Coup de gueule des profs de Béziers : "Que les politiques arrêtent de faire joujou avec l'Histoire !"

Coup de gueule des profs de Béziers : "Que les politiques arrêtent de faire joujou avec l'Histoire !"

PASSÉ TROP SIMPLE – Bruno Modica, professeur d'histoire-géo au lycée Henri-IV de Béziers et président de l'association Les Clionautes, est à l'origine d'une pétition contre "l'instrumentalisation" de l'Histoire par le maire de la ville, Robert Ménard, proche du FN. Il veut exprimer "l'exaspération" des historiens face aux "fantasmes" entretenus par certains politiques.

L'Algérie française, Louis XIV, Napoléon, Charles Martel… A Béziers, le maire Robert Ménard (proche du FN), féru de roman national, ne rate jamais une occasion de convoquer l'Histoire pour servir son message politique.

Dans la gazette municipale de février, l'édile fait chroniquer un livre sur De Gaulle . Le mois dernier, c'était le vibrant hommage à Jean Moulin, grand résistant originaire de Béziers, dont la maison sera réhabilitée par des fonds privés. "Nous, nous ne l'avons pas oublié", claironnait alors Ménard, accusant la gauche d'amnésie et assénant que "Jean Moulin n'appartient à personne". On se rappelle aussi qu'en mars 2015, il débaptisait une place de la ville au profit d'un putschiste de la guerre d'Algérie. Une utilisation plutôt intense, même pour un élu, de l'Histoire de France.

Les sorties multiples de Robert Ménard sur Jean Moulin ont fini par faire monter la moutarde au nez des profs d'histoires de Béziers - ceux du lycée Jean-Moulin, puis d'autres, dont le lycée Henri-IV, où Jean Moulin étudia autrefois. Ces derniers ont décidé mi-janvier d'interpeller publiquement le maire sur ce qu'ils considèrent comme une "récupération".

"Cessez de torturer la mémoire de Jean Moulin"

Prof d'histoire-géo à Henri IV et président de l'association  Les Clionautes , Bruno Modica a lancé une  pétition  contre "l'instrumentalisation et le retricotage de l'Histoire à des fins strictement polémiques". "Cessez de torturer la mémoire de Jean Moulin", clame même la pétition, qui compte pour l'heure 850 signatures en ligne, dont une vingtaine d'universitaires de renom.

"C'est parti de l'exaspération des professeurs qui s'entendent dire que ce qu'ils enseignent n'est pas la vraie histoire", explique l'enseignant à metronews. "Robert Ménard nous a accusés notamment de faire la propagande du FLN. J'enseigne la guerre d'Algérie depuis 1981, je parle du FLN, des harkis, de l'Algérie française… Je n'ai pas l'impression de faire de la propagande !"

Sur Twitter, la réponse de Robert Ménard a été plutôt brutale :

Charles Martel en renfort

Grand provocateur, le maire de Béziers a aussi fait bondir les profs en affirmant qu'il voulait "retrouver notre France… celle de Charles Martel", figure historique régulièrement mise en avant par l'extrême droite. "Mais la France n'existait pas encore au temps de Charles Martel, nom d'un chien !" s'étrangle Bruno Modica, qui dénonce "une référence historique fantasmée". "De plus, l'exemple est très mal choisi, puisque Charles Martel est celui qui a pillé et détruit la ville Béziers en 737 !"

EN SAVOIR +
>>  De Charles Martel à Napoléon, ce que le kamoulox historique du FN dit du parti

>>  Robert Ménard compare la France à la Corée du Nord

Message des historiens : "On n'est pas sur le terrain idéologique", assure le prof. "Les électeurs votent pour qui ils veulent. Mais qu'on nous laisse faire notre métier et que les politiques arrêtent de faire joujou avec l'Histoire !"

C'est manifestement mal parti. Contacté à son tour par metronews, Robert Ménard renvoie la balle aux enseignants. "On a affaire à des gens qui considèrent que Jean Moulin leur appartient. Non, il appartient à la France, à notre ville !" Pour l'élu, pas question de changer de méthode. "J'adore l'Histoire, c'est une passion", clame-t-il. "Je suis un maire qui fait des discours lourds de sens." Pour le coup, l'Histoire en jugera…

Les tags

    Et aussi

    Sur le même sujet

    À suivre

    Rubriques