Coup d'arrêt pour LREM au Sénat : la réforme constitutionnelle de Macron est-elle en danger ?

BILAN - La République en marche a été largement distancée par la droite et le PS dimanche soir lors des élections sénatoriales. Si cette défaite était attendue, Emmanuel Macron devra toutefois composer, pour mener sa réforme constitutionnelle, avec ce Sénat où ses alliés sont peu nombreux.

Premier chagrin électoral pour La République en marche. Avec seulement 25 sièges au soir des élections sénatoriales, et trois pour ses alliés du Modem, le jeune mouvement politique est bien en deçà des espérances nourries depuis trois mois par la majorité présidentielle, qui en espérait le double. Elle en a même perdu par rapport à son total précédent.


Forte de ses nombreux relais au sein des collectivités territoriales, dont les élus n'ont pas particulièrement apprécié les projets d'économies annoncés par le gouvernement depuis cet été, la droite,  avec 141 sénateurs LR, 36 UDI et 33 divers droite, a en revanche confirmé sa nette (et historique) domination sur la chambre haute.

Problème de majorité

Pour autant, la défaite avait été anticipée par l'exécutif, qui va donc désormais devoir composer avec un Sénat d'opposition, notamment sur une réforme en particulier : la révision constitutionnelle promise par Emmanuel Macron durant sa campagne. Réforme qui prévoit notamment la réduction du tiers des effectifs des parlementaires, l'introduction d'une dose de proportionnelle et la réforme du processus législatif. 


Contrairement au vote des lois ordinaires, pour lesquelles l'Assemblée nationale a toujours le dernier mot, celui des réformes constitutionnelles nécessite, pour Emmanuel Macron, d'obtenir les 3/5e des voix au Parlement (Assemblée et Sénat réunis). Sa majorité absolue à l'Assemblée nationale ne suffisant pas, le chef de l'Etat devra trouver quelque 160 voix supplémentaires au Sénat. Compte tenu des résultats de dimanche, c'est donc au sein des groupes LR, UDI et PS qu'il peut espérer trouver ses soutiens. 

Débauchage ou non ?

Dans cette perspective, la majorité présidentielle n'a pas dit son dernier mot et devrait, dans les prochains jours, chercher des appuis au sein de chaque groupe. Quitte à tenter de récupérer certains élus "Macron compatibles" ? "Je ne vais pas faire de débauchage", a assuré sur LCI le président du groupe REM au Sénat, François Patriat. "A l'intérieur des groupes LR et UDI, il y a des gens qui ne sont pas d'accord entre eux sur les choix à faire. Je demanderai à ceux qui pensent que l'action du gouvernement doit être soutenue de nous rejoindre." Pour le sénateur macroniste, "d'autres étapes vont intervenir dans les prochains jours". Et de conclure sans détour : "Je connaîtrai la composition du groupe En Marche mardi".

A l'UDI mais aussi chez Les Républicains, d'ailleurs, cette perspective est clairement envisagée. Dimanche soir, la sénatrice LR Fabienne Keller a ainsi annoncé qu'une réflexion était en cours sur la création d'un groupe "constructif" au Sénat, à l'image de celui qui, à l'Assemblée nationale, soutient l'action du gouvernement. 

"En fonction des questions posées"

Si ces tentatives de rapprochement échouent, tout ne sera pas perdu pour autant pour l'exécutif. Dimanche, les sénateurs de droite et de gauche prenaient soin de ne pas fermer la porte à la révision constitutionnelle. "Tout dépendra de la question qui sera posée", a indiqué à LCI le patron des sénateurs PS Didier Guillaume, qui n'entend pas suivre le Président "le doigt sur la couture du pantalon". "Si c'est pour réduire le nombre de parlementaires, je pense qu'il n'y aura pas de problème. La majorité des 3/5e viendra en fonction des questions posées." Le sénateur LR de Vendée Bruno Retailleau a promis, lui aussi, "une opposition intelligente", qui ne sera "ni l'obstruction, ni la connivence, mais dans l'intérêt général". Avec une contrainte supplémentaire, le cas échéant, pour Emmanuel Macron : les sénateurs monnayeront très cher leur soutien à sa réforme constitutionnelle. 


De quoi commencer à faire réfléchir le président de la République. S'il veut éviter d'avoir à traiter avec une opposition retorse et exigeante, il pourrait avoir recours... au référendum, comme l'annonce Le Figaro dans son édition du 26 septembre. 

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