Giscard d'Estaing mêlé à l'attentat contre De Gaulle : d'où vient cette rumeur ?

Giscard d'Estaing mêlé à l'attentat contre De Gaulle : d'où vient cette rumeur ?

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ARCHIVES - Un documentaire diffusé mardi par RMC Découverte sur l'attentat manqué de 1962 dit "du Petit-Clamart" contre le général De Gaulle met en cause le rôle de l'ancien Président Valéry Giscard d'Estaing, via le témoignage de Lajos Marton, le dernier conjuré encore vivant. Une vieille accusation, jamais démontrée, qui remonte… au procès des auteurs de l'attentat, en 1963.

Valéry Giscard d'Estaing accusé d'être une "taupe" lors de l'attaque manquée contre le général de Gaulle en août 1962. Avec la diffusion d'un documentaire sur l'attentat du Petit-Clamart, mardi 3 novembre sur RMC Découverte, les accusations vont bon train contre l'ancien président de la République.

Voilà ce dernier suspecté d'avoir laissé fuiter auprès du commando de l'OAS, organisation défendant l'Algérie française , l'itinéraire emprunté par le général de Gaulle peu avant la fusillade qui a failli le tuer. Voici quelques clés pour comprendre l'origine de cette affirmation.

 Ce que dit le documentaire
Le documentaire diffusé mardi s'appuie sur le témoignage de Lajos Marton , 84 ans, dernier protagoniste vivant du commando de l'OAS qui a tenté d'assassiner le général de Gaulle le 22 août 1962, alors que ce dernier se rendait en voiture à Villacoublay. Ce témoin, ancien officier hongrois, jamais repenti, affirme que son équipe a bénéficié d'une taupe à l'Elysée. Il affirme : "On nous a dit au début : il y a quelqu'un qui assiste à tous les conseils des ministres. Et par la suite, ils nous ont dit : ce n'est autre que Giscard d'Estaing". Ce dernier était alors ministre des Finances de De Gaulle.

Le documentaire fait appel à l'expertise de l'historien Alain Ruscio, auteur de Nostalgérie, l'interminable histoire de l'OAS . "A un certain moment, explique ce dernier, on dit que Giscard a envisagé de faire un procès [en diffamation, ndlr] et que le garde des Sceaux de l'époque, Jean Foyer, l'en a dissuadé. Alors s'il l'a dissuadé et si effectivement Giscard n'a pas fait ce procès, c'est qu'effectivement il risquait peut-être d'être plutôt sur la sellette". Dans son ouvrage, publié en avril 2015, Alain Ruscio évoque ces soupçons, tout en prenant des pincettes. Sollicité par metronews, l'historien n'a pas pu être joint lundi.

 L'origine de cette (grave) accusation
Lajos Marton n'est pas le premier à impliquer Valéry Giscard d'Estaing dans l'attentat du Petit-Clamart. L'argument a été soulevé dès 1963 par la défense du colonel Bastien-Thiry, organisateur de l'attentat, fusillé en mars 1963. Le chef des conjurés avait affirmé que Valéry Giscard d'Estaing était "inscrit dans un réseau OAS sous le chiffre 12B". Dans sa plaidoirie, son avocat Jacques Isorni affirmait à l'époque que Giscard avait "favorisé la diffusion de comptes-rendus confidentiels du conseil des ministres au sein de l'OAS". Il s'appuyait sur un document interne de l'OAS, dont l'authenticité n'a jamais été établie, selon l'historien Mathias Bernard, auteur en 2014 de l'ouvrage Valéry Giscard d'Estaing, les ambitions déçues .

Lajos Marton, le protagoniste du documentaire diffusé mardi, a déjà témoigné sur l'affaire. En 2002, il avait écrit Il faut tuer De Gaulle. Lors de ses multiples interviews , il n'avait jamais mentionné Valéry Giscard d'Estaing comme la "taupe" de l'OAS à l'Elysée. Dans son ouvrage, il mettait en cause, dans la divulgation de l'itinéraire de De Gaulle, le contrôleur général de la police Jacques Cantelaube, décédé en 1993. Ce dernier, relève d'ailleurs Alain Ruscio dans son ouvrage, n'était plus en poste à l'Elysée lors de l'attentat.

 Les relations entre VGE et l'OAS
Les proximités de Valéry Giscard d'Estaing avec certains membres de l'OAS ne sont pas un scoop. Dans son ouvrage de 2002, Histoire secrète de l'OAS, Georges Fleury les mentionnait. À  Libération , ce dernier expliquait que VGE "suivait l'OAS d'un œil intéressé", prêt à se positionner en cas de coup dur pour De Gaulle. En revanche, sur les propos faisant de Giscard, alias "12B", un membre actif de l'OAS, il répondait : "C'est faux, car il ne s'agissait pas d'une liste d'adhérents, mais de personnalités sympathisantes, avec Antoine Pinay (ancien président du Conseil) au premier rang".

Valéry Giscard d'Estaing a-t-il vraiment évité d'engager un procès en diffamation contre ceux qui l'impliquaient dans l'attentat ? Pas vraiment. Des poursuites ont bien été engagées contre l'avocat Jacques Isorni et ont abouti à un procès en diffamation le 6 mars 1964 devant le tribunal de grande instance de la Seine. La plainte de VGE a toutefois été déclarée formellement irrecevable. Dans cette histoire, les juges n'ont jamais statué sur le fond, c'est-à-dire sur l'authenticité du document de l'OAS incriminant Giscard. L'accusation ne reste donc, jusqu'à preuve du contraire, qu'une rumeur.

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