Les musulmans de France n'ont pas attendu Juppé pour condamner les barbares

Les musulmans de France n'ont pas attendu Juppé pour condamner les barbares

SOLIDARITE - Le maire de Bordeaux, candidat à la primaire Les Républicains de 2016, a appelé ce mardi matin les Français musulmans à "dire clairement qu'ils n'ont rien à voir" avec les "barbares" de Daech. Ce que les intéressés font déjà depuis vendredi soir...

La phrase en a surpris plus d'un, dans la bouche du candidat considéré comme le plus centriste de la primaire à venir chez Les Républicains. Invité ce mardi matin de l'émission "Bourdin Direct" sur BFMTV, Alain Juppé a demandé aux Français musulmans de "dire clairement qu'ils n'ont rien à voir" avec les terroristes qui ont frappé Paris le vendredi 13 novembre. Une injonction relayée par un tweet : "Les Français musulmans doivent dire clairement qu'ils n'ont rien à voir avec ces barbares de l'Etat islamique", qui rappelle celle qui avait déjà été faite sèchement sur RTL en janvier, à la suite des attentats contre Charlie Hebdo et l'Hypercasher de Paris, par l'éditorialiste et polémiste du Figaro Ivan Rioufol . A l'époque, le retour des amalgames entre le djihadisme et l'islam avait accompagné une recrudescence des actes antimusulmans .

"Je pense qu’il ne faut pas pratiquer l’amalgame...", a commencé le maire de Bordeaux devant Jean-Jacques Bourdin, avant de poursuivre : "Et je le dis solennellement, encore une fois, pour moi la laïcité, c’est la possibilité pour tous les Français de pratiquer la religion de leur choix, y compris pour les Français musulmans. A une condition, à une condition évidemment, c'est que les Français musulmans disent clairement qu’ils n’ont rien à voir avec ce fanatisme, avec cette barbarie, avec cette dérive sectaire de leur religion, et qu'eux souscrivent pleinement aux valeurs de la République". Et de relever, in extremis : "Ils le disent !"

Ils le disent, en effet, comme en janvier et sans qu'il ait été besoin d'injonction, dès la nuit de vendredi à samedi :

Sur Twitter, le hastag #NotInMyName a repris du service dès vendredi soir.

Samedi, depuis la ville même d'Alain Juppé, l'imam Tareq Obrou a réagi dans le JDD par "une triple condamnation – éthique, juridique et théologique" de "ces meurtres", appelant les musulmans à "se manifester pour dire stop, pour dire qu’on n’accepte pas ces actions au nom de notre religion". "Les citoyens sont d'abord des Français, il faut respecter la laïcité, d'abord l'Etat, d'abord le citoyen", a-t-il complété lundi sur France Info .

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Samedi également, les fédérations musulmanes françaises ont condamné une "barbarie abjecte", publiant un "appel à l'unité et au deuil national" signé par le Conseil français du culte musulman (CFCM), le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), la Fédération française des associations islamiques d'Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA), la Fédération nationale de la grande mosquée de Paris (FNGMP), Foi et Pratique (F&P), le Rassemblement des musulmans de France (RMF) et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). "Ces terroristes, en s'attaquant à la France, s'attaquent à nos valeurs", dit leur communiqué commun.

Les Étudiants musulmans de France, eux, ont publié samedi une vidéo appelant à l'unité nationale, qui dit notamment : "Ils pensent mener une guerre contre des croisés. Et invoquent le Coran tout en s'appuyant sur ses versets. Mais verser le sang d'un innocent ne répond à aucune loi. Si eux ne l'ont pas compris, moi je ne les comprends pas. (...) J'ai mal à ma France, crie mon coeur de vive voix."

Dimanche, une douzaine d'imams d'Ile-de-France conduits par celui de Drancy Hassen Chalghoumi, président de la Conférence des imams de France, ont déposé une fleur devant le Bataclan. Une Marseillaise a alors été entonnée.

Lundi, le recteur de la grande mosquée de Paris Dalil Boubakeur a appelé tous les imams de France à prendre part le vendredi 20 novembre à une "prière solennelle" en hommage aux victimes. "Nous, musulmans de France, nous ne pouvons qu'insister sur la cohésion nationale pour refuser ensemble ce malheur qui nous frappe et nous attaque indistinctement", a-t-il ajouté, quelques minutes après avoir respecté une minute de silence sur les marches de la mosquée avant d'écouter en silence un enregistrement de la Marseillaise. Comme lui, l'imam de Clermont-Ferrand a pris la parole pour dénoncer les attentats, de même que ceux de Grenoble, de Bagnols, etc.

Sur Internet, le site Saphir News dresse par ailleurs la liste des initiatives prises par des mosquées depuis le drame de vendredi (prières, appels au don de sang…).

Enfin, la grande mosquée de Paris a appelé ce mardi "tous les citoyens de confession musulmane et leurs amis" à venir exprimer vendredi à 14 heures "leur profond attachement à Paris, à sa diversité et aux valeurs de la République". "Non au terrorisme et à l'amalgame", écrit la GMP dans un communiqué, soulignant qu'après les attentats, "la mobilisation et le rassemblement de tous les citoyens sont une nécessité et la meilleure réponse à ceux qui veulent instiller le venin de la discorde et de la suspicion au sein de la communauté nationale". Diviser la France entre musulmans et non-musulmans, c'est l'un des objectifs des terroristes sur lequel s'accordent tous les spécialistes.

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