Le PS va vendre Solferino : du FN à l'UMP jusqu'au PCF, la tumultueuse histoire des partis et de leur siège historique

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ANNONCE IMMOBILIÈRE - La vente du siège du PS, rue de Solférino (VIIe arrondissement de Paris), a été actée mardi 19 septembre lors du bureau national du parti. Dernier remous suite aux récentes débâcles socialiste, cette décision marque la fin d'une époque de faste immobilier pour le parti, loin d'être seul dans ce cas.

La rose au poing flottant sur la façade de l’hôtel particulier rue de Solférino, c’est une image qui appartiendra bientôt au passé. Si la rumeur courait depuis les débâcles de la présidentielle et des législatives et avait été confirmée par Le Canard enchaîné, dans son édition du 2 août, le PS "a pris la décision de principe de mettre en vente" son siège historique lors du bureau national qui a eu lieu mardi 19 septembre. 


Comme l'a expliqué le trésorier du PS, Jean-François Debat, cette mise en vente a été décidée pour des raisons financières. Après les déroutes électorales successives du parti, à la présidentielle et surtout aux législatives, le parti s'apprête en effet à accuser des pertes d'environ cent millions d'euros sur cinq ans, soit "les trois-quarts de ses recettes", a précisé Jean-François Debat. L'opération devrait permettre au parti de se renflouer de 50 millions d’euros, selon la dernière expertise. 


Mais bien avant l'abandon par les socialistes de leur QG du VIIe arrondissement, d’autres formations politiques avaient déjà fait le choix de se séparer de leur siège, quitte à faire le deuil de symboles forts. Des déboires immobiliers qui illustrent bien les difficultés financières des partis traditionnels.

FN, PS... la plaie des dettes

Ce sont également les dettes consécutives à une défaite électorale qui ont poussé le Front national à quitter son emblématique paquebot de Saint-Cloud. Le vieux bâtiment, acquis en 1994, à une époque où le FN montait en puissance, a été le siège du premier cercle de Jean-Marie Le Pen pendant près de 20 ans. 


Mais les dettes accumulées après le score décevant de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle de 2007 (il est arrivé 4e au premier tour), additionné à la déculottée des législatives, ont poussé le parti frontiste à se séparer du bâtiment. L’ancien siège du Front national a été vendu en 2011 au groupe Repotel pour 9 millions d’euros. De quoi rembourser les dettes du parti et préparer la première campagne de Marine Le Pen. Par une coïncidence étrange, l’acte de vente a été signé le 21 avril (2011). 

Bientôt le tour des Républicains ?

En 2011, l’UMP, trois ans avant son changement de nom, avait déserté ses locaux rue de La Boétie, qu'elle louait pour 4 millions d'euros par an, pour déménager au 238, rue Vaugirard (XVe arrondissement) et devenir propriétaire de ses murs. Le parti, alors encore au pouvoir, avait acquis un ancien garage Renault d’une surface de 5500 mètres carrés. 


Cette opération immobilière avait coûté 40 millions d’euros dont la moitié pour la réhabilitation du bâtiment. Un achat qui avait nécessité la souscription d'un emprunt de 32 millions d’euros. Plusieurs figures, dont Nathalie Kosciusko-Morizet, se sont récemment prononcées pour un nouveau déménagement, mais si le parti a depuis changé de nom, il n’a toujours pas changé de siège. La question devrait de nouveau se poser, si l'on se fie aux interrogations de Bernard Accoyer dans Le Parisien. Le secrétaire général des Républicains s'y demande s'il est "bien rationnel d'avoir des locaux aussi grands, surtout dans une période [...] d'opposition".

"Vends siège, cause mauvais résultats"

Quelques jeunes élus de droite avaient mis en ligne une fausse annonce immobilière - depuis retirée - sur Le Bon Coin après l'élimination de François Fillon au premier tour de la présidentielle, évoquant "des travaux de dépoussiérage indispensables". 


Une annonce parodique visant le siège de Solférino avait aussi été mise en ligne après la défaite du PS aux législatives. Un internaute  baptisé "Camba" en référence à l'ex-patron du PS Jean-Christophe Cambadélis avait créé une fausse annonce de mise en vente, encourageant "à faire un musée, folklore français".

Immeuble occupé par parti politique à redresser avec rénovation complète. Travaux de dépoussiérage indispensablesFausse annonce de vente du siège des Républicains, rue Vaugirard

Les écologistes aussi ont été obligés de déménager à cause de problèmes de trésorerie. En 2015, EELV se sépare de ses locaux de la Chocolaterie (il avait accueilli une usine à chocolats au 19e siècle), dans le 10e arrondissement. Le parti, qui est actuellement l'objet de critiques pour un plan social assez virulent, avait, pour justifier cette vente, mis en avant des problèmes d’isolation thermique du bâtiment, situé avenue du faubourg Saint-Martin. Mais ce sont surtout les difficultés financières dues au faible score d’Eva Joly en 2012 (qui n'avait pas permis de rembourser ses frais de campagne) qui sont en cause.

Dans la tempête immobilière, les communistes tiennent le coup

Dans cette bérézina immobilière, le Parti communiste fait figure de survivant - La République en marche, qui roule sur l'or, a quitté ses locaux de la rue de l'Abbé Groult, et la France insoumise n'a pas encore tranché sur sa future localisation . Le parti, qui occupe depuis 1971 l’imposant bâtiment de la place du Colonel-Fabien, a réussi a conservé ses locaux malgré l’érosion progressive de ses scores électoraux. Dessinés par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, qui a également conçu les plans de l’ancien siège du quotidien L’Humanité, les impressionnants locaux du PCF ont souvent été utilisés pour leur architecture.


Afin de trouver de nouvelles ressources financières, la direction choisit de louer une partie des locaux pour des défilés de mode, ce qui ne manque pas de créer un certain malaise au sein du parti. L'Italien Prada y a notamment organisé un défilé en grandes pompes en 2000, ce qui a poussé d'autres grandes marques à réquisitionner les lieux, comme Dior en 2012.


Le site a également servi de décor à plusieurs films, comme L'Ecume des jours, 20 ans d'écart (avec Pierre Niney),  De l'autre côté du périph, pour la plus grande joie des finances communistes.


Le siège du PS de Solférino a aussi été réquisitionné en juin dernier pour le tournage de la saison 2 de Baron noir, série produite par Canal + - générant quelques grincements de dents chez les hiérarques du parti. Les deux jours de tournage auraient généré plusieurs milliers d'euros pour le parti.

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