Sécurité : les grosses intox de Nicolas Sarkozy

Sécurité : les grosses intox de Nicolas Sarkozy

FACT-CHECKING – Nicolas Sarkozy a livré ce mardi matin des propositions sur la sécurité, estimant qu'il n'y a "plus d'autorité en France". Sauf que les vrais chiffres sont moins catastrophistes que ne le laisse penser le président de "Les Républicains".

Nicolas Sarkozy à l'offensive, épisode deux. Après l'immigration, le président de Les Républicains (LR) a consacré ce mardi une matinée de travail à l'autre thème favori de la droite (et de lui-même) : la sécurité. Et sa charge à l'encontre de l'exécutif socialiste, développée dans une interview au Parisien, est sévère. D'un côté, la traditionnelle accusation de "laxisme" envers la politique pénale de Christiane Taubira, de l'autre, celle-ci qui touche jusqu'à Manuel Valls et François Hollande : "Il n'y a plus d’autorité de l'Etat". Sauf que les chiffres et exemples sur lesquels le leader de l'opposition s'appuie pour sa démonstration ne sont pas tous exacts...

"L’explosion de tous les chiffres de la délinquance"
FAUX – Parmi les arguments de son réquisitoire, Nicolas Sarkozy assène "l’explosion de tous les chiffres de la délinquance entre 2012 et 2015". Et cite trois exemples : "Infractions et délits sexuels +31%, cambriolages +8%, atteintes à l’intégrité physique +11%". En la matière, ce sont les données de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) qui font loi. Comparons, donc, les chiffres de l'année 2014-2015 avec ceux de l'année 2011-2012, la dernière du quinquennat de Nicolas Sarkozy :

- Cambriolages : 336.804 vs. 365.426, l'augmentation est effectivement de 8%.
- Atteintes à l'intégrité physique : 476.930 vs. 521.362, l'augmentation est de 9%, non de 11%.
- Infractions et délits sexuels : 25.514 vs. 32.260, l'augmentation n'est pas de 31% mais de 26%.

Et encore l'ONDRP appelle-t-elle à la plus grande prudence quant à l'analyse de ces chiffres. De manière générale, parce qu'ils ne traduisent que les signalements réalisés, qui ne sont pas une réalité objective. Et en particulier concernant les chiffres de 2014-2015 : son bulletin mensuel de mars dernier soulignait en effet que "l’ampleur des variations sur 12 mois (la nette augmentation des cambriolages est notamment citée, ndlr) suggère l’existence d’une modification des conditions d’enregistrement des infractions concernées". Or, l'ONDRP note justement le "lancement de nouveaux logiciels de saisie, en 2012 dans la gendarmerie et depuis fin 2013 dans la police". "Dans un tel contexte, l’Observatoire invite donc chacun à la plus grande prudence dans l’exploitation des données sur la délinquance enregistrée".

Quoi qu'il en soit, outre les deux exagérations dont il fait preuve, Nicolas Sarkozy a surtout tort d'affirmer que "tous les chiffres de la délinquance explosent". Par exemple, parmi les atteintes à l'intégrité physique qu'il évoque, les violences crapuleuses (vols à main armée, vols violents...) ont reculé de 12% depuis 2012. Les destructions et dégradations ont également diminué, de 19%.

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"Les atteintes aux forces de l’ordre sont en train d’exploser"
FAUX –
Là encore, Nicolas Sarkozy néglige les données réelles. Ce que l'on appelle les "violences à dépositaire autorité" sont passées de 29.074 signalements en 2011-2012 à 30.537 en 2014-2015, soit une hausse de 5%. Une "explosion" qui reste deux fois moins forte que durant les trois années précédentes (2009-2012), sous l'ère Sarkozy : les atteintes aux forces de l'ordre avaient alors augmenté de... 9,7%.

"Le nombre de détenus a diminué en France depuis trois ans"
FAUX – Ici, Nicolas Sarkozy reprend l'antienne de la droite depuis 2012 : "Christiane Taubira mène une politique pénale laxiste". "Les délits augmentent et le nombre de gens en prison diminue, qui peut l’accepter ?", martèle encore le président de LR. Une affirmation que metronews avait déjà démontée : au 1er janvier 2012 - au terme donc de la dernière année pleine du quinquennat de Nicolas Sarkozy -, les prisons françaises abritaient 64.787 détenus. Trois ans plus tard, au 1er janvier dernier, il y avait 66.270 détenus. Soit une augmentation de 2,3%.

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"Les peines de prison sont de moins en moins appliquées"
FAUX - " Le signal donné de la non-application des peines est désastreux pour la République et l’autorité de l’Etat. Je rappelle que 100.000 peines par an ne sont pas appliquées", assène Nicolas Sarkozy comme s'il s'agissait d'un fait nouveau. Or, comme le lui font remarquer les journalistes du Parisien , on chiffrait déjà à la fin de son quinquennat les peines non exécutées à 99.600. "C’est vrai, ce problème n’est pas apparu en 2012", doit concéder l'ancien chef de l'Etat. Qui de la même manière, en proposant "qu’il n’y ait pas de mesures d’aménagement de peine pour les peines supérieures à six mois" (bracelets électroniques, semi-liberté), néglige aussi ce que lui rappellent les journalistes : c'est une loi pénitentiaire adoptée sous son quinquennat qui avait prévu un aménagement pour les peines jusqu'à deux ans de prison. But de la manœuvre : désengorger les prisons ! C'est Christiane Taubira qui redescendra ce seuil à un an. "J’admets que notre mesure n’était pas bonne et j’en tire les conséquences", doit encore reconnaître Nicolas Sarkozy.

"Ce gouvernement a considérablement affaibli l’arsenal dont disposait l’Etat pour assurer la sécurité des Français"
FAUX - "Les peines planchers ont été supprimées (...) les primo-délinquants et les récidivistes sont désormais traités sur un pied d’égalité : voilà la réalité", énumère notamment Nicolas Sarkozy. Là encore, metronews a déjà eu l'occasion de rappeler que dans ses cartons, Christiane Taubira compte trois principales mesures qui correspondent aux promesses de François Hollande : suppression des peines planchers, suppression de la rétention de sûreté et abrogation des tribunaux correctionnels pour les mineurs. De ces trois mesures, seule la première, la suppression des peines planchers obligatoires pour les récidivistes, a pour l'instant été votée, en juin 2014. Et ce, non pour libérer les récidivistes mais pour rendre aux juges leur capacité de décision et d'individualisation des peines. Si cette réforme est trop récente pour en mesurer les conséquences, la droite n'avait pas non plus pu prouver que les 36.944 peines planchers prononcés entre fin août 2007 et le 31 décembre 2011 avaient été efficaces pour lutter contre la récidive... qui n'avait cessé d'augmenter durant la même période.

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