Ce Sénat qui ne veut pas qu'on mette le nez dans ses finances

Ce Sénat qui ne veut pas qu'on mette le nez dans ses finances

PARLEMENT – Un documentaire sur le train de vie des sénateurs, diffusé mercredi soir dans "Pièces à conviction" sur France 3, pointe le manque de transparence de la Chambre haute, notamment sur le détail de son budget. Ce qui est assumé au palais du Luxembourg.

Le chiffre n'est pas anodin. Chaque sénateur coûte, en moyenne et hors charges, 23.500 euros par mois aux contribuables, selon un documentaire de France 3 consacré au train de vie des élus de la Chambre haute du Parlement, diffusé ce mercredi soir à 23h15 dans l'émission "Pièces à conviction". Une somme qui s’accompagne d’une série de privilèges accordés aux 348 sénateurs, comme la gratuité des transports sur le réseau SNCF (en 1ère classe), un forfait annuel de 40 allers/retour en avion entre Paris et leur circonscription, des forfaits téléphoniques, la prise en charge des nuits d’hôtel lorsque le Sénat siège, etc.

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Dans le détail, les sénateurs perçoivent une indemnité parlementaire de 5.379 euros nets par mois et disposent d’une indemnité représentative de frais de mandat de 6.037 nets, qui peut être dépensée sans justificatifs, ainsi que d’une troisième enveloppe de 7.548 pour la rémunération de leurs collaborateurs , comme le précise le site du Sénat. Des chiffres relativement similaires à ceux des députés .

Opacité assumée

Mais ce que pointe le documentaire de France 3, c'est l’opacité qui règne au Sénat, notamment concernant le budget détaillé de l’institution, qui s'est élevé à 350 millions d’euros en 2014. Sur son site Internet , la répartition du budget n’est donnée que dans les très grandes lignes... ce qui ne pose aucun problème au sénateur UMP Bernard Saugey, le questeur en charge de l'administration du palais du Luxembourg : "Tant mieux, je suis content", déclare-t-il dans le documentaire. Motif de son contentement ? D’après lui, les citoyens ne seraient pas capables de comprendre ce genre de tableau. Face caméra, il explique son raisonnement : "J’estime que ce n’est pas la peine que tous les gens regardent des choses qu’ils vont être incapables de commenter, ils auront certainement des réflexions idiotes. Tous les gens ne sont pas capables de comprendre les règles d’un budget".

Contacté par metronews, Tangui Morlier, cofondateur de Regards Citoyens , se dit "désarçonné par ce type de remarque" et suggère à l’élu de créer des outils, des formations "pour que les citoyens puissent comprendre". S’il estime qu’il est normal de bien rémunérer les parlementaires "pour éviter la corruption", la transparence est une contrepartie indispensable selon lui.

Depuis quelques années, et notamment après l’affaire Cahuzac, la transparence parlementaire avance à petits pas au Parlement. En janvier 2014, l’Assemblée nationale publiait pour la première fois de l’histoire de la Ve République l’utilisation de la très opaque réserve parlementaire, de 90 millions d’euros en 2013, utilisée en grande partie par les élus pour financer des projets de collectivités territoriales. Celle du Sénat, d’un montant de 54 millions , avait été publiée en septembre dernier, avec plusieurs mois de retard. "On se félicite des évolutions, assure Regards Citoyens. Mais il y a encore des progrès à faire en matière de transparence". On ne peut qu'acquiescer.

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