Crise entre Emmanuel Macron et l'état-major des armées : en 2008, le précédent de Nicolas Sarkozy

SUJET SENSIBLE - Si Emmanuel Macron concentre aujourd'hui les critiques de l'opposition après la démission du chef d'état-major des armées, les tensions entre le pouvoir politique et les militaires sont anciennes, notamment sur des questions budgétaires. Illustration avec Nicolas Sarkozy en 2008.

Entre le pouvoir politique et la "Grande Muette", ce n'est pas vraiment une longue histoire d'amour. Emmanuel Macron, qui vient de s'exposer aux critiques de l'opposition pour avoir désavoué publiquement son chef d'état-major des armées qui critiquait les choix budgétaires de l'exécutif, est loin d'être le premier dirigeant à entretenir des relations tendues avec l'état-major des armées. Même si, de l'avis de nombreux experts, la démission de Pierre de Villiers est l'une des plus violentes secousses de ce type au cours des cinquante dernières années (seules trois démissions ont eu présentées en 1981, 1983 et 2008, et il s'agissait de chefs d'état-major de l'armée de terre).


Pas besoin de remonter au gravissime putsch des généraux d'avril 1961, durant la guerre d'Algérie, sous l'autorité du général de Gaulle, pour trouver la trace de tensions entre le pouvoir et les militaires. Au cours de la dernière décennie, ce sont les questions budgétaires qui ont occasionné des désaccords plus ou moins publics.  

Le précédent de 2008

L'une des crises notables remonte au quinquennat de Nicolas Sarkozy. La parution, en juin 2008, du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale fixant les grandes orientations des dix années suivantes, avait occasionné de nombreuses critiques contre les réductions drastiques d'effectifs qu'il prévoyait. Dans les jours qui avaient suivi la parution du rapport, plusieurs responsables militaires sous couvert d'anonymat avait publié une tribune critique dans Le Figaro, sous le pseudonyme "Surcouf", pour dénoncer les coupes budgétaires. Cette publication, très mal vue par l'Elysée, avait occasionné une longue enquête interne au ministère de la Défense pour identifier les fautifs. 


Dans ce contexte tendu, la fusillade de Carcassonne, le 29 juin 2008, avait constitué l'étincelle de cette crise. Au cours d'une démonstration publique simulant une prise d'otages, un tir en rafale avait blessé 16 personnes après l'erreur d'un sergent qui avait conservé des balles réelles dans un chargeur de cartouches à blanc. L'événement avait suscité une réaction virulente de Nicolas Sarkozy. En déplacement auprès des victimes, ce dernier avait, selon plusieurs témoins, montré du doigt l'ancien chef d'état-major de l'armée de terre, Bruno Cuche, et des officiers, en lançant : 

Vous êtes tous des amateurs, pas des professionnels !Nicolas Sarkozy

Le coup de sang du chef de l'Etat avait provoqué, deux jours plus tard, la démission de Bruno Cuche, choqué de cette mise en cause brutale. Dans un communiqué, l'Elysée avait ensuite enfoncé le clou en demandant aux armées de "tirer toutes les conséquences quant à leur organisation et leur fonctionnement". 


Interrogé à l'époque par Le Monde, un général avait estimé que la démission de Bruno Cuche était destinée "à ramener un peu de sérénité dans les armées". "Sinon", prévenait-il, "la crise de confiance envers le pouvoir politique va empirer, et personne ne sait jusqu'où les choses peuvent aller". Un conseil qui semble toujours valable sept ans plus tard, après la démission de Pierre de Villiers... 

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