Privatisation de la surveillance des autoroutes : Sarkozy à contresens

Privatisation de la surveillance des autoroutes : Sarkozy à contresens

RÉACTIONS - Nicolas Sarkozy a proposé mardi dans une interview au Parisien que la surveillance des autoroutes ne soit plus confiée aux forces de l'ordre mais aux employés des sociétés d'autoroutes. Une proposition choc contre laquelle les professionnels concernés, interrogés par metronews, font bloc.

Il ressort son costume de premier flic de France. Et forcément, ça fait des vagues. Dans une interview au Parisien mardi, Nicolas Sarkozy dégaine ses propositions musclées sur la sécurité. Au centre de son discours : le recentrage des missions des forces de l'ordre. Le président du parti Les Républicains entend en effet les "libérer" "de toutes les tâches secondaires" pour les "concentrer" sur le maintien de l'ordre, l'enquête et le renseignement.

Comment ? En faisant gérer par des entreprises "les procurations pour voter ou la surveillance d'un certain nombre bâtiments publics". Mais aussi en confiant aux sociétés d'autoroutes la surveillance des axes dont elles ont la gestion. "Je ne vois pas pourquoi cela doit être exclusivement un motard de la gendarmerie ou de la police qui doit faire les contrôles de vitesse, sur un axe d'autoroute concédé par l'Etat", explique l'ancien chef de l'Etat au quotidien , en proposant de permettre aux employés d'autoroute "de constater les infractions" liées à la vitesse et "de transmettre ces constats à l’autorité de police, administrative ou pénale". 

"Ce coût supplémentaire sera forcément répercuté sur l'usager"

Une proposition qui n'est pas du goût des principaux intéressés. Côté police, d'abord. Tandis que le le patron du syndicat Synergie Officiers, Patrice Ribeiro, a estimé sur RTL que les contrôles de vitesse ne pouvaient être pratiqués que par les forces de police, car cette mission "relève du domaine régalien" et "ne peut pas être confiée à des entreprises privées",  Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat SGP Police-FO, est exactement sur la même ligne. Interrogé par metronews, il bat en brèche une "solution pas crédible".

"Nous sommes absolument ouverts à un débat sur les conditions liées aux missions de la police, mais la sécurité routière et le respect du code de la route ne peuvent être confiés à personne d'autre qu'à la police", s'offusque-t-il en soulignant que la travail des forces de l'ordre sur les routes ne se limite pas aux seuls contrôles de vitesse. "Elles interviennent sur un certain nombre de délits routiers, comme l'alcoolémie, elles sécurisent les aires d'autoroutes, qui sont des zones assez sensibles, elles opèrent en cas d'accident de la circulation... Si on les retire des autoroutes, ces lieux vont devenir des zones de non-droit !". Autre problème pointé par ce représentant des forces de l'ordre : la facture que les sociétés d'autoroutes ne manqueraient de présenter à leurs clients : "Leur objectif étant de dégager du profit, si elles ont un coût supplémentaire en terme de sécurité, elles le répercuteront forcément sur les usagers. Or, ceux qui empruntent les autoroutes sont des citoyens qui paient déjà pour leur sécurité dans le cadre de leurs impôts..."

"C'est comme si vous demandiez à un fabricant d'alcool d'aller contrôler ce que les gens boivent"

Les employés des sociétés d'autoroutes ne se montrent pas plus ouverts à la proposition de Nicolas Sarkozy. "C'est comme si vous demandiez à un fabricant d'alcool d'aller contrôler ce que les gens boivent", ironise Pascal Bigliardo, délégué du Syndicat général du personnel des autoroutes SGPA-UNSA. Avant de balayer d'un revers de main l'idée du chef de l'opposition : "On n'est pas là pour verbaliser ou transmettre des infractions. L'Etat a suffisamment de moyens pour contrôler la vitesse des clients !" Le syndicaliste, qui note que le "premier soin des gilets jaunes est la sécurité des clients", voit un autre souci de taille que poserait la gestion d'une telle mission par sa profession : "Les patrouilleurs qui interviennent sur les autoroutes bénéficient d'un fort capital sympathie, car ils sont considérés comme les 'saint-Bernard de l'autoroute'. Si vous nous déguisez en bleu avec un gyrophare sur la tête, ce capital va fondre comme neige au soleil..."

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Egalement interrogé par metronews, Jean-Philippe Monnatte, directeur général de l'Automobile club prévention, trouve de son côté d'autre angles d'attaque pour dézinguer l'idée de Nicolas Sarkozy : "Ce qui nous choque le plus, c'est d'entendre dire que les missions de contrôle sur la route sont 'secondaires'. Et ce qui nous embête, c'est que l'on délègue à des sociétés privées des missions de police. Prenons le cas des fourrières, où il y a des délégations de service public : on a affaire à des abus sur les mises en fourrière. On risquerait de se retrouver face à la même situation". A trois semaines des régionales et à un an de la primaire de la droite pour 2017, Nicolas Sarkozy aurait-il été pris en flagrant délit d'excès de vitesse sur son cheval de bataille de la sécurité ?

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