Valls s'attaque à l'Observatoire de la Laïcité et se fait rabrouer

Valls s'attaque à l'Observatoire de la Laïcité et se fait rabrouer

VERBATIM - Le Premier ministre a accusé le président de l'Observatoire de la laïcité de "dénaturer" les principes qu'il doit défendre. Il lui reprochait la signature l'appel d'un collectif réunissant des organisations qui participent, selon lui, à un "climat nauséabond". Retour sur cet imbroglio au sein d'une institution de la République.

Manuel Valls a sévèrement taclé ce lundi soir les deux responsables de l'Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, estimant que cette instance "ne peut dénaturer" les principes qu'elle doit défendre. "L'Observatoire de la laïcité, placé d'ailleurs sous ma responsabilité – je lui rappellerai –, ça ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité", a-t-il dit lors d'une conférence-débat des Amis du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) à Paris.

Ces organisations que Valls juge infréquentables

Le chef du gouvernement leur reproche d'avoir signé l'appel "Nous sommes unis" , après les attentats du 13 novembre, "pour condamner le terrorisme" aux côtés d'organisations dont Manuel Valls considère qu'elles participent à un "climat nauséabond".

"On ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant du climat que l'on a évoqué tout à l'heure" a-t-il déclaré, sans préciser de quelles organisations il parlait, mais que beaucoup jugent comme une allusion au Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) – peu apprécié de Manuel Valls –, écrit le site Zaman France . L'appel "Nous sommes unis" avait été signé par 80 personnalités de divers horizons, dont des militants réputés poches des Frères musulmans.

Le président de l'Observatoire dans la "stupeur"

La réaction aux propos de Manuel Valls ne s'est pas faite attendre. Le président de l'Observatoire de la laïcité – nommé par François Hollande –, Jean-Louis Bianco, a riposté mardi via un communiqué : "Je découvre avec stupeur les propos tenus hier soir par le Premier ministre à mon encontre et à l'encontre de Nicolas Cadène", écrit-il.

Et ce hiérarque du PS (ancien élu local, député, ministre, etc.) d'énumérer les signataires de l'appel : le président de la fondation Abbé Pierre, le grand rabbin de France, la présidente de la commission nationale consultative des Droits de l'homme, et bien d'autres responsables syndicaux, éducatifs ou religieux français. Autant d'exemples qui ne participent pas à un "climat nauséabond", mettant ainsi en contradiction les propos de Manuel Valls.

Jean-Louis Bianco a également reproché au Premier ministre sa méconnaissance de la "réalité des institutions indépendantes" : "L'Observatoire de la laïcité n'est pas placé sous sa responsabilité", écrit-il réfutant ainsi les propos de Manuel Valls. Enfin, ajoute-il, "sur le plan humain, un minimum de respect aurait justifié qu'il m'appelle avant qu'il s'exprime publiquement". Il a notamment reçu le soutien de la Ligue des droits de l'homme.

Le précédent "Badinter"

Directement concerné, le CCIF a également réagi par la voix de son porte-parole interviewé par Zaman France  : "Voulait-il un collectif #NousSommesDivisés ? Je rappelle que cet appel a été signé par des organisations de tout bord. On ne peut pas être Premier ministre des Français pour ensuite juger qui sont les bons et les mauvais Français." Le collectif "Nous sommes unis" a exprimé sur Twitter son souhait de rencontrer Manuel Valls pour avoir une explication.

Mais Valls ne s'est pas arrêté à la critique de l'appel. Il a également reproché à Nicolas Cadène sa sortie contre la philosophe Elisabeth Badinter, laquelle, sur France Inter, expliquait qu'il ne fallait pas avoir peur de "se faire traiter d'islamophobe" pour défendre la laïcité. A quoi Cadène avait répondu, d'un tweet : "Quand 1 travail de pédagogie de 3 ans sur la #laïcité est détruit par 1 interview..."

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Le Premier ministre a quasiment interdit à "un collaborateur d'une organisation de la République" de "s'en prendre à une philosophe comme Elisabeth Badinter", saluant chez cette dernière "une défenseure intransigeante de la laïcité". Jean-Louis Bianco a estimé pour sa part que "Nicolas Cadène se bornait à rappeler le droit existant" et que Manuel Valls n'avait "manifestement pas lu" le tweet incriminé.

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