"Communautarisme" des élus locaux : de quoi parle-t-on ?

"Communautarisme" des élus locaux : de quoi parle-t-on ?

LAÏCITE - A la lumière des attentats, de nombreux responsables politiques fustigent aujourd'hui un clientélisme d'élus de tous bords qui aurait favorisé le développement du communautarisme sur certains territoires. A quoi font-ils référence ?

Des quartiers "ultra-communautaristes" où "les élus ont baissé les bras". En déclenchant dimanche la polémique sur les "100 quartiers français" qui seraient comparables à Molenbeek, commune de Bruxelles qui a abrité plusieurs djihadistes présumés, Patrick Kanner a relancé du même coup le débat sur la responsabilité des élus dans la dérive présumée de certains quartiers. Le ministre PS de la Ville rejoint un constat répété depuis plusieurs jours par les responsables politiques.

"Des élus ont préféré acheter la paix sociale avec du communautarisme dans certains quartiers", a ainsi déclaré, mardi sur France Bleu 107.1 , Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France, ciblant particulièrement la gauche… avant de se raviser. "La gauche et la droite portent une lourde responsabilité", a également constaté le député LR Hervé Mariton, à l'appui des propos de Patrick Kanner. A gauche, le député PS Jérôme Guedj, a appelé récemment à "en finir avec les complaisances locales avec la laïcité pour éviter des conflits". Dans la même veine, Guillaume Larrivé, vice-président de la commission d'enquête sur la politique antiterroriste de la France, fustige les "arrangements communautaristes" de certains "notables locaux".


La semaine dernière, l'arrestation d'un homme dans un quartier d'Argenteuil (Val-d'Oise) dans le cadre d'une enquête antiterroriste a remis le feu aux poudres, l'actuel et l'ancien maire se renvoyant la responsabilité de la situation . Mais en quoi consiste donc ce "communautarisme" présumé de certains élus ?

Dans le cas d'Argenteuil, l'ancien maire, Philippe Doucet, a été visé dans une enquête du magazine Envoyé Spécial diffusée en mai 2015. L'édile socialiste y était accusé, en particulier par son successeur Georges Mothron et par la présidente de l'Observatoire de la laïcité du Val d'Oise , Laurence Marchande-Taillade, d'avoir mis à disposition de la communauté musulmane, à titre gracieux, un local municipal en attendant la construction d'une mosquée. La commune n'aurait touché aucun loyer en retour, ce qui s'apparenterait à une subvention illégale au profit d'un culte.

"Communautarisme municipal"

La liste des édiles accusés d'avoir cédé à des pressions "communautaires" est particulièrement longue. Et les motifs sont nombreux : prêts de locaux ou d'équipements à des fins cultuelles, emplois municipaux, subventions déguisées, créneaux horaires dans les piscines pour séparer les hommes des femmes, réservation de salles publiques ou fermeture des voies publiques pour des manifestations à caractère religieux…

"Vous menez une politique communautariste à partir du moment où, lorsque vous répondez à une sollicitation, vous savez que vous le faites pour avantager tel ou tel en fonction de la communauté à laquelle il appartient et en pensant pouvoir en espérer un profit électoral en retour", résume Pierre Bouchacourt, ancien adjoint socialiste de Cergy (Val d'Oise), sollicité par metronews. Cet ancien assistant parlementaire avait publié, au lendemain des attentats de janvier 2015, une tribune sans ambiguïté dénonçant ce qu'il nommait le "communautarisme municipal", à partir de sa propre expérience. "Ce communautarisme s’oppose à la réponse que peut faire un élu à une demande de caractère général, qui n’a d’autre but que d’améliorer les conditions de vie commune."

Les maires livrés à eux-mêmes

Si les maires semblent particulièrement visés par les responsables politiques nationaux, Pierre Bouchacourt estime aujourd'hui que "les élus locaux ont été largement livrés à eux-mêmes", sur fond de "déficit de présence" de l'Etat sur "des territoires entiers". En outre, si certains pratiquent un "clientélisme communautaire" décomplexé à des fins électorales, d'autres ont pu voir dans la reconnaissance des communautés "un sans nécessaire qui permettra à terme de dépasser ces appartenances identitaires. D'autres élus, enfin, ont su résister à la tentation".

Sur fond de polémique à propos des repas sans porc à la cantine , à l'été 2015, l'Association des maires de France (AMF) avait édité un " vademecum " destiné aux élus locaux perdus face aux problèmes de laïcité. Elle y préconisait quelques pistes, dont l'élaboration de "chartes" mentionnant la laïcité lors de l'attribution de subventions à des associations. L'Observatoire de la laïcité a également édité une brochure à leur intention . Il est probable, toutefois, que les élus locaux attendent autre chose que des guides pratiques.

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