Pour Marine Le Pen, on a dit au gouvernement "le plus grand bien d'Al-Nosra" : c'est quoi cette histoire ?

Pour Marine Le Pen, on a dit au gouvernement "le plus grand bien d'Al-Nosra" : c'est quoi cette histoire ?

Présidentielle : le Grand débat

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FACTCHECKING - A la toute fin du débat présidentiel, ce lundi 21 mars sur TF1 et LCI, Marine Le Pen a soutenu que le gouvernement "disait le plus grand bien il y a quelques mois" du front Al-Nosra, un groupe djihadiste syrien. Une allusion à des propos attribués à Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères.

C'était, l'air de rien, une petite phrase lancée en fin de débat. Ce lundi 21 mars, lors des dernières minutes du débat opposant cinq des principaux candidat à l'élection présidentielle, Marine Le Pen s'est fendue d'une remarque subsidiaire concernant les organisations terroristes à l'étranger. Et a affirmé, à propos du front Al-Nosra, qu'"on en disait encore le plus grand bien dans le gouvernement de François Hollande il y a quelques mois".


A ses côtés, Benoît Hamon bondit et lance en grimaçant : "Mais vous dites n'importe quoi, c'est grave quand-même!" Et pour cause. Par cette phrase, Marine Le Pen fait référence à des propos prêtés à Laurent Fabius, qui aurait, alors ministre des Affaires étrangères, assuré que ce groupe terroriste faisait "du bon boulot" :  un intox, en réalité, qui circule depuis plusieurs années déjà sur les réseaux sociaux, d'extrême droite notamment.

"Il faut faire très attention"

Car Laurent Fabius n'a pas exactement vanté les mérites d'Al-Qaïda ou de tout groupe associé. Pour s'en convaincre, il suffit de  retourner à la source du tapage. En l'occurrence, un article du Monde, en date du 13 décembre 2012, qui détaille la réunion diplomatique, à Marrakech, des "Amis de la Syrie". Laurent Fabius, présent lors des discussions, se réjouit alors de la reconnaissance  formelle de la Coalition nationale de l'opposition syrienne par le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Et s'exprime également au sujet des critiques adressées aux Etats-Unis, suite à leur décision de placer le groupe Al-Nosra sur une liste d'organisations terroristes. Il fait le constat suivant : " Tous les Arabes étaient vent debout (...) parce que sur le terrain, ils font un bon boulot. C'était très net, et le président de la Coalition était aussi sur cette ligne." 

Dans ses propos, Laurent Fabius a l'air de rapporter la position des Arabes, sans forcément y adhérer. Pour en avoir le coeur net, et comprendre que cette phrase a vraisemblablement été tirée de son contexte, on peut même jeter un oeil à une interview réalisée quelques jours après la conférence de Marrakech pour TV5Monde, RFI et Le Monde. Laurent Fabius y précise sa pensée : à la question de savoir si la France pourrait suivre l'exemple américain en classant Al Nosra parmi les groupes terroristes, l'ancien ministre répond : "Je suis en train de réfléchir à cela parce que les Américains ont pris cette décision. Par ailleurs, à la fois la coalition nationale syrienne et les collègues arabes qui étaient là-bas, eux, étaient très hostiles à cette position, en disant 'ce sont des gens qui se battent contre Bachar', donc c'est très difficile de les désavouer. Mais il faut faire très attention (...) parce que des rapports nous indiquent qu'ils ont un lien avec Al-Qaïda." 


A noter que Marine Le Pen et, avant elle, des sites complotistes à l'image de Réseau Voltaire, n'ont pas été les seuls à reprendre cette interview. Comme elle, en octobre 2016 sur BFM TV, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi fait allusion à ces propos attribués à Laurent Fabius. Une procédure en justice a même été enclenchée contre l'ex-ministre par des proches de victimes de violences de la part d'Al-Nosra, qui lui réclamaient un euro symbolique. Mais elle a été classée en 2014.

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