Les 100 premiers jours d'Emmanuel Macron à l'Elysée en 8 leçons

RÉTROSPECTIVE - Ce mardi, cela fait cent jours qu'Emmanuel Macron a été élu président de la République. Premiers couacs, premiers pas à l'international, affirmation de son "style" de présidence... : que faut-il retenir de ses premiers pas en tant que chef de l'Etat ?

Emmanuel Macron a été élu président de la République le 7 mai dernier. Ce mardi 15 août, cela fait donc 100 jours que l’ancien ministre de l’Economie est à la tête de l’Etat. Et ils ne furent pas de tout repos. D’ailleurs, la cote de popularité du Président en témoigne : il n’a pas connu d’état de grâce. Selon un sondage Ifop publié en samedi dernier, avec 36% d’opinions positives sur son action, Emmanuel Macron fait moins bien que François Hollande à la même époque (46%).


Que retenir des 100 premiers jours d'Emmanuel Macron à l'Elysée ? Quel "style" le nouveau Président a-t-il imposé ? Quelles difficultés a-t-il eu à gérer ? La réponse en huit points.

Président sans pitié

Emmanuel Macron a montré au cours de ces 100 jours qu’il était sans pitié avec ses ministres, ses collaborateurs et les cadres de l’administration ou des armées. Le premier acte a eu lieu avec la démission des ministres MoDem François Bayrou et Marielle de Sarnez le 21 juin. Aucunement retenus par le président, ils quittaient le gouvernement après les révélations sur une dizaine d’assistants d’eurodéputés MoDem qui auraient dans le même temps occupé un emploi au siège du parti. Emmanuel Macron a sûrement préféré se séparer de ces éléments embarrassants, d’autant plus qu’il n’avait plus besoin d’eux pour gouverner, la République en marche ayant obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale.   


Le 19 juillet dernier, le chef d’Etat-major des armées Pierre de Villiers démissionnait, poussé vers la sortie par le président de la République. Le militaire a payé ses critiques sur les coupes budgétaires dans l’armée décidées par le gouvernement. Emmanuel Macron n’a pas apprécié que son autorité et son arbitrage soient remis en cause.


Enfin, ces derniers jours, de nombreux articles relatent comment Emmanuel Macron met la pression sur ses ministres. Face aux mesures impopulaires (baisse des APL et des dotations aux collectivités), aux couacs et aux démonstrations d’amateurisme, il n’hésite pas à leur montrer son mécontentement. "Ne vous laissez pas enfermer dans le confort des documents rédigés par vos administrations. Certes, cela peut vous paraître sympathique et confortable de vous placer entre leurs mains. Mais vous verrez, dans six mois, si vous continuez, vous aurez disparu" aurait-il lâché lors du Conseil des ministres le 12 juillet dernier. Selon Le Figaro du lundi 7 août, le Président ne lâche jamais ses équipes, dialoguant avec elles presque 24h/24, et s'agançant que ses SMS envoyés parfois à 1h ou 2h du matin restent sans réponse.

La presse mise à distance

Les relations tendues entre Emmanuel Macron et les journalistes ont débuté dès le premier Conseil des ministres, le 18 mai. Son équipe en charge de la presse et de la communication de l'Elysée, dirigée par Sibeth Ndiaye, décide de tenir les photographes à l'écart de la prise de la première photo de famille du gouvernement. Ensuite, ce sera la volonté du staff d'Emmanuel Macron de choisir les journalistes autorisés à l'accompagner en déplacement qui offusquera les journalistes. La semaine dernière, les médias ont appris que le cabinet du chef de l'Etat souhaitait déménager la salle de presse de l'Elysée, située au rez-de-chaussée du Palais, avec vue directe sur la cour, pour le plus grand déplaisir du Président. Les journalistes pourraient donc être relégués dans un autre bâtiment, en dehors de l'Elysée. 

Jupiter aux commandes

En pleine campagne présidentielle, Emmanuel Macron déclarait à Challenges : "François Hollande ne croit pas au ‘président jupitérien’. Il considère que le président est devenu un émetteur comme un autre dans la sphère politico-médiatique. Pour ma part, je ne crois pas au président ‘normal’. Les Français n’attendent pas cela." Une citation qui accompagne les moqueries à son sujet depuis, mais qui permet de mieux comprendre certains agissements. Par exemple, le Président a toujours pris soin de rester "maître des horloges", comme se plaisent à le glisser ses conseillers. Chaque nomination ou chaque annonce de gouvernement s’est résumée en une longue, très longue attente. Une attitude qui permet au chef de l’Etat de se placer au-dessus de la mêlée en ne répondant pas au temps médiatique.


Pas la peine non plus d’essayer de faire réagir le Président sur tout et n’importe quoi, et à n’importe quel moment. Emmanuel Macron est clair là-dessus : il y a un temps pour tout. "Quand je suis à l’étranger, je ne ferai aucun commentaire sur la politique française" avait-il répondu à un journaliste français qui l’interrogeait sur Muriel Pénicaud, visée par une affaire immobilière impliquant sa compagne, lors du G20.


