Pourquoi un parti musulman peut exister en France

Pourquoi un parti musulman peut exister en France

POLITIQUE - De la fiction à la réalité ? En débuté d'année, Michel Houellebecq faisait polémique en imaginant un parti musulman au pouvoir en France. Un mois plus tard, l'Union des démocrates musulmans de France (UDMF) annonce vouloir participer aux élections départementales du mois de mars. Une démarche tout à fait légale.

Un parti musulman en France, est-ce possible ? La question s'est osée avec acuité en début d'année à la lecture de Soumission, le dernier roman de Michel Houellebecq, qui imagine l'arrivée au pouvoir d'une formation baptisée "Fraternité musulmane". Un mois plus tard, et dans la réalité cette fois-ci, un parti religieux  annonce vouloir présenter des listes dans quelques cantons lors des prochaines élections départementales. Que dit la loi en la matière ? Eléments de réponse.

En droit français, l'idée n'est pas absurde : rien n'empêche en effet de constituer une formation politique sur la base d'une référence religieuse. Leur statut de simple association loi 1901 ne donne aux partis qu'une seule obligation, précise l'article 4 de la Constitution : "Respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie".

Un parti musulman lié à l'extrême droite

Le premier exemple du genre fut le Parti des musulmans de France, créé en 1997 à Strasbourg. Principal fait d'arme : son président, Mohamed Latrèche, a obtenu 0,92% des voix aux législatives de 2007. Mais très vite, comme le souligne Houellebecq dans son roman, cette "première tentative d’islam politique" a "avorté en raison de l'antisémitisme embarrassant de son leader, qui l'avait même conduit à nouer des liens avec l'extrême-droite". Un paradoxe, a priori, que nous décrypte Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême-droite : "En axant son discours sur la critique d’Israël, Latrèche s'était fait des compagnons de route chez les militants 'antisionistes' de l'extrême-droite". Le type de convergence qu'on a pu retrouver, lors des manifestations pour Gaza l'été dernier, avec la mouvance Dieudonné.

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Finalement, le PMF a disparu des radars depuis la fin des années 2000, et son site Internet n'existe plus. Quant à son leader, Mohamed Latrèche, épicier-boucher halal de profession, il n'a fait parler de lui récemment qu'à l'occasion d'un arrêté ministériel ordonnant, en mai dernier, le gel de ses avoirs financier pour "apologie du djihad terroriste". Aujourd'hui, parmi les plus de 400 partis et formations politiques recensés en France, la recherche d'un parti musulman ne mène plus qu'à deux pistes. L'une très locale : le parti démocrate musulman, formé à Béziers en 2009 et qui ne montre plus signe de vie depuis 2011. L'autre, plus vivace, est l'Union des démocrates musulmans de France. Formé en 2012, l'UDMF revendique environ 700 militants, essentiellement en Ile-de-France. C'est lui qui compte présenter ses candidats aux prochaines départementales.

"On peut nous comparer au parti chrétien-démocrate de Christine Boutin"

Mais l'UDMF réfute totalement l’appellation de parti "confessionnel". "On peut nous comparer au parti chrétien-démocrate de Christine Boutin , explique ainsi à metronews son fondateur, Nagid Azergui. Nous sommes, comme le PCD, un parti d'opinion qui se base sur un héritage culturel et historique". La différence avec un parti confessionnel ? "Ni le PCD, ni l'UDMF ne réclament l'instauration d'un type de gouvernement théocratique, c'est-à-dire basé sur la religion,", nous éclaire Jean-Yves Camus. Alors pourquoi la référence à l'islam ? "Parce que c'est devenu un thème politique dans le sens négatif, celui du rejet, et que nous voulons lutter contre cela, en défendant bien au contraire une laïcité respectueuse", poursuit Nagid Azergui. Bien loin, donc, de la "Fraternité musulmane" de Houellebecq, qui redéfinit les programmes de l'Education nationale à l'aune du Coran.

En fait, dans toute l'Europe, il n'y a quasiment aucun exemple de parti confessionnel à proprement parler, nous apprend Jean-Yves Camus. Quant à des formations prônant la charia, "le seul exemple, à ma connaissance se trouve Grande-Bretagne avec l'Islamic Party of Britain, qui n'a eu aucun succès électoral avant d'être interdit car considéré comme terroriste". Depuis, la mouvance survit au sein d'un "parti de la renaissance islamique". Ailleurs, les rares cas de partis confessionnels ne sont pas musulmans mais essentiellement protestants : aux Pays-Bas, en Suisse et en Scandinavie. Ainsi du SGP néerlandais, qui vise l'établissement d'une théocratie (où le pouvoir est fondé sur le divin). Allant jusqu'à proscrire l'adhésion des femmes, il s'est vu enjoindre par la justice de mettre fin à cette discrimination. Ce qui serait, somme toute, la limite ultime d'un parti voulant imposer une religion en France : il lui faudrait naviguer entre les lois garantissant les libertés qu'il souhaite abattre.

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