entreprise [EDF, ndlr], et sur la base de cette demande, un décret d'abrogation d'autorisation d'exploiter la centrale sera pris cette année", a expliqué ce dernier. Au-delà de l'autorisation formelle, le gouvernement s'avère en réalité incapable de fournir une date exacte de fermeture. D'une part, la fermeture de Fessenheim doit s'accompagner, comme le soulignait Emmanuel Macron, d'une "série de mises aux normes" et de "contrôles" sous l'égide de l'Autorité de sûreté nucléaire. Mais elle doit également coïncider, pour EDF, avec la mise en service de l'EPR de Flamanville (Manche)… qui n'est prévue qu'à la fin 2018. Bref, l'engagement de campagne de François Hollande risque de déborder allègrement ce quinquennat.

Ces délais ont de quoi agacer les écologistes et Emmanuel Cosse. Pour ces derniers, la fermeture de Fessenheim devait intervenir au plus vite afin de permettre d'en annoncer d'autres et de sortir, progressivement, la France du nucléaire. Un souhait manifestement à mille lieues des projets d'EDF, qui n'envisage aucune autre fermeture au sein de son parc de 58 réacteurs.

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