Lorsque le Président, qui cette année a mis fin à la traditionnelle interview du 14-Juillet, souhaite donner des images de lui à la presse ou aux Français, c’est souvent par le biais de ses propres équipes. Filmées ou photographiées par ses équipes, elles sont ensuite diffusées sur les réseaux sociaux. C’est notamment le cas de la vidéo ci-dessous, filmée lors d’une visite dans les rues de Hambourg à l’occasion du G20.

Des démonstrations de force à l'international

Emmanuel Macron mise beaucoup sur son poids à l’international. Depuis son entrée en fonction, en dépit de son inexpérience, il a déjà connu un G7, un G20, un sommet de l’OTAN, a reçu son homologue russe Vladimir Poutine, et son homologue américain Donald Trump pour le 14-Juillet. Même à l’international, le chef de l’Etat soigne sa communication, en témoignent sa poignée de main "virile" avec Donald Trump, sa proximité affichée avec Justin Trudeau, ou encore sa vidéo postée sur Twitter après la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord de Paris pour le climat.

Une majorité compliquée à gérer

En vidéo

Les difficiles débuts de l'Assemblée nationale

Mais à la communication omniprésente et au management présidentiel s'opposent parfois une majorité qui peut avoir du mal à suivre. Ce qui s'est d'autant plus vu à l'Assemblée nationale, où le parti présidentiel a obtenu une large majorité absolue, composé de députés pour la plupart issus de la société civile et inexpérimentés, qui ont rapidement montré leurs limites. Ces derniers jours, on a davantage remarqué les députés marcheurs pour leurs couacs (rejet d’un texte par inadvertance, mauvaise appréciation d’un vote à main levée, président(e)s débordé(e)s) que pour leur sens du débat. Selon Les Echos, au début du mois, le Président aurait réuni les membres du bureau du groupe REM à l’Assemblée pour leur demander de défendre les réformes, mais s'est peu ému de la cacophonie qui régnait dans l'hémicycle. "On a beaucoup commenté le fonctionnement ou les erreurs de fonctionnement. Moi, ce que je regarde, c’est le travail fait", rapporte-t-on. Ainsi, ces derniers vont devoir redoubler de travail pour adopter beaucoup de textes, et les défendre.

Des ténors déjà éclaboussés

Alors qu'il avait fait de la moralisation de la vie publique l'un de ses promesses, Emmanuel Macron a déjà vu plusieurs de ses ministres et de ses proches éclaboussés par des affaires. Richard Ferrand est visé par une enquête préliminaire après que le Canard Enchaîné a révélé qu’il avait fait profiter ses proches de divers avantages lorsqu’il était directeur général des Mutuelles de Bretagne. Si Emmanuel Macron a longtemps multiplié les gestes d’amitié à l’égard de son ancien ministre de la Cohésion des territoires, il lui a tout de même demandé le 19 juin de quitter le gouvernement pour se présenter - en candidat unique - à la présidence du groupe La République en marche à l’Assemblée.


Muriel Pénicaud, ministre du Travail, est elle impliquée dans l’affaire Business France. Une entreprise publique qui avait choisi la société Havas pour organiser un déplacement d'Emmanuel Macron à Las Vegas, sans qu'aucun appel d’offre n’ait été lancé. Si Muriel Pénicaud affirme qu’elle n’a rien à se reprocher personnellement dans cette affaire, son ex-directrice adjointe devrait être convoquée en septembre chez les juges en vue d’une probable mise en examen. La ministre a quant à elle été épinglée pour s'être octroyer une plus-value de plus d’un million d’euros au moment de son passage chez Danone, à la suite d'un plan social.

Un Président contesté à gauche...

Avoir avec lui une forte majorité n'empêche pas Emmanuel Macron d'avoir également affaire à une forte opposition. Pour l'heure, celle qui se fait le plus entendre vient de sa gauche. En effet, à l'Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon et son groupe La France insoumise ne perdent pas une occasion de défendre leurs idées face au libéralisme présidentiel. Critique de la baisse de 5 euros des APL pour le dernier trimestre de l'année 2017 et des mesures fiscales en faveur des plus aisés,  condamnation des techniques "autoritaires" du président et de sa majorité, opposition au "coup d'Etat social" .. les Insoumis mènent l'opposition, emportant avec eux le PCF et le PS. Le mouvement sillonne d'ailleurs toutes les routes de France, du 6 au 24 août, pour aller à la rencontre des Français et parler avec eux de la loi Travail et les informer sur leurs droits sociaux.


Pour s'opposer à la loi Travail, Emmanuel Macron peut également s'attendre à l'omniprésence de syndicats comme la CGT. Ces derniers ont déjà prévu de descendre dans la rue le 12 septembre prochain pour contester la mise en place de cette loi.

... et à droite

A droite, l'opposition à Emmanuel Macron est moins affirmée. La faute au parti Les Républicains divisé entre les pro et les anti Macron, depuis que le gouvernement a intégré des ministres de droite, et à un Front national qui ne dispose pas de groupe à l'Assemblée nationale pour se faire entendre. Les voix les plus fortes se sont faites entendre sur la loi de moralisation de la vie publique. A tel point que des Républicains ont saisi le Conseil constitutionnel après son adoption.

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