Sciences Po : la réappropriation de "Jean Moulin" par le FN suscite l'indignation

Sciences Po : la réappropriation de "Jean Moulin" par le FN suscite l'indignation

POLITIQUE - Ce lundi 21 mars, le groupe frontiste du prestigieux établissement de la rue Saint-Guillaume a annoncé avoir choisi le nom de cette figure de la Résistance pour baptiser leur section. En réponse à ce "coup médiatique", des étudiants issus de diverses formations politiques ont lancé une pétition pour contester cette "imposture".

A Sciences Po, la section Front national fait de nouveau grincer des dents. Après son entrée (médiatiquement) fracassante en octobre dernier, puis la diffusion d'un visuel se réappropriant l'ancien leader du Front populaire, Léon Blum, en février, l'association étudiante frontiste de l'école de la rue Saint-Guillaume a en effet annoncé ce lundi 21 mars s'être baptisée du nom de Jean Moulin, figure de la Résistance française, torturé à mort par les nazis en 1943.

Dans un communiqué diffusé ce lundi matin, la section d'extrême droite précise que choix a été arrêté pour "rendre hommage à ce grand patriote"."En prenant ce nom de baptême, le FN Sciences Po espère ainsi honorer la mémoire de ce serviteur exceptionnel de la France et méditer sur son exemple. Nous affirmons enfin solennellement notre attachement aux valeurs portées par Jean Moulin", explique l'association, qui a par ailleurs reçu un soutien remarqué sur Twitter : celui du vice-président du Front national, Florian Philippot.


Les fantômes vichystes du FN

Il n'empêche, ce choix a de quoi laisser perplexe. En 1972, lorsque Jean-Marie Le Pen a fondé le FN, on retrouvait pèle-mêle des anciens du régime de Vichy et des admirateurs de l'Allemagne hitlérienne , comme Léon Gaultier, ancien Waffen SS, Gilles Bousquet ou Roland Goguillot. Sans oublier  les déclarations révisionnistes de l'ancien président d'honneur du parti frontiste...

Des fantômes pas franchement en adéquation avec les valeurs incarnées par Jean Moulin. "Moi, j'ai rejoint le parti de Marine Le Pen, justifie auprès de metronews Thomas Laval, transfuge de l'UMP, qui a cofondé la section frontiste à Sciences Po. Je ne pense pas qu'il y ait de contradictions entre Marine Le Pen et Jean Moulin". Et de défendre : "On tend à réunir tous les patriotes".

Indignation des étudiants 

Cette récupération du fondateur du Conseil national de la Résistance (CNR) par la section FN passe d'ailleurs mal dans la prestigieuse école. "C'est un sujet de conversation entre les étudiants, confirme, toujours auprès de metronews, Romain Millard, président du groupe Les Républicains de Sciences Po. Il y a eu beaucoup d'indignation, voire de colère, notamment des personnes plutôt de gauche". Et sur les réseaux sociaux - ici sur Twitter -, l'annonce du nouveau nom a entraîné une pluie de réactions indignées. 


"C'est un héritage que personne ne peut s'approprier", nous indique de son côté Séraphin Elie, secrétaire de la section PS à Sciences Po. Avec des étudiants issus de diverses formations politiques de gauche et du centre, le militant socialiste est  à l'initiative d'une pétition en ligne  pour contester "une insulte" et "une imposture". "Il y a une forme de récupération : ils veulent faire le buzz, alors qu'à Sciences Po ils ne font rien", ajoute le militant, un brin désemparé. 

Il n'est pas le seul à regretter ce "coup médiatique", cette "provocation". A droite, même si l'association  UDI à Sciences Po "n'a pas réagi publiquement" pour ne pas contribuer à l'agitation médiatique, sa présidente, Christine Samandel, a du mal à digérer "cette appropriation". "On a tous signé la pétition pour contester ce nom, mais on sait qu'ils ont réussi leur coup médiatique", soulève l'étudiante. 

A Sciences Po, le FN à la peine

Les représentants des différentes formations politiques suggèrent d'ailleurs que ce changement de nom n'est qu'un moyen pour le FN d'exister."On est lucide quant à leur finalité : se faire un coup de publicité alors qu'on ne les voit pas tenir de stands associatifs dans le hall et qu'ils sont quasi-inexistants dans l'école", complète Romain Millard, pour Les Républicains.

Selon une enquête récente d'Europe 1,  dans l'établissement de la rue Saint-Guillaume, la section FN aurait du mal à recruter des militants avec seulement 15 adhérents en cinq mois d'existence, contre la centaine de membres pour Les Républicains. "On est assez actif", se défend, pour sa part, Thomas Laval. Quitte à revisiter l'Histoire.

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