Etat d'urgence : mais pourquoi tant de députés ont-ils séché un vote si important ?

Etat d'urgence : mais pourquoi tant de députés ont-ils séché un vote si important ?

ABSENTÉISME - L'absence de 441 députés sur 577 pour le vote sur la constitutionnalisation de l'état d'urgence, dans la nuit de lundi à mardi, a soulevé une nuée de critiques. Leurs mots d'excuses sont-ils valables ?

Une Assemblée quasi vide pour voter la constitutionnalisation de l'état d'urgence. Dans la nuit de lundi à mardi, seuls 136 députés ont pointé leur nez en séance pour ce moment décisif qui touche aux libertés fondamentales et à la riposte aux actes terroristes sur le sol français.

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Cet absentéisme, qui a déjà été remarqué lors du vote de textes importants - on pense notamment au projet de loi sur la pénalisation des clients de la prostitution, lors de la première lecture en 2013, ou encore à Hadopi en 2009 -, passe cette fois particulièrement mal. Les réactions critiques ont été particulièrement nombreuses mardi matin sur les réseaux sociaux.

Dans le détail, sur les 136 vaillants députés qui ont décidé de faire le déplacement, on ne compte que 129 suffrages exprimés, dont 103 pour et 26 contre . Au palmarès de l'absentéisme figurent Les Républicains, dont seuls 10 députés sur 196 ont voté (1 pour, 6 contre, 3 abstention). Parmi les rares votants de droite, Guillaume Larrivé (LR, Yonne) comptait voter "pour" mais s'est finalement abstenu en raison, nous dit-il, de l'amendement PS rajouté qui supprimait le droit de dissoudre l'Assemblée durant l'état d'urgence. 

Mais au delà des Républicains, aucun groupe n'a brillé par sa présence. Le patron des députés PS, Bruno Le Roux, l'a reconnu lui-même mardi sur i>Télé : "Quand on est en état de guerre, quand on va réviser la Constitution, je pense que ça demande la présence de tous les parlementaires". Comment expliquer le silence de tant de députés sur un texte qui a fait tant de vagues ? C'est simple : ils sont restés chez eux. 

Bonnes excuses

"Pour un lundi soir, il y avait plus de monde que d'habitude", explique à metronews Alexis Bachelay (PS), qui préfère voir le verre à moitié plein. Lui-même absent du vote nocturne pour cause "d'enfant malade", il préfère incriminer le calendrier retenu. "Le gouvernement a fait ce choix de démarrer la discussion sur la révision constitutionnelle ce vendredi. Traditionnellement, les députés n'arrivent que le mardi matin, une grande partie d'entre eux venant de province, et ayant souvent d'autres mandats locaux. Le lundi, c'est le jour où l'activité parlementaire est la plus faible."

L'élu des Hauts-de-Seine va plus loin : "Les députés travaillent dans de mauvaises conditions. Il faut repenser ce fonctionnement archaïque. Par exemple, le fait de ne pas démarrer les séances le matin." Vu du Sénat, où la constitutionnalisation de l'état d'urgence sera discuté le 10 mars prochain, on observe sensiblement la même chose. "Traditionnellement, les parlementaires sont sur le terrain le vendredi et le lundi", explique le sénateur LR de l'Yonne Jean-Baptiste Lemoyne, ciblant lui aussi le calendrier retenu par le gouvernement. 

Ils ne votent pas, mais ils débattent

François de Rugy (écologiste), également sollicité par metronews, veut lui aussi retenir les choses qui ne fâchent pas. "Je sais que c'est peu audible", concède le député, qui était présent lors du vote. "Mais objectivement, il n'y a jamais eu autant de participants dans un débat à l'Assemblée." Pour l'élu de Loire-Atlantique, cette polémique illustre surtout un besoin, "dans ce climat dégradé", "de dénigrer les politiques en général et les parlementaires en particulier". 

Certes, mais les députés - dont certains sont excédés par des semaines de débats sur la déchéance de nationalité - n'ont-ils pas voulu aussi adresser un ras-le-bol à l'exécutif ? "Franchement, la manière dont le gouvernement a mené cette révision constitutionnelle ne donne pas forcément envie de le soutenir", reconnaît Alexis Bachelay. Toutefois, assure-t-il, les députés feront le plein mardi après-midi pour la discussion sur l'article 2 de la révision constitutionnelle, "quitte à finir à 4 heures du matin". Le thème : la déchéance de nationalité. Le vote de ce second volet - très polémique et peut-être plus mobilisateur - est prévu mercredi soir. Les députés n'auront, cette fois, aucune excuse. 

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