La droite de Fillon et Juppé est elle vraiment plus radicale qu'il y a trente ans ? On a comparé

Fillon candidat de la droite pour 2017

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COMPARATIF - Entre François Fillon en apôtre de la "radicalité" et Alain Juppé en chantre des "réformes courageuses", la droite promet un programme de rupture sans précédent si elle reprend le pouvoir en 2017. Pour s'en rendre compte, nous avons comparé leurs annonces aux projets défendus depuis 30 ans. Résultat : cela ne saute pas toujours aux yeux.

Ils promettent du sang et des larmes, puis des lendemains qui chantent. Alain Juppé propose de réformer le pays en six mois, par ordonnance, afin "d'aller vite". François Fillon vante la "radicalité" de son programme, reconnaissant des réformes "difficiles". Les deux finalistes de la primaire de la droite et du centre, qui seront départagés ce dimanche, ont en commun d'afficher une volonté de rupture franche après le quinquennat de François Hollande. Leurs programmes sont-ils pour autant plus "radicaux" que ceux que défend la droite depuis trente ans ? Vérification avec plusieurs propositions. 

Immigration

La maîtrise des flux migratoires est au coeur des propositions de la droite pour 2017. François Fillon veut "rompre avec le laxisme" et souhaite que le Parlement vote des quotas afin de réduire l'immigration légale en fonction des besoins du pays. Il propose de réformer le droit d'asile et conditionner les prestations sociales à une présence minimale (et régulière) de deux ans sur le territoire. Il veut aussi subordonner l'acquisition de la nationalité à des critères d'assimilation. Il propose enfin un "autre Schengen" prévoyant un contrôle renforcé des frontières nationales.  Alain Juppé partage cette volonté de réformer les accords de Schengen, de créer des quotas annuels et de réformer le droit d'asile. Il veut aussi  limiter le regroupement familial en le conditionnant à l'exercice d'un emploi. 

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Face au "malaise identitaire français", Fillon propose une politique d'immigration par quotas

En 1990, dans un contexte de flambée du FN (déjà), la droite avait conçu un programme beaucoup plus radical, à l'initiative de Nicolas Sarkozy et d'Alain Madelin. Il était question de "réduire les prestations sociales pour les étrangers". Ou encore, pour Jacques Chirac, de remettre en cause le regroupement familial "qui pose par son ampleur des problèmes réels de logement, de scolarisation et d'encadrement social". La droite projetait aussi de réviser le code de la nationalité, le droit d'asile, mais surtout de stopper totalement les flux d'immigration. En 1993, elle prévoyait, alors que le traité de Maastricht venait d'être validé par les Français, de "renforcer les contrôles aux frontières contre l'immigration". En 2007, Nicolas Sarkozy conditionnait le regroupement familial à un revenu et à un logement. En 2012, le même proposait de conditionner le regroupement familial "à la connaissance de la langue française".

Fiscalité

François Fillon propose une réforme fiscale dure, prévoyant des baisses d'impôts et de charges massives sur les entreprises et le capital (50 milliards), tout en augmentant la TVA pour les ménages. Alain Juppé envisage une baisse de 25 milliards d'euros de prélèvements obligatoires, et compte augmenter, dans une moindre mesure que François Fillon, la TVA. Les deux candidats veulent supprimer l'Impôt sur la fortune (ISF).


Rien de bien nouveau dans ces recettes  supposées miracles. En 1986, dans son discours de politique générale après la victoire aux législatives acques Chirac promettait un vaste "plan d'allègement des impôts". La droite entreprenait déjà de supprimer l'ISF instauré par la gauche (et rétabli plus tard). En 1993, le programme élaboré par la droite et le centre (et plus précisément par Alain Madelin, Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Alain Juppé) proposait une réduction de l'impôt sur le revenu, une réforme de l'ISF, des allègements de la fiscalité sur les entreprises. La promesse de réduire les charges sur les entreprises a été exhumée à nouveau par Jacques Chirac en 1995. En 2002, candidat à sa réélection, ce dernier a proposé aussi de ramener l'impôt sur les sociétés "dans la moyenne européenne en cinq ans". Un objectif repris... 14 ans plus tard par les candidats à la primaire. 

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JT WE - Une minute pour tout comprendre à l’ISF

École

Autonomie des établissements, acquisition de la lecture, de l'écriture et du calcul avant l'entrée en 6e... Les propositions éducatives de deux candidats au second tour de la primaire ne sont pas forcément très nouvelles, ni plus radicales qu'avant. 


En 2012, Nicolas Sarkozy promettait une réforme de l'éducation permettant à tous les élèves "de savoir lire et écrire en entrant au collège". Et en 2002, le projet de Jacques Chirac prévoyait de créer "dès l'école primaire des parcours de soutien pour que tout élève acquière la maîtrise du calcul, de la lecture et de l'écriture avant l'entrée en 6e". Et il proposait aussi "des établissements plus autonomes". 

