"Patchs anti-ondes": la drôle d'expérience de Robert Ménard à Béziers

"Patchs anti-ondes": la drôle d'expérience de Robert Ménard à Béziers

INFO METRONEWS - Robert Ménard, maire de Béziers soutenu par le Front national, vient d'accepter un étonnant partenariat avec une entreprise locale, dans le but d'expérimenter des "patchs anti-ondes" sur trente volontaires parmi le personnel de la ville. Si la mairie met en avant le principe de précaution, dans l'opposition, on estime que les employés municipaux sont pris pour des "cobayes".

Après le linge aux fenêtres et les déjections canines, Robert Ménard s'attaque aux ondes électromagnétiques. Et d'une bien drôle de manière. Selon nos informations, une convention présentée le 5 mai, lors du dernier conseil municipal de Béziers , établit un partenariat entre la commune de l'Hérault et une entreprise locale de fabrication... de "patchs anti-ondes". L'idée, selon cette convention adoptée à 45 voix contre 4 : tester sur trente volontaires parmi le personnel de la ville l'efficacité de ce dispositif. Le partenariat, à première vue, ne souffre d'aucune irrégularité : vingt patchs "à apposer sur les ordinateurs", cent patchs pour téléphones portables et "dix pendentifs large spectre à porter sur soi" seront distribués gracieusement par l'entreprise biterroise Ginko France . Un test grandeur nature qui devrait débuter aux alentours du 17 juin.

Ce document, que nous nous sommes procuré, précise encore qu'une "évaluation clinique de certaines performances musculaires sera effectuée sur trente volontaires" - dont quinze seront placés sous placebo - à l'issue d'une première période d'observation qui devrait durer six mois. L'évaluation sera menée par le docteur Jacques Gaujac, attaché des Hôpitaux et le professeur Michel Zanca, spécialiste de médecine nucléaire. Le tout "en lien avec le médecin du travail de la ville de Béziers". Aimé Chouquet, élu communiste de l'opposition, est l'un des rares élus à avoir voté contre ce partenariat au sein du conseil municipal. Complètement désabusé, il affirme à metronews : "On demande ni plus ni moins à des employés municipaux de jouer les cobayes."

"Risque d'augmenter le niveau d'exposition"

Car, passé l'étonnement d'un tel deal, les patchs anti-ondes n'ont pas encore prouvé leur efficacité. S'appuyant sur la technique du déphasage à 180°, qui consiste à superposer deux ondes symétriques pour les annuler, ils peinent à convaincre jusqu'aux associations pour la sécurité sanitaire dans les technologies sans fil. Un membre de Robin des Toits, habitant de Béziers, nous confie ainsi : "Le déphasage à 180° était utilisé par les militaires pour brouiller les signaux des sous-marins. Mais rien ne prouve que des patchs puissent avoir un effet sur le rythme aléatoire des ondes propagées par la téléphonie mobile." Des militants locaux n'hésitent d'ailleurs pas à qualifier ces patchs de "grigris" ou "d'amulettes destinées à amuser la galerie".

Et les experts de l'ANSES, agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, vont même plus loin. Dans la conclusion d'un rapport de septembre 2013 , on peut lire (en page 103) que "les protections qui modifient les performances radioélectriques des téléphones mobiles, en dégradant par exemple les capacités de réception, risquent, dans des conditions d’utilisation réelles, d’augmenter le niveau d’exposition de l’utilisateur."

Pas de contrat à la clef

Du côté de Ginko France, Philippe Roustit, associé du gérant Guy Tyrode, assure pourtant que "des études menées depuis deux ans prouvent l'efficacité des patchs". Pourquoi, dans ce cas, avoir approché la mairie de Béziers pour réaliser des tests ? "Pour gagner, au fur et à mesure des expérimentations, un maximum de cautions scientifiques".

Adil Choukri-Touri, conseiller municipal de la majorité auprès de Robert Ménard en charge de l'informatique et à l'origine de cette convention, reconnaît volontiers que tout reste à déterminer. Il explique ainsi à metronews : "C'est à l'entreprise de faire ses preuves. Les agents volontaires ne vont pas avaler un médicament, ils passeront juste des tests physiques. Pour l'instant, il est vrai, nous ne sommes pas en mesure d'affirmer l'efficacité de ces patchs, c'est pour cela que nous la testons." Et l'élu d'insister sur "une démarche de bien-être des agents". Si certains sont sceptiques, lui semble convaincu: "Je peux vous assurer que vous ne levez pas le pied de la même manière quand vous êtes saturés d'ondes, un portable à la main !" Contacté, Robert Ménard n'a pas souhaité s'exprimer davantage sur le sujet.

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