La désastreuse visite de Marine Le Pen au Canada

La désastreuse visite de Marine Le Pen au Canada

FIASCO – La présidente du Front national n’a pas franchement reçu l’accueil qu’elle espérait lors de sa visite au Canada. Boycottée par les politiques, chahutée en plein meeting, bousculée par les médias... Retour sur le voyage mouvementé de Marine Le Pen.

Les cinq jours de Marine Le Pen au Canada n'ont pas été une sinécure. Alors que la cheffe du parti frontiste espérait bien se donner une carrure internationale en vue de la course à l'Elysée, ce n’est qu’indifférence voire mépris que la présidente du Front national a rencontré sur son chemin. Retour sur la rude semaine de Marine Le Pen. 

 Boycottée par les politiques
Le Front national avait pourtant largement communiqué là-dessus: au Canada, Marine Le Pen devait rencontrer des hommes politiques de premier plan. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'accueil a été plutôt glacial pour la patronne du parti d'extrême droite. Un à un, les élus canadiens ont boudé sa venue. "Au Québec, le porte-parole du premier ministre Philippe Couillard, Harold Fortin, a déclaré que personne au gouvernement n’a l’intention de rencontrer Marine Le Pen", raconte Le Devoir.

Même son de cloche du côté des partis. "Tous les partis contactés (…) tant au niveau provincial que fédéral, ont indiqué qu'ils n'avaient pas prévu de rencontrer" la cheffe frontiste, détaille La Presse . "Nous n’avons pas une minute à consacrer à cette personne-là", a répondu, cinglant, la porte-parole de l’aile parlementaire du Parti Québécois (souverainiste), Antonine Yaccarini. Pire, au micro de Radio-Canada, le député Bernard Drainville a invité Marine Le Pen à rentrer chez elle.

Seules quatre personnes se réclamant du Parti Québécois se sont manifestées, avant d’être rapidement désavouées par leur président, Pierre Karl Péladeau, pour qui "l'histoire, la doctrine et les propositions" du FN sont "aux antipodes des valeurs" de son parti.

► Epinglée dans la presse
Faute de pouvoir rencontrer les politiques, Marine Le Pen a critiqué, à plusieurs reprises, la politique d'immigration du Canada, qui a accueilli 25.000 réfugiés syriens. Et a égratigné, au passage, "le pays des Bisounours dans lequel semble vivre une partie de la classe politique canadienne" sur la question du fondamentalisme islamiste. Une sortie qui n'a pas du tout plu à la presse québécoise. "Manifestement vexée d’être boudée à l’unanimité par la classe politique, elle distille un peu plus d’amertume et d’agressivité envers nos élus à chaque nouvelle entrevue", tacle La Presse dans un éditorial au vitriol. "Ça va, Jeanne d'Arc, descend de ton cheval."

► Malmenée en interview
La présidente du FN a été poussée à bout lors d’une interview télévisée sur la chaîne publique Radio Canada. Dans un long entretien de 32 minutes, la journaliste Anne-Marie Dussault a donné le ton dès les premières minutes. "Vous êtes venue donner des leçons au Canada, a-t-elle attaqué. Vous vous nourrissez de la victimisation et vous avez l’insulte au bout des lèvres à chaque moment". Repérée par Le Petit Journal jeudi, cette interview a montré une Marine Le Pen visiblement déstabilisée face à la journaliste canadienne. La vidéo n’a d’ailleurs pas été reprise sur le site du Front national, qui compile pourtant toutes les apparitions médiatiques de sa cheffe de file.

L'interview de Marine Le Pen à Radio-Canada - Le Petit Journal du 24/03

► Chahutée en plein meeting
A peine arrivée sur le sol canadien, Marine Le Pen a été bousculée en pleine conférence de presse à l'hôtel Marriott de Québec, dimanche matin, par une dizaine de militants antifascistes. "Le Québec emmerde le Front national", ont notamment scandé les manifestants, brandissant une banderole sur laquelle on pouvait lire : "Ici, terre d'accueil, on préfère l'arrivée de milliers d'immigrant-e-s que la venue d'une seule raciste."

Allez "prendre une douche et au lit", a rétorqué Marine Le Pen, avant que l’un de ses gardes du corps n’assène "deux coups de poing à des manifestants", raconte le HuffPost Québec. Refusant de condamner les violences, Marine Le Pen a répondu: "Je ne suis pas Donald Trump". Du coup, deux chaînes d’hôtels ont tour à tour annulé les réservations de salles où Marine Le Pen avait prévu de rencontrer des journalistes canadiens, précise Le Monde

Egratignée par son ex-conseiller
Pour couronner le tout, l'ancien proche de la patronne du FN, Aymeric Chauprade - qui a quitté en novembre dernier le Front national avec fracas - a dénoncé "les mésaventures internationales de Marine Le Pen". "Quand on préfère s’entourer de médiocres sans conviction plutôt que des gens qui travaillent et préparent les voyages, le résultat est sans appel" a-t-il regretté dans les colonnes de L'Obs . "Quand on emporte dans ses bagages son arrogance et son inculture internationale, on ne récolte que le mépris en retour". Dans un sondage Odoxa pour iTélé et Paris-Match publié vendredi, le verdict est tombé comme un couperet: sept Français sur dix (69%) estiment que Marine Le Pen ne représenterait pas bien la France à l'étranger si elle était élue présidente en 2017. 

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