Retraites

Alors que Nicolas Sarkozy a repoussé l'âge de départ à retraite de 60 à 62 ans en 2010 pour "sauver le système par répartition", Alain Juppé et François Fillon envisagent aujourd'hui un nouveau report à 65 ans. Ce dernier souhaite également instaurer un régime parallèle de retraite par point. 


Une idée "novatrice" que la droite vantait déjà dans son projet de 1993, promettant même aux Français de "choisir", à partir de 60 ans, "le moment où ils veulent prendre leur retraite". "Ceux qui veulent prolonger leur activité pourront augmenter leurs droits", proposait encore Jacques Chirac en 2002.

Sécurité sociale

Jusqu'ici, aucun programme de droite n'avait envisagé une remise à plat aussi brutale du système français de protection sociale. François Fillon veut instaurer une "règle d'or" impliquant l'équilibre des comptes de l'Assurance maladie et "focaliser l'assurance publique universelle sur les affections graves ou de longue durée" en renvoyant le reste aux assurances privées (sauf pour les plus démunis). 


Alain Juppé, qui conteste cette mesure, s'inscrit davantage dans la tradition de la droite française : il souhaite réaliser des économies supplémentaires sur l'Assurance maladie sans remettre en cause le fondement du système.

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La minute pour comprendre : la Sécurité sociale

Contrat de travail

François Fillon comme Alain Juppé prévoient, dans leurs projets, d'assouplir les conditions du licenciement économique et d'introduire à ce titre des clauses spécifiques dans le contrat à durée indéterminée. Une vieille recette libérale censée donner à l'employeur, sachant qu'il pourra se séparer plus rapidement d'un employé, une marge de manoeuvre pour l'inciter à embaucher plus facilement. 


Cette logique avait conduit Jacques Chirac à supprimer, dès 1986, l'autorisation administrative de licenciement. En 2007, Nicolas Sarkozy inscrivait dans son programme la possibilité d'assouplir les conditions du licenciement économique. 

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François Fillon et Alain Juppé veulent faciliter les licenciements

Temps de travail

Autre mesure "radicale" de François Fillon, celle qui consiste à déplafonner la durée hebdomadaire de travail en laissant aux entreprises le soin de négocier avec leurs salariés et en se bornant à fixer un plafond de 48 heures hebdomadaires. Même Alain Juppé n'est pas allé si loin, préférant fixer un plafond à 39 heures. 


Si, depuis l'instauration des 35 heures par Lionel Jospin, la droite n'a eu de cesse de vouloir les "assouplir", la proposition de François Fillon va beaucoup plus loin. Jacques Chirac avait proposé en 2002 de permettre aux Français "qui le peuvent et qui le souhaitent" de "travailler plus pour gagner plus". Nicolas Sarkozy avait repris le slogan en 2007, traduisant la proposition par des exonérations de charges pour les heures supplémentaires, supprimées par la gauche. 

Fonction publique

C'est le grand débat de la primaire à droite. Pour réduire massivement les dépenses publiques, François Fillon propose de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires en cinq ans, tout en augmentant la durée du travail à 39 heures sans compensation automatique. Alain Juppé, qui estime la proposition irréalisable, souhaite de son côté supprimer 250.000 postes dans la fonction publique. 


La proposition de François Fillon tranche clairement par son ampleur avec les mesures préconisées historiquement par la droite française.  Cette dernière a longtemps préféré parler de "restructuration", ou de "redéploiement" des emplois publics, comme le résumait en 2002 l'ancien Premier ministre Raymond Barre, pourtant adepte de la rigueur budgétaire. En 1995, un désaccord entre Alain Madelin et le duo Chirac-Juppé sur la fonction publique avait d'ailleurs conduit au limogeage du très libéral ministre de l'Economie au bout de deux mois. Seul Nicolas Sarkozy, en instaurant en 2007 le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, a pris une mesure comparable, même si cette réforme restait en deçà du projet actuel de François Fillon. 

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La passe d'armes entre François Fillon et Alain Juppé sur les 39h chez les fonctionnaires

Réforme pénale

Enfin, Alain Juppé et François Fillon prônent de concert la "fin du laxisme" judiciaire avec le rétablissement des peines planchers supprimées par la gauche, ainsi que de la double peine. Révolutionnaire ?


Les peines planchers ont été instaurées par Nicolas Sarkozy. Quant à la double peine, elle figurait dans le programme de Jacques Chirac dès 1986.  Dans son discours de politique générale, il annonçait ainsi que "tout étranger condamné de droit commun par la justice française pourra être expulsé vers son pays d'origine afin d'y purger sa peine". Une mesure allégée par Nicolas Sarkozy lui-même en 2003.

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