Effectifs, coût, efficacité.. ce qu'il faut savoir sur l'opération Sentinelle

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PATROUILLE - Six soldats de l'opération Sentinelle ont été renversés par une voiture, mercredi 9 août, à Levallois-Perret. Cette opération a été engagée il y a déjà plus de deux ans, après les attentats de janvier 2015. Le dispositif mis en place a depuis quelque peu évolué mais les moyens engagés restent sensiblement les mêmes, malgré la réduction annoncée du budget de l'armée.

Elle a été mise en place en seulement quelques jours et dure pourtant depuis deux ans et demi. L'opération Sentinelle, censée assurer la protection des Français sur le territoire national, a été inaugurée le 12 janvier 2015, quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hypercasher. 


Annoncée par François Hollande, cette opération, dont la mission est de renforcer le dispositif Vigipirate déjà en place, avait mobilisé 10.500 soldats en seulement trois jours. Les patrouilles de militaires armés de Famas, parcourant les rues et surveillant les lieux touristiques, sont depuis devenues des images quotidiennes auxquelles les Français se sont habitués.

Combien d'hommes mobilisés ?

Depuis les attentats de janvier 2015, le nombre de soldats mobilisés a oscillé entre 7000 et 10.000. Dans les faits, 10.000 soldats sont mobilisés au total, dont environ 7000 en permanence et 3000 en réserve. Les effectifs sont répartis à 50% entre l'Ile-de-France et le reste du territoire.  


La spécificité de ce dispositif est qu'il est rapidement adaptable en fonction du niveau de menace. Ainsi, au lendemain de l'attentat de Nice, le 14 juillet, les effectifs sur le terrain, qui étaient prévu pour baisser substantiellement, avaient été maintenus à 10.000 hommes.

Quelles prérogatives ont ces militaires sur le terrain ?

Les militaires mobilisés dans le cadre de l'opération Sentinelle ont pour mission de "protéger et dissuader". Ils sont en contact radio permanent avec les forces de police mais n'ont pas les mêmes prérogatives qu'elles. Ils ne peuvent pas intervenir dans tous les cas de figure. Ils ne sont par exemple pas habilités à intervenir pour rétablir l'ordre en cas de trouble ou pour disperser des attroupements. Les militaires n'ont pas non plus le droit de procéder à des palpations corporelles ni de fouiller les coffres.


Les soldats peuvent faire utilisation de leurs armes uniquement dans le cadre de la légitime défense. Les militaires peuvent ouvrir le feu s’ils sont agressés ou menacés par des individus armés, pour défendre un périmètre qu’ils occupent, si les sommations n’ont aucun effet ou pour immobiliser un véhicule. Une loi votée en février dernier a élargi les conditions de légitime défense pour les policiers, dans l’objectif d’harmoniser les pratiques entre militaires et forces de l’ordre.

Où patrouillent-ils ?

A l'origine, les militaires de l'opération Sentinelle étaient postés en faction à proximité de lieux sensibles, notamment les bâtiments religieux. Néanmoins, en raison du risque pour les soldats de constituer une cible immobile, l'opération Sentinelle a progressivement privilégié les patrouilles mobiles dans les centre-villes. 


Les soldats se déplacent généralement par groupes de quatre et patrouillent de manière aléatoire en déterminant des points sensibles à surveiller régulièrement. Les parcours sont censés être modifiés d'un jour sur l'autre pour éviter la routine. Ils patrouillent aussi à proximité des sites classés comme sensibles par les préfectures.

Combien coûte l'opération?

L'ancien ministre de la Défense sous le précédent quinquennat, Jean-Yves Le Drian (ajourd'hui ministre de l'Europe et des Affaires étrangères) avait annoncé en février 2015, soit un mois après la mise en place de l'opération, un coût global d'un million d'euros par jour. 


Depuis, les chiffres avancés ont été largement revus à la baisse. Toujours selon Jean-Yves Le Drian, interrogé par la commission élargie à l'Assemblée sur le budget 2017, le coût de l'opération était estimé à 176 millions d'euros pour l'année 2015 et 145 millions pour l'année 2016.

L'opération Sentinelle va-t-elle durer ?

Le dispositif, qui dure depuis déjà deux ans et demi, fait régulièrement l'objet de critiques sur son efficacité. Alors que le gouvernement envisage de resserrer le budget de l'armée de 850 millions d'euros pour l'année en cours, Emmanuel Macron a pourtant assuré qu'il ne toucherait pas aux moyens de l'opération Sentinelle. 


De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l'épuisement des troupes, l'éloignement de leur famille pendant de longues durées et la baisse du nombre de jours d'entraînement, nuisant à l'efficacité des troupes.

Le président de la République, également chef des armées, envisage d'ailleurs de revoir le dispositif en profondeur dès la rentrée, "afin d'avoir une plus grande efficacité opérationnelle et de prendre en compte l'effectivité et l'évolution de la menace."


La nouvelle ministre des Armées, Florence Parly, assurait quant à elle ce lundi que l'opération Sentinelle "resterait en place tant qu'elle [serait] utile à la protection des Français". En précisant qu'elle serait prochainement "adaptée pour s'inscrire dans la durée". Des propositions seront donc émises à la rentrée afin de modifier le dispositif.

Ce n'est pas une menace classique, ce n'est pas une menace criminelle, il faut donner ce symbole que l'Etat est protégé par sa force armée vis-à-vis de cette menace terroriste, mais [...] ça n'est pas nécessaire d'en faire une des missions principales de l'armée.Jean-Pierre Maulny, directeur du pôle recherche de l'Iris

En vidéo

Interview de Jean-Pierre Maulny au sujet de l'opération Sentinelle

Selon Jean-Pierre Maulny, directeur du pôle recherche à l'Iris, ce n'est pas la présence des militaires sur le territoire national qui est en question mais plutôt leur nombre et leur déploiement. 


Parmi les pistes les plus probables, la démission des forces militaires, qui sont, aujourd'hui plus que jamais, les cibles d'attaques dans la réalisation de leur mission.

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