Le FN, défenseur des animaux ? D'abord, il devra clarifier deux ou trois choses...

Le FN, défenseur des animaux ? D'abord, il devra clarifier deux ou trois choses...

AMI DES BÊTES - Le Front national a lancé lundi un nouveau collectif dédié à la cause animale, avec la bénédiction de Brigitte Bardot. Engagé contre l'élevage en batterie ou encore les expérimentations sur les animaux, le parti de Marine Le Pen cultive pourtant des ambiguïtés sur le sujet.

Trente millions d'amis et autant d'électeurs potentiels… Marine Le Pen a lancé lundi un nouveau collectif dédié à la protection des animaux, baptisé Belaud-Argos, double référence au poète Du Bellay et à la mythologie grecque. A grands renforts de citations, de Gandhi à Lamartine, la patronne du Front national a lancé un cri d'amour, rappelant, par exemple, que "dans notre société où tant souffrent de solitude, beaucoup trouvent dans un animal familier une affection sincère."

En quête d'engagements "dépolitisés" afin de parfaire sa normalisation d'ici à 2017, le FN vient ainsi de mettre sur orbite son 8e satellite, après la banlieue, l'écologie ou encore les entreprises . Son cri d'amour a été vite entendu : l'incontournable Brigitte Bardot, proche du FN, lui a immédiatement apporté son soutien.


Le collectif s'inscrit dans la foulée de prises de position récentes du FN sur le bien-être animal, de l'élevage en batterie aux expérimentations sur les animaux en passant par les abattoirs. Au Parlement européen, l'eurodéputée FN Sophie Montel, qui animera le collectif, fait partie de l'intergroupe de défense des animaux . Dans sa biographie officielle, l'élue de Franche-Comté précise d'ailleurs qu'elle est passionnée par les chats . Ce qui lui fait au moins un point commun avec Marine Le Pen, qui révélait en avril 2015 qu'elle était une "mère à chats" .

Au-delà de ces goûts personnels, le FN, en s'érigeant en "seul mouvement politique" engagé pour cette cause, ne pourra pas échapper à quelques clarifications.

 La cause des animaux… domestiques
Le nouveau collectif réserve un chapitre à la cause des animaux sauvages, dont celle des éléphants visés par le trafic d'ivoire. Il devra clarifier la position du FN concernant le "statut" des animaux sauvages. Lors du vote de la loi biodiversité en 2015, les députés Marion Maréchal-Le Pen (FN) et Gilbert Collard (proche du FN) ont rejeté - comme une majorité de leurs collègues de l'Assemblée - un amendement visant à donner un statut protecteur aux animaux sauvages . Plus généralement, les députés frontistes ont rejeté la loi biodiversité, la qualifiant de " bobo écologie punitive ". Pourtant, au Parlement européen, leurs collègues FN pèsent pour l'extension du cadre de protection des animaux sauvages

 Les loups, amis ou ennemis ?
Le nouveau site du collectif ne mentionne pas les loups, dont la survie en Europe est conditionnée par la convention de Berne de 1979. Le texte mentionne notamment l'obligation, pour les Etats signataires, de prendre "les mesures législatives et réglementaires appropriées et nécessaires pour assurer la conservation" de plusieurs espèces sauvages, dont le loup. En pleine campagne pour les régionales 2015 en Provence-Alpes-Côte d'Azur, Marion Maréchal-Le Pen a plaidé, auprès des agriculteurs, pour une révision de la convention de Berne . Voilà de quoi rassurer les éleveurs, mais pas les loups.

 Les espèces protégées, mais pas trop
A travers son nouveau collectif, le FN va pouvoir s'ériger en défenseur des espèces menacées. Il devra toutefois se mettre en accord avec les positions antérieures du parti de Marine Le Pen. Lors des élections européennes de 2014, répondant à un questionnaire de la Fédération nationale des chasseurs , le parti s'attachait à rassurer ces derniers. Il s'en prenait à la directive européenne "Oiseaux", laquelle, en protégeant les oiseaux migrateurs, "pénalise gravement la chasse depuis 35 ans".

Plus fort : toujours pour rassurer les chasseurs, le FN se disait en 2014 "totalement défavorable à une évolution des règles dans le domaine de la bientraitance animale, car des progrès considérables ont été faits ces dernières années pour prendre en compte la souffrance animale". Ce militantisme pro-chasse s'est également traduit à l'Assemblée, ou les deux députés frontistes ont défendu des amendements  à la loi biodiversité visant à garantir la "régulation" des espèces - par la chasse, bien entendu.

 Le gavage de nos amies les oies
Le collectif pro-animaux ne s'est pas positionné, lundi, sur la question du gavage des oies dans la production du foie gras. Et pour cause : à l'instar de la majorité de parlementaires français, les élus frontistes n'ont aucune envie de remettre en cause cette tradition gastronomique. Bien au contraire : le député européen Louis Aliot se fait  l'avocat de ce secteur , gavage ou pas.

► Ceux qui aiment encore la corrida
Dernier sujet (lourd) à régler, la question de la tauromachie. A l'instar du nouveau collectif, le sénateur David Rachline et Marine Le Pen ont remis en cause cette tradition jugée barbare par les défenseurs de la cause animale. Ils devront convaincre leurs alliés, le député du Gard Gilbert Collard, chaud partisan de la corrida , et surtout le maire de Béziers, Robert Ménard, dont la ville accueille une feria. Ce dernier estimait récemment que "le bétail connaît une existence morne et brève" alors que "le taureau de combat possède un destin, un rendez-vous de soleil, de sang et de mort". 

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