"Les tentatives des politiques de s'adresser aux jeunes sonnent toujours faux"

"Les tentatives des politiques de s'adresser aux jeunes sonnent toujours faux"

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3 QUESTIONS A… - Alors que les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sont critiquées pour leur vidéo tentant d'expliquer en "langage jeune" les enjeux de la réforme territoriale, metronews a cherché à comprendre d'où vient ce décalage permanent.

Comment faire pour parler à un jeune ? Cette question, c'est celle que se pose la classe politique française depuis des dizaines d'années. Dernière tentative en date, la vidéo réalisée par les deux régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées pour expliquer les enjeux de leur fusion l'année prochaine. Une séquence agrémentée de nombreuses expressions "pour faire jeune", telles "bam le smack", "les autres vont avoir le seum", etc., qui ne manquent pas de consterner ceux qui l'ont vue. Metronews a demandé à Arnaud Mercier, professeur de communication à l'Institut français de presse, pourquoi les tentatives de s'adresser à la jeunesse semblent si souvent échouer.

Peut-on parler d'un décalage entre la classe politique et les jeunes ?
Ce décalage n'existe pas qu'avec la jeunesse, mais avec toute la population. Il y a chez les Français un sentiment de ne pas partager les mêmes préoccupations que la classe politique. Cela tient à plusieurs éléments, tels que l'appartenance sociale, la carrière professionnelle, etc. Chez les jeunes, ce sentiment est toutefois accentué. Cela s'explique par les différences de comportement : chez un homme ou une femme politique, on attend du calme, du contrôle sur soi, une certaine réserve, quitte à s'enfermer dans une sorte de "jeu de rôle", alors que les jeunes électeurs incarnent au contraire une forme de spontanéité, de relâchement, d'être "comme on est". Mais ce décalage n'est pas récent : en mai 68 non plus, les politiques ne savaient pas s'adresser à eux.

Faudrait-il que la classe politique adopte un langage spécifique pour se faire entendre ?
Ce n'est pas tant un problème de langage que d'attitude. A l'heure actuelle, les jeunes ont le sentiment que l'on ne s'intéresse pas à eux, que leurs préoccupations ne comptent pas. Et effectivement, pour un leader politique, il est plus intéressant de s'adresser à un senior dont on sait qu'il va voter plutôt qu'à un électeur de 18 ans qui n'ira probablement pas voter. Résultat, les rares tentatives de joindre les deux mondes ont l'air artificiel, sonnent faux.

Alors comment faire pour combler le fossé ?
La bonne solution serait pour les leaders politiques de plus intégrer de jeunes dans leurs équipes, de leur donner leur chance. En général, ils sont très contents de les voir militer mais ne veulent pas leur accorder plus de place car ils estiment qu'ils manquent d'expérience. Le meilleur exemple, c'est que les chefs des mouvements de jeunes chez Les Républicains, au PS ou ailleurs sont souvent parmi les plus vieux de leur organisation… Au contraire, laisser des juniors participer activement aux campagnes permettrait aux leaders politiques de mieux exploiter les codes nécessaires à l'échange avec cette catégorie de population.

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