Fonctionnaires - Dégraissage, embauches : les vrais bilans de Sarkozy et de Hollande

Fonctionnaires - Dégraissage, embauches : les vrais bilans de Sarkozy et de Hollande

FACT CHECKING – Nicolas Sarkozy a prôné mercredi la suppression de 300.000 postes dans la fonction publique lors du prochain mandat pour faire des économies. L'occasion de rappeler son bilan en la matière, ainsi que celui de son successeur. Et de découvrir que les choses ne sont pas si simples.

Si son premier mandat était le hors-d’œuvre, l'éventuel second serait le plat de résistance. Nicolas Sarkozy, qui se targue d'avoir supprimé 150.000 postes de fonctionnaires entre 2007 et 2012 (4,2 milliards d'économie), s'est prononcé mercredi pour une nouvelle cure d'austérité beaucoup plus musclée après 2017. Il souhaite la suppression de 300.000 postes dans la fonction publique (sur 2 millions d'agents de l'Etat), ce qui permettrait d'économiser, dit-il, 7 milliards d'euros sur la période 2017-2022 (à rapporter à la dette publique de la France, de 2100 milliards d'euros). L'objectif correspond peu ou prou aux recommandations de la Cour des comptes en septembre dernier.

L'ex-Président sabrerait partout, sauf dans "les services de sécurité, compte tenu de la menace terroriste". Il souhaiterait imposer la cure de minceur aux collectivités locales en introduisant cette obligation dans la Constitution. L'occasion de rappeler son vrai bilan, ainsi que celui de François Hollande, en la matière.

 Nicolas Sarkozy a supprimé 144.000 postes
Selon le bilan exhaustif établi par la Cour des comptes en septembre 2015 , entre 2008 et 2012, 44.000 postes "équivalent temps plein" ont été détruits dans la fonction publique d'Etat, pour une économie totale de 4,2 milliards d'euros. C'est le bilan de la "révision générale des politiques publiques" (qui comprend le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite) mise en œuvre par Nicolas Sarkozy. La baisse avait toutefois été amorcée dès 2006 sous Jacques Chirac, après une relative stabilité entre 2003 et 2006.

 Les premières victimes de ce dégraissage : l'Education, l'armée, les forces de l'ordre
Si Nicolas Sarkozy veut supprimer 300.000 postes après 2017 sans toucher à la sécurité du pays, il devra s'y prendre autrement qu'entre 2008 et 2012. Sur cette période, toujours selon la Cour des comptes, c'est le ministère de la Défense qui a subi proportionnellement le plus fortement le dégraissage : à lui seul, il représente 30% des postes supprimés, soit 9,4% de ses effectifs (40.000 équivalents temps plein), contre 6,6% pour l'ensemble des ministères. En outre, près de 13.000 postes ont été supprimés dans la police et la gendarmerie, selon un rapport parlementaire d'octobre 2014 . L'Education nationale, première cible (elle emploie la moitié de la fonction publique d'Etat), a été privée de 80.000 postes d'enseignants . Inversement, la recherche et l'enseignement supérieur ont été "sanctuarisés", et le ministère de la Justice a pu embaucher l'équivalent de 4.000 postes.

 Pour écrémer, Nicolas Sarkozy s'est appuyé sur les collectivités et les opérateurs publics
Nicolas Sarkozy s'en est pris mercredi aux effectifs des collectivités locales. Or, celles-ci ont été bien utiles à sa politique en lui offrant un système de vase communicant. Entre 2008 et 2013, de nombreux emplois ont été confiés aux collectivités locales dans le cadre des transferts de compétences, gonflant ces dernières de 2,9% par an entre 2004 et 2010 puis de 1,2% par an entre 2010 et 2013. Au total : 135.000 agents supplémentaires à assumer pour les collectivités entre 2006 et 2010. En outre, les opérateurs publics se sont vus transférer pas moins de 150.000 agents entre 2009 et 2013, dont 130.000 pour les seules universités. Enfin, Nicolas Sarkozy a pu s'appuyer sur les départs massifs à la retraite de la génération du baby-boom : 80.000 départs en 2008, soit le double des départs annuels dans les années 1990…

 François Hollande a augmenté les effectifs, mais…
En signant la fin de la révision générale des politiques publiques, François Hollande a inversé la tendance. En déterminant des ministères prioritaires (Education, Intérieur et Justice), il a permis à ces derniers d'enregistrer, pour la première fois depuis 2006, une stabilisation puis une hausse des effectifs. Pour l'année 2016 le gouvernement table sur la création nette de 8.300 postes de fonctionnaires. Cela dit, François Hollande s'était engagé à créer notamment 60.000 postes dans l'Education nationale sur le quinquennat. En septembre 2015, seuls 35.000 postes de profs supplémentaires avaient été réellement créés. Dans le domaine de la sécurité (police et gendarmerie principalement), 10.000 postes auront été créés au total sur l'ensemble du quinquennat, ce qui reste en dessous des 13.000 postes détruits auparavant par la droite. A la Défense, un plan de suppression de 33.500 postes équivalent temps plein était programmé entre 2014 à 2019, mais il a été ramené à 5000 suppressions après les attentats de janvier 2015. En dehors des secteurs jugés prioritaires, les autres ministères ont poursuivi sous la gauche une baisse d'effectifs de l'ordre de 2% par an. Difficile, dans ces conditions, de parler d'embauches massives.

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