Où réduire le nombre de fonctionnaires : le grand flou de Sarkozy, Juppé, Fillon et des candidats de droite

MYSTÈRE - A l’hôpital ? Dans la police ? Dans les administrations ? Les candidats de la primaire de la droite et du centre affirment vouloir supprimer des milliers de postes de fonctionnaires. Mais ils ont le plus grand mal à indiquer quels seront les services publics impactés par ces éventuelles baisses d’effectifs.

Les candidats de la primaire de la droite et du centre savent jongler habilement avec les chiffres. Mais ils sont bien moins précis dès lors qu’il s’agit de dire dans quels secteurs ils envisagent de supprimer des postes de fonctionnaires. Dans leur programme respectif, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy suggèrent 300.000 suppressions de postes, Bruno Le Maire en propose 500.000 et François Fillon pousse jusqu’à 600.000.


En revanche, aucune précision ne porte sur les services publics qui seraient concernés par cette diminution. Lors du premier débat entre les candidats jeudi dernier, Nicolas Sarkozy a tout de même pris le soin de souligner qu’il diviserait la poire en deux : 150.000 postes dans la fonction publique d’État (via le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite) et 150.000 dans la fonction publique territoriale (vidéo d'ouverture ci-dessus).

Juppé invite Fillon à être "réaliste"

Ces propos de Nicolas Sarkozy excluent implicitement la fonction publique hospitalière de ce coup de rabot. Un point de vue que semble  en partie partagé Alain Juppé. Lundi, il a indiqué sur Europe 1 qu'il n'y avait "pas de marge de manoeuvre" dans le personnel soignant. Cependant, "il faut voir l'administration de l'hôpital. Tout le monde n'est pas soignant", a lancé l'ancien Premier ministre.


Le maire de Bordeaux a au passage taclé l’objectif de 600.000 suppressions de postes visé par François Fillon. "Il faut être audacieux mais réaliste. J'entends certains nous dire qu'on va supprimer 600.000 postes dans la fonction publique. Est-ce que vous savez combien de fonctionnaires vont partir à la retraite dans les cinq ans qui viennent ? A peu près 570.000. Ça veut dire qu'il n'y aurait aucun recrutement nouveau dans la fonction publique. Une entreprise ou une administration dans laquelle on ne recrute personne pendant cinq ans est une organisation qui meurt. Alors soyons réalistes", a-t-il expliqué.

Copé veut embaucher "dans la police, la gendarmerie et la justice"

Un autre secteur ne sera visiblement pas concerné par cette baisse : ce sont les services publics en charge de la sécurité et de la défense des Français. Lors du débat sur TF1, Nicolas Sarkozy a ainsi fermement pris position pour le maintien des emplois actuels. Et il n’est pas le seul à vouloir sanctuariser ces postes, Jean-Frédéric Poisson et Jean-François Copé proposant même d’en créer de nouveaux. "Bien sûr qu’il faut diminuer le nombre de fonctionnaires, nous ne pouvons plus financer cela. Mais dans le domaine de la sécurité, il va falloir faire la différence, il ne faudra pas hésiter à embaucher massivement dans la police, la gendarmerie et la justice", a souligné le député-maire de Meaux.


Le débat n’a toutefois pas permis de lever le flou concernant les services impactés par la réduction du nombre de fonctionnaires. Ce qui est en revanche très clair, c’est la volonté des candidats d’augmenter le temps de travail des fonctionnaires, de 37h à Nicolas Sarkozy jusqu’à 39h pour François Fillon (vidéo ci-dessous). 

Sarkozy et Fillon pour que les fonctionnaires travaillent plus longtemps

Éviter toute approche purement quantitative

La plupart des candidats suggèrent par ailleurs de limiter le statut de fonctionnaire aux seuls agents en charge de fonctions régaliennes (police, justice, diplomatie). Nathalie Kosciusko-Morizet préconise notamment que les enseignants n’en bénéficient plus (vidéo ci-dessous).

NKM veut s'attaquer au statut des fonctionnaires

Les syndicaux de la fonction publique ne cachent pas leur perplexité face à toutes ces propositions. Mais l’heure n’est pas encore à la riposte. "Nous attendrons la fin des primaires pour nous exprimer", a déclaré à France Info Mylène Jacquot, la secrétaire générale de la CFDT fonctions publiques.


Mais il n’y a guère de doute sur le scepticisme des fonctionnaires à l’écoute d’une telle cure. Déjà, lors de la remise en mai dernier du rapport Laurent sur le temps de travail, la CFDT avait insisté "sur la nécessité d'éviter toute approche purement quantitative afin de privilégier l'analyse des organisations de travail et leurs impacts sur la qualité du service rendu à l'usager et sur la qualité de vie au travail des agents". Un message loin d’être passé cinq sur cinq.

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