Policiers et militaires toujours plus frontistes, les enseignants se laissent séduire

Policiers et militaires toujours plus frontistes, les enseignants se laissent séduire

ENQUETE – Une étude du Cevipof, réalisée à la veille des régionales de décembre, montre que le vote frontiste s'est installé dans la fonction publique. Chez les policiers et les militaires, les intentions de vote pour le parti d'extrême droite ont atteint les 51,5%.

Les digues semblent sauter jusque dans la fonction publique, qui semblait jusque-là résister à la déferlante frontiste. Selon une enquête du Cevipof, réalisée à la veille des régionales de décembre et publiée ce samedi, le vote Front national s'enracine chez les fonctionnaires. Et c'est chez les policiers et militaires que le phénomène est le plus spectaculaire : les intentions de vote fin 2015 atteignent les 51,5%, contre environ 30% en 2012.

Cette évolution est sensible depuis l'élection de François Hollande en 2012 mais, elle ne "joue pas tant contre la gauche socialiste, qui obtient encore des scores honorables en 2015, ni contre les écologistes, que contre le Front de gauche et l'extrême gauche, qui s'effondrent", écrit le Cevipof.

"Une demi-surprise"

"Une demi-surprise, tant on s’est habitué à voir les gendarmes voter avec régularité et assez massivement pour le Front national, dans le sud de la France particulièrement, mais aussi parmi les gendarmes mobiles, comme il avait été permis de le constater en dépouillant les résultats du bureau de vote le plus proche de la caserne de Satory, en région parisienne", commente Frédéric Ploquin, journaliste police-justice à Marianne .

Ainsi, lors des cantonales de mars 2014, les deux bureaux de vote qui accueillent exclusivement les suffrages de la caserne de Satory (Yvelines), avaient affiché des résultats évocateurs : le candidat frontiste avait recueilli 52,94% et 37,91% des suffrages, pour une participation qui n'avait pas dépassé les 20%.

Un "tournant historique"

Mais l' étude du Cevipof montre que le vote frontiste s'est désormais enraciné dans toute la fonction publique. Lors de l'élection présidentielle de 2012, 16% des électeurs issus du fonctionnariat avaient voté pour le parti d'extrême droite. En trois ans, ce chiffre a bondi de près de 7 points : juste avant les régionales de décembre, 22,7% des électeurs de la fonction publique affichaient leur intention de voter Front national.

Un "tournant historique", jugent les chercheurs du Cevipof, qui expliquent que ce phénomène touche désormais les trois fonctions publiques - d'Etat, territoriale et hospitalière. "Il faut encore souligner que si l’on écarte du calcul les fonctionnaires membres du monde enseignant au sens large (c’est-à-dire les enseignants des premier et second degrés, du supérieur, comme les personnels de direction des établissements), le vote FN atteint 30,5% des suffrages exprimés au sein de la FPE et 15,8% au sein de de la seule catégorie A (cadres)".

Le vote FN a plus que doublé chez les enseignants

Enfin, dernier fait notable, le vote a plus que doublé au sein de l'Education nationale : au total, 9,4% des enseignants admettent leur intention de voter FN, contre 4% à la présidentielle de 2012 ; dans le détail, 9,8% chez les instituteurs et professeurs des écoles, 9,2% chez les professeurs du second degré et 8,4% chez ceux du supérieur.

EN SAVOIR +
>> Régionales 2015 : sans la réforme territoriale, le FN aurait gagné une région
>>
Tous les résultats des élections régionales de 2015

Et aussi

Sur le même sujet

À suivre

Rubriques