Démission du général de Villiers : une brouille avec Macron pour 850 millions d'euros, mais de quoi parle-t-on ?

ON REMBOBINE - Au terme d’un conflit l’opposant directement à Emmanuel Macron, le chef d'Etat-major des armées, le général Pierre de Villiers, a finalement démissionné ce mercredi. Depuis une semaine, il protestait contre l’effort budgétaire demandé à la "grande muette". Décryptage.

"Je ne vais pas me faire baiser comme cela". Mercredi dernier, le général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées - autrement dit le grand patron des militaires - n’a pas peur d’afficher sa colère. Auditionné par la commission de la Défense à l'Assemblée nationale, il refuse d’entendre parler des coupes budgétaires au sein du ministère de la Défense. 


Quelques heures plus tôt, il venait d’apprendre que dans le cadre d’un plan d’économie de 4,5 milliards d'euros des dépenses de l'État en 2017, 850 millions d’euros seraient amputés dans le budget de l’armée. Les militaires devront donc assumer cette année le surcoût des opérations extérieures qui était jusqu'ici réparti, en fin d’exercice, entre les autres ministères au nom de l'effort collectif de défense.

Concrètement, le budget de la Défense restera en apparence inchangé par rapport à celui voté par le Parlement en 2016 (32,7 milliards d'euros). Mais l’armée sera en revanche privée des 850 millions de crédits prévus en plus, théoriquement alloués à leur programme d'équipement. Face à la multiplication des opérations et compte-tenu de la vétusté de certains appareils, les militaires ont besoin d'avions de ravitaillement en vol, d'hélicoptères et de blindés. Autant de moyens qui leur font cruellement défaut aujourd'hui sur les théâtres d'opérations.


Face aux députés, le général de Villiers explique, selon plusieurs participants, que l'armée a déjà "tout donné" et que la situation n'est "pas tenable". Des propos qui évidemment vont remonter jusqu’aux oreilles du président de la République. 

Macron : "Je n'ai besoin de nulle pression et de nul commentaire"

A la veille du traditionnel défilé du 14 juillet, Emmanuel Macron recadre alors publiquement, sans le nommer, le chef d'Etat-major des armées. "Je considère qu'il n'est pas digne d'étaler certains débats sur la place publique", lance le chef de l’État devant la communauté militaire. "Je suis votre chef. Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. […] Et je n'ai à cet égard besoin de nulle pression et de nul commentaire", ajoute-t-il, en rappelant les militaires à leur "sens de la réserve".


Conscient de l’effort exigé, Emmanuel Macron le considère toutefois comme "légitime et faisable sans attenter en rien à la sécurité de nos troupes, à nos commandes militaires et à la situation telle qu'elle est aujourd'hui". D’autant que l’an prochain, le budget de l’armée sera, comme promis, revalorisé afin de respecter l'engagement d'atteindre 2% du PIB d'ici 2025. 


Les crédits budgétaires seront en effet portés à 34,2 milliards d'euros, soit une augmentation de 1,5 milliard d’euros par rapport à 2016. Mais selon certains experts, cela pourrait ne pas suffire. Eux tablent sur un effort annuel minimal de deux milliards d'euros pour atteindre un budget défense équivalent à 2% du PIB, soit environ 50 milliards d'euros, en 2025. Un budget visiblement donc accepté par le général François Lecointre, qui succède à Pierre de Villiers.

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