Sarkozy a-t-il baissé le nombre de policiers, comme le dit Hollande ?

Sarkozy a-t-il baissé le nombre de policiers, comme le dit Hollande ?

FACT CHECKING - Nicolas Sarkozy dément catégoriquement avoir, comme le gouvernement socialiste le prétend, diminué les effectifs des forces de l'ordre quand il était à l'Elysée. Alain Juppé a pourtant admis une erreur. Alors, qui a raison ? "Metronews" s'est penché sur les chiffres.

La pique était à peine mouchetée. En annonçant lundi, devant le Congrès réuni à Versailles, le recrutement de 5000 policiers et gendarmes pour faire face à la menace sécuritaire à la suite des attentats de Paris vendredi 13 novembre, François Hollande a souligné que l'effort "permettra simplement de restaurer le potentiel des forces de sécurité intérieure au niveau qu’elles connaissaient en 2007". Soit le début de la présidence Sarkozy. Une pique relayée au sein même des Républicains (LR), par Alain Juppé, qui a reconnu que la droite avait "sans doute eu tort de supprimer une dizaine de milliers de postes" au sein des forces de l'ordre.

Deux jours plus tard, Nicolas Sarkozy a répliqué dans Le Monde , en martelant : "Au final, entre 2002 et 2012, c’est-à-dire pendant toute la période où nous étions en responsabilité, il n’y a eu aucune baisse globale des effectifs de policiers et de gendarmes". "Quand j’étais ministre de l’Intérieur, a-t-il donné en exemple, j’ai dû augmenter les effectifs de policiers et de gendarmes pour compenser la perte de l’équivalent de 8000 postes en raison des 35 heures". En janvier, ce débat de chiffres avait déjà eu lieu et le président de LR avait alors assuré, au 20h de France 2 : "Les chiffres parlent d'eux-mêmes, entre 2002 et 2011, on a eu 1700 postes de plus".

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Alors, qui dit vrai dans cette bataille de chiffres ? Pour comprendre ce débat, il faut distinguer deux périodes : Nicolas Sarkozy place Beauvau et Nicolas Sarkozy à l'Elysée.

De 2002 à 2007 : hausse des effectifs
Quand la droite arrive au gouvernement, les 35 heures posent en effet un problème aux forces de sécurité, abordé par un rapport de la Commission des finances d'octobre 2003 qui craint "qu'une baisse de 10% de la durée du travail ne se traduise par une baisse de 10% de la présence policière sur le terrain (soit de l'ordre de 9000 fonctionnaires de police)". Ce qui correspond grosso modo à la perte qu'évoque le président des Républicains, qu'il a effectivement fallu compenser. Et ce, de deux manières : par le "rachat" de jours de repos compensateurs (ARTT) aux policiers et aux gendarmes (pour et par la création, en 2002, de 1700 postes de policiers. Ceux dont Nicolas Sarkozy pouvait effectivement se prévaloir en janvier sur le plateau de France 2.

Sur cette période, au cours de laquelle Nicolas Sarkozy a été ministre de l'Intérieur durant pratiquement 4 ans, les effectifs de sécurité seront passé de 242.829 à 250.191. Soit une augmentation d'un peu plus de 7000 postes (+3%).


De 2007 à 20012 : baisse des effectifs
Mais lors de son arrivée à l'Elysée, changement de discours : l'heure est aux économies budgétaires, pour lesquelles Nicolas Sarkozy met en place sa fameuse RGPP (révision générale des politiques publiques). L'idée est simple : un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne sera pas remplacé. La police et la gendarmerie ne sont pas épargnées. En octobre 2014, un rapport parlementaire fait le bilan : "
La police nationale a perdu près de 7000 agents réels entre la fin de l’année 2007 et la fin de l’année 2012. Dans le même temps, la gendarmerie a perdu 6790 postes". Le total s'élève donc à plus de 13.000 pertes de postes, compensés en partie seulement par la création de 2700 postes d'adjoints de sécurité dans la police.

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Le bilan de 2002 à 2012 : une baisse des effectifs
Au total, sur l'ensemble de la période où la droite était au pouvoir, les effectifs de sécurité (police + gendarmerie) ont donc augmenté jusqu'en 2007 puis diminué jusqu'en 2012, pour passer de 242.829 à 240.772. Soit une perte finale d'environ 2000 postes. Et en visant, à terme, un objectif d'environ 250.000, François Hollande reviendrait bien au niveau atteint en 2007, avant que Nicolas Sarkozy soit élu président de la République. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

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